Portrait

Claudie Rouzier
/ Une vie plein cadre

Caméraman. Elle a été l’une des premières femmes à exercer le métier de cadreur à la télévision française. Retraitée, elle en garde un goût certain pour l’image.

« J’en ai un peu marre des ateliers d’écriture. Je préfère le côté visuel. » À peine la confidence émise que Claudie Rouzier regrette. Elle ne voudrait froisser personne. Puis cette fraîche septuagénaire – discrète, voix douce, gestes posés – tranche : « Bon, après tout je leur ai déjà dit, à la Maison des seniors » où, dans le cadre de Correspondances, elle a réalisé un petit film sur ce projet d’écriture entre des retraitées et des 2ndes en métallerie-chaudronnerie à l’Enna. « Ces jeunes sont beaux à voir. Je suis fascinée par leurs masques de soudure. On dirait des chevaliers. » Texte ou image, Claudie est à l’aise avec les deux modes d’expression. Mais c’est la caméra qui a conduit sa carrière professionnelle. Caméraman (elle ne féminise pas le mot), Claudie a « toujours exercé des métiers d’homme ».

Quand elle débute à la SFP, au milieu des années 1970, ses confrères l’invitent à déjeuner, pour lui dire « que ça n’était pas un boulot de femme ». Réservée, mais déterminée, elle n’en a que faire. Comme quand elle décide, toute jeunette, alors ouvreuse au Saint-André-des-Arts, cinéma parisien, de devenir projectionniste. Elle passe le CAP adéquat, alors qu’elle est déjà titulaire d’un BTS « prise de vue » de la réputée École Louis-Lumière. Elle exerce quelques mois puis entre à la télé. « Je suis passée par toutes les chaînes – sauf la 5 – l’INA, la télé de l’Éducation nationale… Des talkshows, des matches de foot, des messes, des émissions de Drucker, un peu de fiction… ». En 1979, Claudie rejoint TF1. En part en 2003, « avec de bonnes indemnités chômage » et obtient sa retraite en 2007, « à 60 ans ».

« Quelle est cette ville sympathique ? »

En 1982, alors qu’elle se rendait sur un tournage à Bobigny, elle se retrouve bloquée dans les embouteillages à Saint-Denis, à hauteur des rues de la République et Péri. « Il y avait du monde. Ça grouillait, c’était exotique. » Elle demande à sa collègue qui l’accompagne : « quelle est cette ville sympathique ? », sans imaginer y vivre quatre ans plus tard, enceinte de son premier enfant, un garçon suivi de près par une fille.

Depuis vingt ans, elle habite une petite maison près de la basilique. « Côté rue, c’est Saint-Denis. Côté jardin, c’est la Touraine », se réjouit la dame née à Bourges. Une localisation, avec vue sur le couvent de la Légion d’honneur, qui la lie à son passé. « On habitait face à la cathédrale et mon père, quincailler, avait un petit couvent. C’était un notable de province et un mouton à cinq pattes : il était anticlérical. Dès l’âge de 10 ans ! On voulait faire de lui un enfant de chœur, il ne voulait pas être déguisé en fille. » Marie-Claude (nom de baptême de Claudie) rit à cette évocation.

« J’étais une rebelle, en fait »

En mai 68, elle a 21 ans et est employée à l’académie de Bobigny. « J’en suis partie du jour au lendemain, sans donner de nouvelles. Je ne le referais plus aujourd’hui », regrette-t-elle. Mais c’était l’époque de tous les possibles. « Je fréquentais les anars. Pas vraiment par conviction politique, mais parce qu’ils n’entravaient pas ma liberté. » Elle peut « errer. Odéon, fac de Censier… Je faisais partie des comploteurs, s’amuse-t-elle. J’étais une rebelle, en fait ».

Dans la foulée, elle étudie les maths-physique à Tours ; en 1983, l’informatique à Paris 6 où elle rencontre son mari, Barthélémy Moro, étudiant d’origine ivoirienne ; en 1986, décroche une maîtrise d’histoire du cinéma à la Sorbonne ; en 2010, suit à Paris 8 un cours « passionnant » de montage qui la « fascine. C’est comme une composition musicale ». Réalise une courte fiction en 1975, est l’auteur d’une BD sur Darwin en 1980. Depuis sa retraite, Claudie a fréquenté pas mal d’associations dionysiennes : « J’ai pratiqué la peinture, l’aquarelle, la vidéo, le piano… Je me suis baladée. Je veux faire plein de choses, je n’arrive pas à choisir. Je suis un peu instable. » Insatiable curieuse, recadrerons-nous.

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