En ville Portrait

Ricardo Lopez
/ Voyages en ballons

Clown. Si vous fréquentez le centre-ville vous l’avez forcément remarqué. Costume de clown sur le dos, Ricardo Lopez sculpte et vend des ballons de baudruche dans la rue. Des ballons qui ont fait parcourir l’Europe au natif de La Paz.
Ricardo Lopez et ses ballons
Ricardo Lopez et ses ballons

Croisement des rues de la République et Gabriel-Péri. Les rabatteurs des salons de coiffures s’agitent. La foule dense, fleuve grouillant, s’écoule. Seul, immobile, tel un sémaphore planté au milieu de ce bain bouillonnant, Ricardo, auguste mélancolique, pose son regard au loin. Comme si il cherchait à l’horizon sa Bolivie natale. Ricardo Lopez est né il y a 65 ans à La Paz. Dans une première vie il a été joaillier. « Restaurateur de bijoux anciens depuis l’âge de 9 ans, précise-t-il. Et puis il y a 15 ans je suis parti pour l’Espagne et Madrid, afin de gagner plus d’argent et pouvoir financer les études de mes deux fils. » Sans papier, les opportunités professionnelles sont limitées. Alors sur les conseils d’un ami péruvien, Ricardo enfile un costume de père noël et prend la pose avec les enfants contre quelques euros. Fataliste, notre orfèvre n’en fait pas une maladie, car comme il dit : « il faut bien gagner sa vie. » Le père noël apprend seul à sculpter les ballons qui, sous ses mains habiles, se transforment au choix en fleurs, cœurs, épées ou petits chiens. Papiers en poche désormais, Il est temps de troquer le costume rouge et blanc pour une panoplie de Mickey Mouse et de partir - poussé par la crise qui frappe durement la péninsule ibérique - pour l’Italie, l’Allemagne et la Suisse. « Mes fils me disent pour se moquer gentiment : papa tu vis comme un millionnaire. Tu as voyagé dans la moitié du monde ! »

Deux enfants avocats

Et puis un jour Mickey, devenu Bozo, a atterri à Saint-Denis. « C’était il y a deux ans, se souvient Ricardo. Je suis arrivé complètement par hasard.  Je travaillais depuis quelques temps à Paris, le plus souvent du côté de la tour Eiffel. Un ami m’a invité à prendre la ligne 13. Je ne savais pas où j’allais. Je me suis endormi dans le métro et soudain c’est comme si quelqu’un m’avait dit : Descend ici ! C’était un mardi, jour de marché. » Depuis Ricardo est dans les rues de Saint-Denis tous les jours ou presque. Parfois, après une nuit passée dans la rue…« Je suis bien ici. Les mauvais jours je repars avec 20 € et les bons avec 100. Et puis la police municipale me traite correctement. » Grâce à ses ballons vendus un ou deux euros, Ricardo se rend tous les deux mois à Madrid pour se refournir. « Les ballons y sont cinq fois moins chers qu’à Paris. » Il rentre aussi tous les deux ans en Bolivie, et surtout il a pu faire étudier Gonzalo (27 ans) et Ariel (25 ans), ses deux garçons qui ont obtenus leur diplôme d’avocat au pays.

En ce vendredi soir de Fête de Saint-Denis, les affaires marchent plutôt bien pour « Bozo » Lopez. Billy, 6 ans, et ses copines multiplient les allées-venues. Elles tentent d’abord de négocier le prix avec ce drôle de clown qui ne pipe mot de français, avant de s’émerveiller devant sa dextérité (1 minute, pas plus, pour sculpter un joli petit chien rose). Elles repartiront chacune avec un ballon. Holwann, 19 ans, également… et avec une photo en plus. Ricardo se prête au jeu et pourtant on a l’impression qu’une partie de son esprit est ailleurs, là-bas. Et on se dit qu’un jour peut-être, comme le vieux M. Fredricksen de Disney, ballons en main, il retournera sur son altiplano tout Là-haut.

Yann Lalande

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