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Jean Champion, le Viking devenu papiDepuis un demi-siècle, il enseigne le karaté au Club 93. Dans une salle à Romain-Rolland, son quartier depuis 1949.


À 81 ans, Jean Champion donne toujours des cours de karaté aux enfants du Club 93, avenue Romain-Rolland. « Je suis arrivé dans ce quartier en 1949. Ma mère avait acheté le Bar des fleurs. Sa terrasse allait jusqu’au milieu de la route actuelle. On était entouré de jardins, c’était la campagne ici. » Il se marie en 1951 avec Marie, fille d’Espagnols, vit dans une roulotte, puis rue de la Ferme, et fait partie des premières familles – trois enfants sont nés entre-temps – à emménager dans les tours du 11 de la fameuse avenue. Juste en face, au 26, se trouve le local du club, dont il est devenu le doyen, apprécié et estimé de tous. Une figure douce, familiale, un peu comme le grand-père idéal.


« J’ai changé avec les années. J’étais une bête, 96 kilos de muscles, je n’avais peur de rien. » Il montre une photo sur laquelle il est beaucoup plus large, les cheveux plus longs, blonds, et la moustache plus fournie. « On m’appelait le Viking dans le département. Aujourd’hui c’est Papi ou Jeannot. »


Côté travail, il passe toute sa carrière chez Tixier, dans le bâtiment, où il était chef de chantier. « On travaillait sur la verrière de l’Élysée quand Pompidou est mort. Je ne me rappelle certainement pas tout, mais rue François 1er, quand on bossait en face d’Europe 1, on voyait Coluche arriver tous les matins en moto. » Les deux dernières années, en 85 et 86, il les passe à la ménagerie du Jardin des Plantes. « On a refait les volières, les grilles de la singerie, celles des fauves… » Un bon souvenir. « J’ai travaillé 41 ans, mais ça en valait bien 45, car au départ, on travaillait dix heures par jour, six jours par semaine. » Et le soir, cours de karaté.


Il commence par le judo jujitsu en 1963, obtient sa ceinture noire, en aïkido aussi, et lance la section karaté shotokan du club avec Martial Thévenot, un bon copain. Il suit les cours de maître Kase et obtient son diplôme d’État en 1972. « J’ai eu les parents, les enfants et les petits-enfants. Au moins 5000 élèves », songe-t-il, surpris par le nombre. « Avec le sport, j’étais en forme, c’était de la bonne fatigue. J’y allais tous les jours avec énormément d’enthousiasme. Un peu moins depuis mes 70 ans. Mais quand je serai obligé d’arrêter, ça va beaucoup me manquer. »


Son élève Gérard Clopeaud a repris le flambeau, avec d’autres. « Quand je l’ai vu, je me suis dit qu’il avait quelque chose en plus. On a toujours espoir de former des bons. Vers ses 20 ans, il a été champion du monde par équipe de karaté contact. » Un haut niveau avec lequel le club continue de flirter. Son petit-fils Grégory Cerdan s’illustre lui aussi, mais au foot, puisqu’il a joué des années au Mans, en Ligue 1, et continue aujourd’hui avec Guingamp.


Jean, dont les autres passions sont le camping et la pêche – il a une caravane à Lacanau depuis 1953 – a par ailleurs présidé les jardins ouvriers du Fort de Montmagny pendant cinq ans. Une Coupe porte aujourd’hui son nom, chaque année, sur décision du club pour lui rendre hommage. « C’était une surprise, je n’étais pas au courant », s’étonne-t-il encore. Son seul regret ? Que le dojo soit contraint de déménager au gymnase de La Courtille en septembre. « Bon c’est bien, c’est pas loin, mais c’est un gros chagrin. On ne pensait jamais partir d’ici. »


Aurélien Soucheyre


Publié le 11-Jun-2012 17:26 | Actualisé le 22-Jun-2012 13:08 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |

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