Shadi Al Zaqzouq / le printemps de l’artLes révolutions dans les pays arabes ont transcendé la créativité de ce trentenaire né en Libye de parents palestiniens. L’un de ses tableaux a été censuré à la foire d’art contemporain Art Dubaï.
C’est une femme au regard fort, en survêtement. Les cheveux à l’air libre et un foulard rouge fleuri qui cache le bas du visage. Elle montre un slip sur lequel est écrit « dégage » en arabe. Ce tableau baptisé After Washinga été censuré lors de l’Art Dubaï en mars dernier. « Moi je provoque. Si la toile a été retirée, c’est que j’ai réussi mon travail. Il a énervé ! », apprécie le Dionysien Shadi Al Zaqzouq. Arrivé au monde en Libye à Koufra, en 1981, Shadi est le fils d’un Palestinien né en Égypte et d’une Gazaoui. « Enfant, je dessinais tout le temps, dans ma chambre, sur mes livres d’école. Dehors, on me demandait parfois de faire le portrait d’Arafat, du Che ou de Mickey. » À ses 17 ans, la famille quitte le désert libyen, sans limites visuelles, pour la très dense bande de Gaza, en Palestine. Shadi rêve d’étudier l’art, mais il n’y a pas d’école. « J’avais vu dans un magazine les tableaux des grands maîtres exposés au Louvre : Michel-Ange, De Vinci, Raphaël… J’étais passionné. Je savais que je voulais venir à Paris. » Un concours d’arts plastiques lui permet de décrocher une résidence de six mois à la Cité internationale des arts, « à côté du Louvre, à côté de tout ». Après quatorze jours de transit, il se retrouve de Gaza au Châtelet. Un choc : « C’était comme sortir de terre, comme mourir et renaître. » À Paris 8, les arts plastiques lui sont refusés car il ne parle pas bien français, mais on l’accepte en philosophie… « Je ne comprenais rien », s’amuse-t-il. Il améliore sa maîtrise de la langue pendant deux ans et vit finalement son rêve. « Je souhaite aujourd’hui continuer seul, faire mon chemin, casser le mur entre De Vinci et moi. Mon professeur est le temps. » Lors d’un rassemblement pour la Palestine, il rencontre Hélène. Un amour décisif, qui l’a soutenu dans ses choix. Ils se marient en 2010, puis naît Joseph, en pleine révolution arabe. À ce fils s’ajoute une créativité transcendée. Un renouveau. « La révolution est devenue le sens de mon travail, c’est le sujet que j’ai attendu toute ma vie. Les idées fusent. Avant je parlais de moi, maintenant je parle de toi, de nous, je parle de tous. » S’il redoute parfois les conséquences, il se concentre sur la lueur d’espoir aperçue. « Avant on ne pouvait pas parler, c’était la société de la peur. Je veux éduquer mon fils librement et sans frontières. Je veux qu’il puisse marcher au centre de la rue, sans raser les murs. » Shadi se donne depuis à fond, il peint encore et encore dans le salon de son appartement du centre-ville, transformé en atelier. Il se lance dans le Street Art avec un portrait de Kadhafi grimé en Joker et signé Shazz. « Après Dubaï, il y a eu un changement énorme, beaucoup de journaux, de radios m’ont contacté. Le message est passé. » Shadi expose aujourd’hui à Londres et cherche un vrai atelier. Il transmet aussi son art à l’école d’arts plastiques Gustave-Courbet. S’il adore la ville de Saint-Denis pour son cosmopolitisme, il est de plus en plus affecté par la situation rencontrée en préfecture, où cela devient ubuesque pour obtenir un simple récépissé après des heures d’attente… Le printemps, ce n’est pas tous les jours. Aurélien SoucheyreLa révolution dans le travail
Publié le 04-May-2012 17:36 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 1 réaction(s) |
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