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Hélène Aury : Les voyages forment sa jeunesseSon truc, c’est la rencontre. A 22 ans, loin des circuits touristiques, en stop et sac à dos, seule, l’autre est sa destination.


Globe-trotteuse. Elle sourit, hoche plusieurs fois la tête, lance un regard pétillant et s’écrie : « Oui, c’est ça ! » Hélène Aury est tombée dans les voyages toute petite. Née à Berlin, « à l’Est, six mois avant la chute du mur », d’un père allemand et d’une mère française, elle a vécu enfant les bouleversements de la ville. Ces bouleversements, elle les constate encore chaque fois qu’elle s’y rend. « Un quartier ouvrier et pauvre est tour à tour devenu délabré, puis étudiant, aujourd’hui bobo et très cher. »


Lorsqu’elle a 10 ans, la famille vient vivre à Saint-Denis. Naturellement bilingue, Hélène apprend les voyages avec ses parents : la voile avec son père en mer Baltique, plutôt les pays du Sud avec sa mère. « Toujours itinérants, en dehors des sentiers battus. » Étudiante à l’Institut national des langues et civilisations orientales en master de relations internationales, elle parle aujourd’hui quatre langues (anglais et arabe en plus et elle souhaite apprendre l’hébreu !) et est fortement séduite par le monde arabo méditerranéen. « J’ai d’abord été attirée par la langue, l’inconnu. »


Alors elle part au Maroc, seule, à 17 ans. Puis fait un séjour linguistique à Tunis. « Voyager seule ouvre des horizons. C’est comme cela qu’on peut rencontrer les gens, discuter, apprendre. Il faut prendre le temps. » Rapidement, elle sait que c’est cela qu’elle veut faire de sa vie. En 2009, elle part en Israël et en Cisjordanie, sur les traces du poète palestinien Mahmoud Darwich et l’an dernier, du 19 août au 18 octobre, en Syrie pour y rencontrer des Palestiniens en exil depuis 1948. Ces deux voyages ont été réalisés grâce à une bourse de la fondation Zellidja et Hélène Aury a été remarquée pour la qualité de ses journaux et rapports de voyages.

"Ce que je recherche, c’est la rencontre avec l’autre"

Car les siens sont à mille lieues de la carte postale, de la mer et du soleil paresseux, bref du tourisme. « Ce que je recherche, c’est la rencontre avec l’autre, pour mieux le comprendre. Et aussi mieux me comprendre moi-même. Voyager, c’est quelque chose qui me construit », confie-t-elle.


Elle raconte certaines de ses rencontres, avec des gens tous différents. « En voyage, on peut provoquer ces rencontres. Et cela peut donner des moments de bonheur magique, inoubliables. » Hélène fait aussi de la photo, « pour capter des instants, des moments parfois invisibles, des émotions au-delà du langage. » Intarissable sur le sujet, elle parle encore de la vulnérabilité du voyageur et donc de la nécessité de s’adapter. « Mais c’est facile d’établir le contact. L’être humain est sociable, il a besoin d’aller vers l’autre. »


Hélène voyage en stop, sac au dos, loge chez l’habitant, vit à leur rythme. Disponible, yeux et oreilles ouverts, elle n’est pas neutre, s’engage contre les préjugés, pour porter un regard loin des stéréotypes. « Et quand on revient, on est plus ouvert, plus accueillant. J’y ai gagné une autre philosophie de vie, plus à l’écoute de l’autre… » Elle annonce ses projets : « aller à Damas à vélo et faire le tour du monde à la voile ». Et elle veut aussi absolument préciser : « Partout dans le monde, je dis que je suis de Saint-Denis, pas de Paris ! »


Benoît Lagarrigue



Publié le 04-Jul-2011 15:32 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |