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Djelika Darbo
/ Pouvoir les mots

Professeure des écoles. Elle a choisi d’enseigner à Saint-Denis. A été affectée à Franc-Moisin, le quartier où elle a grandi. Et pratique une pédagogie non traditionnelle, pour que l’élève « ne subisse pas l’école ».
Djelika Darbo, dans sa classe, à l'école René-Descartes.
Djelika Darbo, dans sa classe, à l'école René-Descartes.

Après avoir eu le concours de professeure des écoles, Djelika Darbo n’a indiqué qu’une seule ville parmi ses choix d’affectation : Saint-Denis. « J’aurais bien voulu une école à la Plaine, parce que c’est là où j’habite. » Le hasard des nominations l’a envoyée plutôt à l’école René-Descartes, à Franc-Moisin. Là où elle a grandi. « On habitait au 2, place des Sports, face au gymnase. » Quatre ans après son arrivée à l’école, elle s’y sent chez elle à nouveau. « Je commence à bien connaître les gens, les enfants, leur famille… Ils nous font confiance, on essaye de ne pas les décevoir. » De son aveu, le quartier a changé depuis le temps. « C’est beaucoup plus éclairé. La passerelle en face de Garcia-Llorca, quand j’y suis repassée, je n’ai pas reconnu ! » La réputation de la cité, elle la connaît. « On essaie de donner une belle image de ce quartier. Je me sens “en mission” – une petite mission : donner envie de venir à l’école, montrer qu’on peut l’aimer même si on habite dans une cité – parce que j’y ai habité. »

 

Inspirée de la méthode de Singapour

 

Son parcours scolaire à elle a commencé loin de Saint-Denis, en Côte d’Ivoire, d’où sa famille a émigré quand elle avait 10 ans. « À l’époque, je n’aimais pas trop aller à l’école. J’ai redoublé mon CP, sourit-elle. C’était une pédagogie traditionnelle, un peu rigide, on ne prêtait pas beaucoup attention à l’enfant. » Ce qui lui a fait aimer l’école ? « La magie de savoir qu’on peut lire tout seul. Mes parents ne savaient ni lire ni écrire. Très petite, j’ai compris que la lecture et l’écriture, c’était un pouvoir. »

Dans sa classe, à l’école Descartes, on cherche en vain le bureau de l’enseignante. « Je suis un peu partout, au milieu des élèves. » Une volonté de dépasser la pédagogie classique où le professeur délivre un savoir tout fait. « Il ne faut plus qu’il y ait le maître d’un côté et les élèves de l’autre. Il y a toujours des individus, mais tout le monde coopère vers un but commun, qui est de réussir ensemble. » Elle s’inspire notamment de la méthode de Singapour. Une méthode d’apprentissage des mathématiques développée par les autorités éducatives de cette île du sud-est de l’Asie, qui part du concret pour aller ensuite vers l’image, puis, enfin, vers la représentation abstraite. Un renversement de la pédagogie traditionnelle qui a connu une grande publicité quand les élèves de Singapour se sont retrouvés aux premières places des classements de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Au-delà de la performance académique, il s’agit surtout pour Djelika de donner une nouvelle place à l’élève. « On crée un climat qui va permettre de réussir. Quand un élève n’y arrive pas, on sollicite l’aide des autres camarades, c’est une recherche collective. Moi, je viens en dernier recours, en tant qu’adulte référent, pour les aider, les aiguiller. »

Cette vision de la pédagogie, Djelika la doit beaucoup à Paris 8, où elle a obtenu une licence de socio et un master en sciences de l’éducation avant de devenir prof. « Même nous, en tant qu’adultes, on ne supporterait pas de rester assis sur une chaise toute la journée. Rester concentré, oui, mais combien de temps ? Il vaut mieux diversifier les situations d’apprentissage. Que l’élève ne subisse pas l’école. » C’est la même philosophie qui guide son propre parcours. « Être prof des écoles, ce n’est pas un métier qu’on peut faire par dépit, il faut être un minimum engagé dans ce qu’on fait, on gère de l’humain. » Une question d’envie, toujours. « Si on subit les choses, ça ne marchera pas. Il ne faut pas subir, il faut aimer. »


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