Portrait

Pierre Trovel
/ Un regard tout en Humanité

Photographe. Il a œuvré à la Ville puis au journal l’Humanité. À 71 ans, il fut un témoin privilégié du siècle passé et reste un acteur passionné de Saint-Denis. L’homme d’image a accepté de passer au révélateur des mots pour se faire tirer le portrait.
« Saint-Denis était une ville très ouvrière à l’époque. Je me souviens des occupations d’usine. Il y avait une ambiance particulière »
« Saint-Denis était une ville très ouvrière à l’époque. Je me souviens des occupations d’usine. Il y avait une ambiance particulière »

C’est au milieu des années 1960 que la longue histoire entre Pierre Trovel et Saint-Denis a véritablement commencé. Son père, infirmier et ancien président de l'Amicale des Bretons de Saint-Denis – qui s’y est installé après s’être séparé de sa mère quand il avait 6 ans – dégotte à son fils un travail en tant qu’animateur dans les colonies de vacances de la Ville. C’est aussi à cette période que le jeune Pierre découvre la photographie. Un boîtier made in RDA dans le sac à dos, il parcourt l’Europe en auto-stop. Alors, quand Pierre Douzenel, photographe historique de la Ville de Saint-Denis, se met en quête d’un confrère pour l’aider dans sa tâche, il n’a pas à chercher bien loin. « J’avais déjà une vraie expérience dans la photographie, puisque j’étais correspondant pour l’Humanité », tient à préciser Pierre Trovel.

Les deux Pierre font la paire et vont couvrir de conserve les événements de mai 1968 (1). « Saint-Denis était une ville très ouvrière à l’époque. Je me souviens des occupations d’usine. Il y avait une ambiance particulière. Nous étions certains que le monde allait changer de base. Je me souviens aussi des visages des gens et de vivre leur bonheur par procuration. Il y avait aussi de nombreux mouvements solidaires de la part de la population. »
50 ans plus tard, qu’en reste-t-il? « Les usines sont parties, les ouvriers avec. Saint-Denis est passée à autre chose. » Pierre voit malgré tout un héritage de 1968 dans les nombreux « milieux alternatifs dionysiens, qui permettent à beaucoup de gens de s’exprimer ».

 

Faire revivre l'ancien siège de l'Huma 

1975, Pierre entre à la rédaction de l’Humanité. Un monde qui ne lui est pas inconnu. Sa mère Odette (agent de liaison pour la Résistance) a longtemps travaillé au comité central du PCF. C’est une fidèle, qui a fait partie de l’équipe du ministre Ambroise Croizat dans l’immédiate après-guerre.
Enfant, Pierre a croisé Thorez, Duclos, Aragon. « J’ai baigné dans ce jus d’Humanité. L’Humanité m’a toujours donné l’occasion de fréquenter les gens que j’aimais. » Il y restera jusqu’en 2011. Le temps notamment de devenir chef du service photo et de commander un mémorable reportage au grand William Klein à l’occasion d’une édition pluvieuse de la Fête de l’Huma (2) dans les années 1990.

L’Humanité ramène Pierre à Saint-Denis en 1989. « Oscar Niemeyer, l’architecte du siège du journal, et Roland Leroy, son directeur de l’époque, voulaient s’implanter dans une ville ouvrière. L’idée était excellente. Malheureusement, et je le regrette beaucoup, nous sommes toujours un peu restés entre nous, dans ce nouveau siège à Saint-Denis. ». 

Pierre regrette également le sort réservé à ce bâtiment « vendu et laissé à l’abandon depuis 10 ans. L’occuper serait la moindre des choses. Au moins le rez-de-chaussée. C’est une architecture remarquable, comme toute celle du centre-ville où j’habite. »

Dans le cœur de Pierre, Saint-Denis est belle, mais un peu endormie. « Mon combat c’est de faire vivre ce centre-ville. Nous avons la plus belle ville du département. Pleine de richesses. Mais eu égard à ce potentiel, je trouve qu’elle vivote, alors qu’elle devrait tenir le haut de la scène. » Ainsi, avec des amis, Pierre milite pour une ouverture plus large du parc de la Légion d’honneur, collabore au Laboratoire international pour l’habitat populaire (LIPHP, 25 rue Jean-Jaurès) de son ami architecte Jean-François Parent et essaie de faire avancer un projet de labo photo alliant techniques anciennes et modernes. « Quand je circule de Porte de Paris au centre-ville et que je lève le nez, je m’aperçois que beaucoup d’immeubles sont rénovés ou reconstruits. Saint-Denis va encore beaucoup changer dans les dix-quinze prochaines années et j’aimerais que ce soit dans le bon sens du mot populaire. Le sens noble du terme. »

De quoi passer l’envie à Pierre de définitivement abandonner sa banlieue pour Binic (Côtes d’Armor), son autre port d’attache. Il faut aussi dire que, parfois, en Bretagne, Pierre « s’emmerde un peu ».

 

Yann Lalande

(1) 29 septembre, 13h30, Journée de partage des mémoires de Mai 68 à Saint-Denis, à la bourse du travail. (2) Édition 2018 de la Fête de l’Huma les 14, 15 et 16 septembre au Parc départemental de La Courneuve

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