En ville

« Une mobilisation pour être entendu »

Enseignants, postiers, conducteurs de bus, employés d’assurance ou de l’intérim… Et même libraires?: le JSD a parlé mouvement social avec quelques-uns des acteurs qui en écriront une nouvelle page jeudi.

Jean-Yves, La Poste

« Le ras-le-bol social grandit »

Jean-Yves est guichetier à La Poste. Syndiqué à SUD, cet habitant du quartier de la Mutualité sera en grève et dans la rue le 29. Et pour deux motivations principales?: « Je travaille à La Courneuve et nous manquons cruellement de personnel. La direction ouvre des boutiques dans le bureau et nous demande de fermer des guichets pour pouvoir s’en occuper. Depuis six mois, nous refusons. » Jean-Yves constate le même manque de personnel chez les facteurs. Le public se plaint de plus en plus de ne pas recevoir les courriers recommandés dans des conditions normales. « Les collègues n’ont pas le temps de frapper aux portes, ils mettent l’avis directement dans la boîte », explique-t-il.
Autre sujet de mécontentement et de combativité?: le changement de statut. « Ça a commencé de la même manière à France Telecom. Et on voit où ça a mené. » Jean-Yves en est sûr, La Poste prépare une privatisation qui n’ose pas dire son nom, surtout dans le contexte. « Pour l’instant, on y va en douceur. Mais dans quelques années, qui nous dit que l’État ne se désengagera pas?? » Le guichetier pense aussi à la fermeture des bureaux en milieu rural qui conduit « à la mort de nombreux villages ». Le 29 sera « le départ d’un grand mouvement dans le temps, tant le ras-le-bol social grandit en ampleur », prédit-il. Surtout que « pour une fois, la journée concerne le public et le privé » et que « les organisations syndicales sont unies »

Romain, Alice et Sylvie, librairie Folies d’encre

« L’opportunité d’avoir une démarche commune »

Jeudi 29 janvier, la librairie Folies d’encre, rue Jean-Jaurès, sera fermée. Pour cause de grève générale. « C’est une décision collective que nous avons prise tous les trois », indique Romain Mollica qui, avec Alice Trouvelot, seconde Sylvie Labas. « C’est une journée où toutes les composantes du monde du travail, les étudiants, les lycéens, ont l’opportunité d’avoir une démarche commune. Et nous, même si nous sommes une structure privée, nous avons envie d’être présents lors de ce rendez-vous. C’est capital de le réussir en ce moment, ajoute-t-il, car face aux abus généralisés dans de nombreux domaines comme l’éducation nationale, la santé, les conditions de travail, la justice, etc., cet appel lancé à toutes les forces est un premier front uni contre la politique qui est actuellement menée en France. Et j’espère que ce ne sera qu’un début?!… »

Didier, conducteur de bus

« On complique les modalités pour faire grève »

Didier est machiniste. C’est-à-dire conducteur d’autobus sur la ligne 154 depuis une dizaine d’années. Attaché au dépôt Saint-Denis (autrement dit du Barrage, entre l’université Paris 8 et le parc Delaune), il n’en est pas à sa première journée d’action. « Aussi bien pour le pouvoir d’achat que pour les conditions de travail, on constate une dégradation, en même temps que les inquiétudes se multiplient pour les retraites et la protection sociale », dit-il.
Cependant, « on a l’impression d’une certaine fatalité devant cette situation, et je ne sais pas comment cette journée va se concrétiser. D’une part, nous avons ici beaucoup de jeunes collègues, pas totalement titularisés, pour qui ce ne sera pas facile. D’autre part, non seulement en fonction des nouvelles règles nous devons nous déclarer grévistes 48 heures à l’avance, ce qui enlève beaucoup de spontanéité, mais pour la première fois, il n’est plus question de se signaler gréviste au bureau du dépôt mais de le faire par l’intermédiaire d’un répondeur téléphonique. On voudrait encore un peu plus compliquer la possibilité pour tout un chacun de participer à une journée de grève que l’on ne s’y prendrait pas autrement ».
Néanmoins, « étant donné que toutes les organisations syndicales de la RATP appellent à cette journée, alors que souvent on entend dire “ah si les syndicats agissaient ensemble ce serait mieux”, ça peut convaincre certains. Car l’important, pour bien se faire entendre, c’est qu’il y ait beaucoup de monde dans la rue ce jour-là ».

Alban, groupe Generali

« Un vrai mécontentement sur les salaires »

Chez l’assureur Generali, 4?200 salariés à Saint-Denis et 7?000 dans tout le pays, 63 % sont des cadres. « Lesquels n’ont pas forcément une tradition revendicative qui les ferait décider très à l’avance de leur participation », reconnaît Alban, du syndicat CGT (11 % aux dernières prud’homales). « Dans le groupe, on ne se sent pas réellement menacés, mais sur les salaires, en revanche, le mécontentement peut se révéler. »
La CGT avec FO et l’Unsa ont ensemble décidé d’appeler à se mobiliser, alors que CFE-CGC, CFDT et CFTC n’ont pas voulu de cette démarche commune. « Ce qui est dommage, car une unité complète aurait sans doute pu convaincre certains hésitants », tant et si bien que « jusqu’au dernier moment, on n’aura pas une idée précise de la mobilisation. Indirectement un facteur peu jouer, celui de la grève des transports. On en parle déjà beaucoup dans les bureaux, alors que la situation n’est déjà pas bien brillante au quotidien, particulièrement avec les RER B et D ». « En 2007, un mouvement pour les salaires avait largement mobilisé les personnels, cadres ou non, et localement plus de 800 personnes y avaient pris part. Ce qui n’est pas négligeable. Et cela avait montré une détermination certaine… »
Recueilli par B.L., G.R., D.Sz

Rencontre enseignants/parents

L’avenir des enfants au centre des revendications

Vendredi 23 janvier, environ 120 personnes se sont rendues en mairie à l’invitation de plusieurs syndicats d’enseignant et de la FCPE, pour entendre les motifs du mécontentement des instituteurs. La grève du 29, que l’on prédit forte dans l’éducation, a bien sûr été évoquée.
« On sait que la grève vous gêne. On ne la fait pas de gaieté de cœur. Mais quand on se retrouve avec deux collègues absents, sans remplaçant, et cinquante gamins à répartir dans les classes, on ne peut pas être content. » Expliciter leurs motifs de mécontentement auprès des parents, les enseignants du primaire s’y sont employés une nouvelle fois, le vendredi 23 janvier, lors d’une réunion publique, organisée avec leurs syndicats, SNUipp, Snudi-FO et Sud Éducation, et les parents de la FCPE. C’était en mairie, devant une assemblée d’environ 120 personnes.
À la différence de la rencontre conjointe de mai dernier, « on assiste à une meilleure prise de conscience des conséquences de la politique gouvernementale », estime Daniel Mollier-Sabet, de la FCPE, en rappelant « les objectifs de 80?000 postes en moins dans l’Éducation nationale d’ici 2012 », dont 13?500 suppressions en 2009. « Les effets négatifs de ces mesures se font sentir ici plus qu’ailleurs, poursuit-il. L’inspecteur d’académie nous a dit en décembre que sur les 800 T1 (maîtres débutants) de Seine-Saint-Denis, 480 étaient sur le bassin n° 1 (l’une des quatre subdivisions du 93, englobant Saint-Denis, Saint-Ouen, Villetaneuse et L’Île-Saint-Denis). » « Le bassin 1 n’est pas attractif, c’est dur, il n’y a pas de moyen. On se retrouve avec des équipes qui changent tous les ans », confirme une enseignante de l’école Marville.
« Des médecins scolaires, il en reste deux à Saint-Denis alors qu’on a sept postes, pour 56 écoles, 8 collèges et trois lycées, renchérit Jean Bouissonnié, directeur de l’école Joliot-Curie, et responsable local du SNUipp. Il y a une révision générale des politiques publiques qui touche tous les secteurs. Pour y parvenir, le gouvernement a besoin de l’accord de la population », continuera-t-il en désignant la suppression de l’école le samedi matin et l’instauration de l’aide personnalisée censée compenser cette diminution du temps scolaire. « On avait commencé cette aide en toute bonne foi, raconte une institutrice. Mais au bout de trois mois, on s’est rendu compte que les enfants étaient trop fatigués, et que ce n’était pas le moment pour traiter la difficulté scolaire. » « Certains élèves s’endorment », confirme une mère. « Il n’y a jamais eu autant d’enfants absents », abonde un directeur d’école.
« On veut d’abord que nos enfants?réussissent » 
À plusieurs reprises s’expriment des inquiétudes sur la survie des Rased, Réseau d’aides spécialisées aux enfants en difficulté, dont les maîtres, déjà en nombre insuffisant, ne rempliront plus leur fonction en étant « sédentarisés », autrement dit affectés à une classe ou à une école, comme le prévoit semble-t-il l’Éducation nationale. Qu’adviendra-t-il du traitement de « la grande difficulté scolaire », s’interroge-t-on. Dans cette exercice d’explications, la critique ne semble pas malvenue. À propos des enseignants de l’école de ses filles, une mère déplore « une perte de militantisme qui ne nous aide pas », ainsi qu’« un manque d’ouverture. Ils ne communiquent que par écrit avec les parents qui sont pourtant dans leur majorité non alphabétisés ou non francophones ». Elle venait de s’exprimer sur la défiance envers l’école publique qu’elle constate à Saint-Denis. « Jamais, depuis que je suis ici, je n’avais entendu parler de l’école privée. » « Oui mon enfant est à JBS?! », tempêtera une autre mère, soucieuse, dit-elle, de lui épargner « les problèmes que moi j’ai subis. On veut que tous les enfants réussissent, mais on s’occupe d’abord de nos enfants?! »
« Les élèves des classes populaires lésés »
D’autres parents mettent en question l’institution même de l’Éducation nationale, ses pesanteurs, le contenu de ses missions, et interpellent sur leurs propositions les enseignants, qui n’en manquent pas. 450 maîtres remplaçants en Seine-Saint-Denis, travail en équipe, temps de concertation, etc., et rencontres avec les familles?: « On a besoin de vous voir, de vous expliquer comment on fonctionne, et pas seulement de vous faire venir quand il y a un problème avec votre enfant. » Maire adjoint en charge de l’enseignement, David Proult fustigera, quant à lui, des « choix budgétaires cohérents avec des choix politiques » au détriment des « enfants des classes populaires. A-t-on l’ambition d’une culture commune de haut niveau?? »
Marylène Lenfant

Crise sociale chez Vedior-Randstad

Le géant de l’intérim supprime 500 emplois

Quand l’économie a de la fièvre, l’intérim tousse. C’est du moins ce qu’explique la direction du groupe de travail intérimaire Randstad/Vedior, dont le siège pour la France est installé avenue Wilson. Le rachat, il y a un an de Vedior (5?000 salariés dont la moitié à Saint-Denis) par le Néerlandais Randstad (34?000 salariés dans 53 pays) est une des raisons du plan social annoncé le 9 janvier, estiment plusieurs syndicats, qui contestent en outre les méthodes de la direction qui souhaite supprimer 253 postes dans le réseau et près de 250 à Saint-Denis. Des syndicats qui, d’une part, n’ont pas permis que se tienne une réunion du comité central d’entreprise le 22 janvier pour évoquer ce plan social. Et, d’autre part, qui ont saisi la justice « au pénal pour délit d’entrave », et sur le civil, « pour faire supprimer les procédures de licenciements », dit-on à la CGT.
Informés par courriel
C’est par un courriel envoyé sur les messageries professionnelles de chacun des salariés du groupe que la direction a choisi de faire connaître ses intentions. Chacun ayant à sa disposition un lien électronique lui permettant de savoir si son secteur était touché par les suppressions de postes. Une méthode qui a fortement ému les personnels. « On nous avait promis qu’il n’y aurait pas de licenciements », souligne un salarié, se référant aux déclarations du PDG qui, le 14 novembre dernier, réfutait publiquement des rumeurs de suppressions de postes. Les syndicats de Vedior ont appelé à participer à la journée d’action de jeudi « et nous serons dans la manif avec une banderole », disent-ils.
Gérald Rossi

La manifestation parisienne partira à 14h, de Bastille vers Opéra (Saint-Augustin), en passant par République. Des départs en car organisés par les syndicats de Saint-Denis se feront à la mi journée depuis la Bourse du travail.

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