« Elle a tenté de se faire entendre, mais les portes se sont fermées », déplore Fatoumata. « Il n’y avait plus personne pour la relever », ajoute Hadjira, autre mère d’élève. Ce jeudi 16 février, elles sont une quinzaine au café des parents du collège Garcia-Lorca, où la communauté éducative est encore sous le choc.
Le samedi 4 février, N’Gudi, mère d’une fillette de 11 ans scolarisée en 6e, s’est jetée sous un train en gare de Saint-Denis. La veille, « elle était venue pour me voir, mais je n’étais pas là », se désole Yarie, médiatrice au collège. L’assistante sociale scolaire, qui l’a alors reçue, en reste profondément meurtrie. « Je lui ai donné 30 euros que j’ai pris sur le fonds social du collège, raconte-t-elle. Et je l’ai orientée vers l’épicerie sociale. C’était dérisoire. J’ai fait ce que je pouvais. »
Originaire de la République démocratique du Congo, ex Zaïre, cette « femme discrète », âgée de 49 ans, était mère de trois enfants à la scolarité impeccable. Les deux aînés poursuivant l’un et l’autre des études supérieures.
Mais dans la cité Franc-Moisin, où la famille habite depuis une vingtaine d’années, les dettes de loyers se sont accumulées. Un plan d’apurement lui aurait été accordé en 2005 pour éponger les 6600 euros dus à Logirep, le bailleur. 50 euros par mois, plus 845 euros de loyer. C’était l’équivalent du petit salaire de N’Gudi, femme de ménage pour une grande chaîne hôtelière.
Comment éviter qu’un tel drame ne se reproduise ? Tel était l’enjeu de cette rencontre, à laquelle les deux médiateurs du collège avaient convié, outre les parents, les professionnels du quartier. Plusieurs mères y mettront en cause les services sociaux de la Ville, que N’Gudi aurait en vain sollicités.
190 élèves en grandes difficultés
Parmi elles, Diere, hébergée par le 115 depuis un an et demi. « L’assistante sociale m’a proposé que mes enfants soient placés en famille d’accueil. Ou que je les envoie en Afrique », témoigne au bord des larmes cette Malienne, femme de chambre en hôtel. « Il ne nous est pas possible de régler les problèmes dans l’immédiat, ni de proposer des logements, intervient l’assistante sociale scolaire. De nombreux élèves sont en rupture d’hébergement et viennent de loin chaque matin. Et ce n’est pas le premier parent qui décède depuis la rentrée. Il y a ici 503 élèves. J’en suis 190 qui sont en grande difficulté. Il y en a d’autres que je ne verrai pas avant la 3e ou un conseil de discipline. »
« J’entends deux colères, celle des assistantes sociales démunies, et celle des parents », observera Hélène Zeitoun, directrice de l’ASBE, Association communautaire Santé Bien-Être. « Dans ce quartier, il y a de la souffrance, mais on a aussi des ressources. Il faut faire un travail de fond. Et pour ça, on a déjà un lieu », intervient Fatoumata pour désigner à son tour l’espace santé ouvert récemment par l’ASBE.
« Comment travailler ensemble si notre métier de médiateur n’est pas reconnu au sein du collège ? », lance pourtant Saadi. « Les travailleurs sociaux n’ont pas eux-mêmes de solution, ils sont dans l’accompagnement », insiste de son côté Fabienne Soulas, élue déléguée à l’action sociale, jointe par le JSD, pour qui les solutions à l’endettement locatif sont en grande partie entre les mains du bailleur.
Ce que confirme au nom de sa filiale Logirep la direction de Polylogis, où l’on s’engage à « accompagner au mieux » la famille de N’Gudi.
Marylène Lenfant