Portrait

André Egido
/ Monsieur cinéma super 8

Il est l’un des derniers professionnels à réparer et vendre tout ce qui est nécessaire au super 8. Sa réputation dépasse largement les frontières de son atelier de la cité Duclos.

 

« Merci, grâce à vous j’ai pu montrer à ma grand-mère les films de sa jeunesse. » André Egido a conservé ce texto d’une cliente. « C’est le côté plaisant de la chose », dit-il. La chose, c’est son activité de vendeur et réparateur de tout ce qui est nécessaire au super 8, ce format cinématographique tombé en désuétude. À 65 ans, il y a déjà une dizaine d’années qu’il opère dans son minuscule atelier conscrit dans un couloir et une petite chambre de son appartement de la cité Jacques-Duclos. « On était dans les premiers à s’installer en juillet 1977. » Un rez-de-chaussée adapté au handicap de son épouse Yakout, atteinte de myopathie et qui se déplace en fauteuil électrique.

Il y a une quarantaine d’années que ces deux-là ont mêlé leur destin. La passion du jeune André pour la photo lui a fait rencontrer Yakout dans son école pour filles où il animait un atelier amateur. « Elle passait son bac compta. » Ils se marient en 1978. « On était précurseur à l’époque. Les couples mixtes étaient assez rares. » Elle est d’origine algérienne, lui espagnole. « Je suis issu d’une famille pauvre de Salamanque. J’ai une sœur. Gamin, mon père était berger, puis il a été mineur. On est arrivé en France en 1964. Il est devenu maçon chez Bouygues. »

« Réparateur c’est comme chercheur »

André passe un CAP et un bac électrotechnique. Il arrive sur le marché de l’emploi « au moment où la caméra n’était plus seulement mécanique mais aussi un peu électronique » et débute sa carrière chez Bosch, à Saint-Ouen, en 1974. « C’était la bonne période où l’on pouvait passer d’un boulot à un autre en deux jours. Trois, peut-être, en comptant le pot de départ… » Il rit. André a la réparation chevillée au corps, à l’instar de la ténacité. « Je restais au boulot plus qu’il ne fallait. Réparateur c’est comme chercheur, mais à un petit niveau. Je ne lâche pas avant d’avoir trouvé la solution. »

En 1985, il monte une boîte avec deux camarades techniciens. Toujours dans le domaine du super 8. « On réparait aussi pas mal d’autoradios Blaupunkt », jusqu’à ce que la petite entreprise périclite. « En 2000, je me suis retrouvé sans emploi. » De longues années de chômage au bout desquelles il monte son affaire. « Il fallait bien faire quelque chose. »

Des clients jusqu’en Australie

« Au début, je ne faisais que de la réparation. Puis les gens ont demandé des accessoires… » Dans le même temps, André monte son site Internet (1) car il est – aussi – programmateur informatique. Il vend essentiellement par correspondance et loue du matériel. Au fil du temps, il s’est fait « une belle clientèle. À la louche 5 000 clients », amateurs, pros, réalisateurs, institutions. Et personnalités : il se marre en se remémorant avoir reçu dans son atelier à Duclos le chanteur Vincent Delerm sans le reconnaître. « Comme il a payé par chèque, je lui ai demandé sa pièce d’identité… »

Le Dionysien, lui, est connu mondialement. « Un Australien m’a commandé un bouchon de pile », petit bitoniau à 9 euros. « Il en a eu pour plus cher de frais de port ! » Lampes, colle, visionneuse… « La seule chose que je ne fais pas, ce sont les écrans. » Il écarte les bras. « À cause du volume. » Car il stocke partout dans l’appart. « Sauf dans la cuisine. Bon, j’ai conservé quelquefois du film dans le frigo », reconnaît-il, malicieux. Il tâche tout de même de ne pas trop empiéter sur le domaine de Yakout. « Mais elle arrive à manœuvrer. Elle est douée », dit-il avec tendresse.

André n’est pas vantard, mais à l’énoncé de ses compétences, on se dit qu’il sait tout faire et a de l’or – de l’argentique, plutôt – dans les mains. « Je ne m’enrichis pas, mais je fais ce qui me plaît. » Sa fierté : « Être un réparateur digne de ce nom et digne de confiance. » Il sait que son métier disparaîtra avec les hommes qui le maîtrisent comme lui. Il en nourrit déjà une certaine nostalgie. Dans son « très beau logement » de Duclos (où il s’occupe de l’amicale de locataires depuis « 15-20 ans »), mais très mal situé dans un secteur gangrené par les trafics, il songe à la retraite, sans pouvoir s’empêcher de penser à ses clients qu’il laissera sur le carreau. Il est comme ça, André : « Ça fait plaisir de faire plaisir aux gens. »

(1) cine-super8.net

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