À la une Portrait

Michel Hernandez
/ Il quitte son Île

Le libraire. Il a baissé le rideau de L’île aux trésors, sa boutique de presse, librairie, papeterie et confiserie du boulevard Jules-Guesde. Mais pas sur les souvenirs de 40 ans passés dans ce quartier.

Les gamines du collège Elsa-Triolet voisin le savaient. Il suffisait de lui demander l’autorisation de consulter ses magazines et Michel Hernandez les laissait faire. Mais si un gosse oubliait de dire le sésame « bonjour », le marchand de journaux – et librairie, papeterie, confiserie – de L’Île aux trésors refusait tout net : « Je ne suis pas une bibliothèque ! » Dans le quartier, on l’appelle « le libraire ». Un surnom teinté du respect qu’il a su imposer en 40 ans d’activité au 46 bis, boulevard Jules-Guesde. Son épouse Dominique et lui viennent de baisser le rideau. Le 30 septembre, ils ont invité leurs clients pour « un dernier au revoir ». « La boutique était noire de monde », s’étonne encore M. Hernandez.

Ce jour-là, des personnes qui se croisaient sans jamais se parler, se sont causées. Il n’est pas peu fier d’avoir créé du lien, comme lui l’a fait tout au long de sa carrière avec sa clientèle et ses confrères commerçants. « C’est ça, une vie de quartier. »  Comme d’avoir toujours eu un œil à l’affut, sur la rue, les passants. « J’ai toujours essayé de colmater les problèmes. J’interviens, même s’il y a des inconvénients par la suite. » Comme cette fois où il a arrêté un bus. De sa boutique, il  avait observé un pickpocket farfouiller dans le sac d’une passagère. Les effets du vol avaient été récupérés. Le lendemain, sa vitrine était par terre… « Je ne peux pas me changer. Je ne supporte pas l’injustice. »   

Le petit Michel nait dans une famille d’ouvriers. Père fraiseur et maman « à la pénicilline », une fabrique d’antibiotiques avenue Wilson à la Plaine. Il a 2 ans, en 1958, quand il arrive au « 15, sentier du Franc-Moisin, passage N°4 », un petit pavillon que ses parents achètent à côté de celui de ses grands-parents paternels. Il se rappelle « les petits jardins » et « l’incendie du bidonville ». En 1969, la famille est expropriée pour la construction de la cité. C’est cette année-là qu’il se met à la course à pied. Dans le club de Louis Rouillon « P’tit Louis ».

Tous les matins à la distribution des journaux au CCN

École du Bel-Air, Danielle-Casanova, collège Pierre de Geyter… Michel grandit. À la fin de son service militaire à Baden Baden, en Allemagne, il épouse Dominique. « J’étais à l’armée… Pas alarmé de trouver mon épouse », plaisante-t-il, taquin. Dominique sourit, complice. Ces deux-là se connaissent « depuis 60 ans ». Michel travaille au service achat d’une société de mécanique, mais a « un projet en tête depuis longtemps ». En aout 1983, après la naissance de ses deux « trésors », Virginie en 1977 et Julien en 1982, il reprend « L’Île » – magasin de journaux depuis plus de 60 ans – et l’appartement au-dessus.

Sa boutique à lui ne sera pas reprise en presse, et le commerçant en nourrit  « un peu d’amertume ». Ce qui lui tord davantage le cœur, c’est de devoir laisser ses malades du Centre cardiologique du Nord. Depuis 34 ans, il livrait les journaux « tous les matins, dans toutes les chambres ». Une activité mise en place grâce à Dominique, qui y travaille à mi-temps. Ça ne rapporte pas beaucoup, sinon de belles leçons de vie. Ici, on l’appelle « docteur ». Ça l’amuse autant que ça le touche. « Je n’ai pas pu trouver quelqu’un pour poursuivre ce service au CNN. Ça m’affecte », dit-il la gorge nouée.

L’homme laisse affleurer l’émotion. Dit devoir partir de la ville parce que ça fait mal. Mal de laisser 40 années de souvenirs avec ses clients, avec sa famille – ses petits-enfants venaient régulièrement l’accompagner dans la boutique. « On va partir mais pas trop loin. On a été shooté à Saint-Denis. »

M. Hernandez a confié sa clientèle au tabac-presse 2, rue Gaston-Philippe.
 


Réactions

C'est bien dommage, à quoi on va avoir droit maintenant, un kebbab, un coiffeur bon sang quelle ville de MERDE.
Et hop ! un de plus qui met les voiles.....nous verrons qui sera le repreneur, gardons confiance j'ai entendu de mes propres oreilles les propos d'une personne au service "commerces" à la mairie elle déclarait sa satisfaction de voir s'implanter des magasins de qualité en centre ville. Oups! les a t-elle vraiment vus ou rêvés?
@Béa Roiselet J'ai même entendu un ancien maire dire qu'il faisait bon vivre à Saint Denis. Les désirs ne sont pas forcément des réalités.
Hospitalisé 2 fois 2 jours au CCN il y a quelques mois j'avais apprécié les journaux proposés. Je ne savais pas qu'ils venaient de cette boutique... je sais qu'elle existait déjà en 1988 quand je suis arrivé sur la ville..

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