Portrait

Magali Castellan
/ De l'importance de l'accessoire

Bricoleuse bohème. Magali Castellan est tout un poème. Elle crée costumes et accessoires dans son appartement dé à coudre de Saint-Denis. Et quand elle a fini, elle se jette, par-delà les frontières, frange la première, dans les créations d’Irina Brook.

Si l’habit ne fait pas le moine, l’intérieur de quelqu’un en dit souvent long sur une personnalité. Alors « Sésame ouvre-toi », voici la caverne de Magali Baba. Ce rez-de-jardin un peu sombre est aussi charmant que foutraque. Une mercerie aux faux airs de vide grenier. C’est sans doute le prix à payer quand on habite son atelier. Machine à coudre et planche à repasser, mais aussi niveau de chantier et set de tournevis trouvent leur place sous le lit mezzanine. « Tout est intéressant pour une costumière, s’amuse notre reine de la récup. Moi j’essaie de créer des matières, pour se décaler du réel. » Très bricoleuse, Magali n’est d’ailleurs pas que costumière. « J’ai aussi fait une formation d’accessoiriste, détaille-t-elle. Mais surtout j’ai travaillé pendant une quinzaine d’années avec la compagnie de théâtre de rue Babylone. Je les suivais partout en tournée avec ma caravane. On avait peu de moyens. Je me suis donc retrouvée à faire beaucoup de choses, du graphisme aux décors. »

Des trésors de tissu au marché

Depuis Magali a posé ses très nombreuses valises pleines de chiffons à Saint-Denis. C’était il y a huit ans déjà. Rue Catullienne d’abord. Avant de dégoter sa merveilleuse petite caverne trois ans plus tard. « J’étais en couple quand j’ai débarqué ici, et Saint-Denis est la seule banlieue parisienne à nous avoir acceptés en tant qu’intermittents du spectacle, se souvient-elle reconnaissante. Je ne connaissais pas du tout l’endroit. Ça a été une belle découverte. » Une découverte qui a réservé quelques bonnes surprises. « Il y a beaucoup de boutiques de fringues ici et le marché est exceptionnel pour une costumière. J’y trouve des stocks de tissu pas chers du tout. Je pourrais presque vivre en autarcie à Saint-Denis (rires). »

L’autarcie, pourtant, ça n’a pas vraiment l’air d’être le truc de la sociable maîtresse de Kochka (chat, en russe), qui aimerait bien « trouver un atelier. Parce que travailler à la maison ce n’est pas tous les jours simple et que la dynamique d’équipe me manque parfois. » Car costumière n’est pas qu’un office de technicien. Il y a bien d’autres facettes dans le métier. « Finalement je travaille beaucoup sur l’humain. Je fais le lien entre le metteur en scène et les comédiens. C’est un boulot d’écoute et d’équipe. Il faut être un peu psy et savoir faire des compromis. » Un drôle de ballet qu’apprécie visiblement cette danseuse invétérée de tango. « Je danse depuis quinze ans. Pas tous les soirs mais presque. Je trouve toujours des partenaires dans les milongas à Paris. » Mais ce soir c’est à Saint-Denis, au chapiteau Raj’ganawak, qu’elle va s’adonner à sa passion argentine. « Cette musique me plaît (Magali est aussi accordéoniste à ses heures) et puis avec le tango on apprend vraiment à manipuler finement l’autre. » Une dentelle des corps qui ne pouvait que séduire la costumière.

D’ailleurs si on reparlait boulot ? Cette semaine c’est un rendu pour une troupe de théâtre de rue qui est au menu. « Je suis très attachée à cette forme d’expression. Je trouve ça important de faire des choses de qualité et de pouvoir les proposer à tous les publics. » Dans un tout autre registre, bientôt Magali retrouvera Irina Brook (directrice du Théâtre national de Nice), la fille de Peter (le metteur en scène qui lui a fait aimer le théâtre), avec qui elle a déjà travaillé à Nice et Salzbourg. « Cette fois on va monter une pièce en Pologne et un Shakespeare à Vienne. » Des contrats à l’étranger qu’adore Castellan la bohémienne mais qui ont aussi donné des sueurs froides à Magali l’intermittente. « Ça n’entrait pas dans le décompte de mes heures en France. L’an passé j’ai bien cru que j’allais perdre le statut. » Ainsi va la vie des petites mains du spectacle vivant. On a beau avoir une bille de clown, on n’en reste pas moins un intermittent.

Yann Lalande

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur