À la une Portrait

Jérôme Martin
/ Passé à l'Act Up

Lutte contre le sida. Ce professeur de lettres au lycée Paul-Éluard a été président de 2003 à 2005 de cette association dans laquelle il a milité pendant quinze ans.
Jérôme Martin, ancien président d'Act Up-Paris, devant le lycée Paul-Eluard où il enseigne les lettres.
Jérôme Martin, ancien président d'Act Up-Paris, devant le lycée Paul-Eluard où il enseigne les lettres.

120 battements par minute, le film sur Act Up-Paris, Jérôme Martin l’a vu fin août au Luminor, cinéma d’art et essai du Marais, à Paris. En présence de nombreux militants de l’association de lutte contre le sida dont il a fait partie pendant quinze ans. « Au début, je ne voulais pas le voir à une projection militante. » Pas évident de sortir d’un long métrage comme celui-ci, avec son cortège de souvenirs, et d’en parler à chaud avec ceux qui ont, plus que vécu, fait cette période… « Finalement, la curiosité a été la plus forte », sourit-il.

Ce qu’il en a pensé ? Difficile d’être objectif. « Ça a quand même réveillé pas mal de trucs… » Il y a une scène où un jeune homme malade du sida apprend que sa demande d’allocation « adulte handicapé » vient d’être acceptée. Il l’a attendue en vain quand il n’avait rien pour vivre. On la lui donne à la veille de sa mort. Il éclate en sanglots. « C’est quelque chose qui est arrivé à un ami, raconte Jérôme Martin. Et quand il est mort, son compagnon s’est retrouvé à la rue, du jour au lendemain, parce que le logement n’était pas à son nom. La famille, qui n’avait jamais accepté son homosexualité, nous a refusé l’accès aux funérailles, en menaçant d’appeler la police, et a jeté toutes les photos, tous les souvenirs... »

C’est cette question de l’égalité des droits pour les homosexuels qui l’a poussé à rejoindre Act Up dont il suivait l’activité depuis son arrivée à Paris, au début des années 1990. Le déclencheur ? La désertion des députés socialistes des bancs de l’Assemblée au moment de voter le Pacte civil de solidarité (Pacs) ; « lâcheté homophobe » qui permet à la droite et à Christine Boutin de repousser le projet de loi. Il adhère à l’asso, y fait deux ans de service civique en tant qu’objecteur de conscience plutôt que de partir au service militaire. Y découvre cent problématiques : l’évolution des traitements, la pharmacovigilance, l’accès aux soins dans les pays du Sud, la prévention, les sans-papiers, l’éducation sexuelle…

« Par le biais de la question du sida, on touche à l’éducation, la prison, le système de santé, les minorités et la stigmatisation… C’est un révélateur de tous les dysfonctionnements de la société. » De 2003 à 2005, il est président de l’association, qu’il ne quitte qu’en 2013. « Après quinze ans, il fallait passer à autre chose. » Il en garde, au sujet des minorités, une réflexion qui nourrit son engagement actuel sur les questions de laïcité et d’antiracisme. Avec un collectif d’enseignants et le sociologue Jean Baubérot, il a cosigné un Petit manuel pour une laïcité apaisée. « Je ne veux pas faire croire que tous les combats sont semblables, mais le point commun avec Act Up, c’est l’accusation de communautarisme : cette idée qu’on demanderait des droits spéciaux alors que l’on demande l’égalité. Aujourd’hui, même Le Figaroencense 120 battements Mais à l’époque du Pacs, l’accusation de communautarisme ne venait pas que de l’extrême droite, elle venait aussi de la gauche et de la droite dite républicaine. »

Professeur de lettres, au collège Henri-Barbusse puis au lycée Paul-Éluard, n’y a-t-il jamais été confronté à l’homophobie ? « Pas plus qu’ailleurs. Faire croire que l’homophobie est concentrée dans une petite partie de la société, c’est à la fois évidemment raciste, car on fait peser un problème de société sur une population donnée ; mais c’est aussi homophobe : refuser de voir le problème général, c’est refuser de le traiter. »


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