Festival de musique
Ibrahim Maalouf va signer la création 2012La traditionnelle création du Festival de Saint-Denis a été confiée au trompettiste, actuellement en tournée avec son dernier opus Diagnostic ». Il s’agit de « .33 », concerto pour trompette orientale, chœur d’enfants et orchestre.
Ouverture du Festival jeudi 31 mai, avec Mozart.
Le JSD : Présentez-nous votre création, que vous avez appelée.33. Ibrahim Maalouf : J’avais envie d’écrire en hommage à mon père et d’aborder le thème de l’infini. Cette pièce est construite en deux parties de 33 minutes : tout, du point de vue rythmique, est construit autour du chiffre 3 et de ses multiples. J’ai imaginé l’histoire d’un homme en prison dans un pays imaginaire. Il est dans la cellule n° 6. Il y fait trois rêves qui vont lui apporter la réponse à sa recherche personnelle. Durant un rêve de 33 secondes, il écrit une symphonie de 33 minutes, rythmée par les notes C, A, G, E et F (do, la, sol, mi et fa en anglais). Cage F veut dire cellule n° 6, F étant la sixième lettre de l’alphabet… Le JSD : De quelle instrument jouez-vous ? Ibrahim Maalouf : Il s’agit d’une trompette à quarts de ton, faussement appelée trompette orientale, qui a été inventée par mon père dans les années 1960 pour pouvoir interpréter la musique orientale. Sa spécificité est de baisser les notes d’un quart de ton, ce qui lui a permis de jouer à la trompette les maqâms arabes, qui sont basés sur des intervalles d’un quart ou de trois quarts de ton. Mon père était un génie, qui a quitté le Liban à 22 ans en quête de son idéal de musique et de vie. Il voulait absolument rencontrer le grand trompettiste français Maurice André, et ainsi trouver son propre chemin musical. C’est lui, avec ma mère, pianiste, qui m’a amené à la musique. Et tous deux, enseignants, m’ont aussi donné le goût de la pédagogie. Le JSD : Quel est votre parcours ? Ibrahim Maalouf : Je suis né à Beyrouth et j’ai grandi en France. À la maison, on parlait l’arabe libanais et j’ai baigné dans cette culture. La musique arabe est ma langue musicale maternelle. Ensuite, j’ai étudié la musique classique, qui est pour moi fondamentale. Mais le jazz, le hip-hop, l’électro font aussi partie de mon quotidien. Lorsque je suis sorti du conservatoire, j’étais parti pour faire une carrière de trompettiste classique. Mais je me suis vite rendu compte que je voulais passer de l’autre côté de la partition, à la manière d’un comédien qui passe de l’autre côté de la caméra. Aujourd’hui, je compose une musique nourrie de toutes ces influences. Le JSD : Vous êtes un familier du Festival de Saint-Denis… Ibrahim Maalouf : …et j’en suis honoré ! En 2010, j’ai participé à la création de Smadj autour du oud, l’an dernier j’étais en concert sur le parvis de la basilique et cette année à l’intérieur ! Grâce au Festival, j’ai la possibilité de créer ma propre musique classique, mais aussi de m’impliquer sur ce territoire, où j’enseigne au conservatoire d’Aubervilliers-La Courneuve avec l’ambition de former des musiciens pouvant aller au-delà du seul parcours classique. J’essaie de faire avancer la musique, et pas simplement de la « conserver »… Recueilli par Benoît Lagarrigue .33 concerto pour trompette orientale, création d’Ibrahim Maalouf, mardi 5 juin à 20h30 en basilique. I. Maalouf à la trompette orientale, chef de chœur Patrick Marco (Maîtrise de Paris), Fayçal Karoui à la direction (Orchestre de chambre de Paris). Réservation par correspondance (bulletin à imprimer sur le site du Festival, à poster avec règlement par chèque et une enveloppe timbrée avec son nom et adresse à : Festival de Saint-Denis locations, 16 rue de la Légion d'honneur, 93200 Saint-Denis), par Tél. au 01 48 13 06 07 (du lundi au vendredi de 11h à 18h, le samedi de 10h à 13h, par fax au 01 48 20 19 36 et par mail sur reservations@festival-saint-denis.com web : http://www.festival-saint-denis.com/ Mozart, une messe, un requiem 21 mai - 2 et 7 juin.Sous la direction de Sir Colin Davis à la tête de l’orchestre National de France et du chœur de Radio France ou du jeune chef Jérémie Rhorer avec son Cercle de l’Harmonie. C’est avec une ouverture majestueuse que le Festival de Saint-Denis lance son édition 2012 : jeudi 31 mai et samedi 2 juin, le Requiem de Mozart sera dirigé par Sir Colin Davis à la tête de l’orchestre National de France et du chœur de Radio France. Voilà qui donne le ton. Et, après la création d’Ibrahim Maalouf (lire ci-dessus), la basilique accueillera dès le jeudi 7 juin un autre concert qui promet d’être tout autant magnifique, la célébrissime Messe du Couronnement de Mozart. C’est le jeune chef Jérémie Rhorer qui la dirigera avec son Cercle de l’Harmonie, le chœur Aedes et des voix parmi les plus belles chez les solistes. Le Cercle de l’Harmonie a été fondé en 2005 par Jérémie Rhorer et le violoniste Julien Chauvin afin d’interpréter le répertoire symphonique et lyrique de la fin du XVIIIe siècle. Il a la particularité d’utiliser uniquement des instruments d’époque. « Avec cette Messe, qui figure dans l’intégrale de la musique sacrée de Mozart que nous avons à notre répertoire, nous avons voulu coller au plus près du texte », explique Julien Chauvin, le premier violon de l’ensemble. « Il y a là des choses extraordinaires que l’on découvre en fouillant chaque mot. Et l’on se rend compte que l’écriture musicale est en osmose parfaite avec ce texte sacré. Mozart l’a transcrit musicalement, tant pour les voix que pour les instruments, à cordes et à vent », poursuit-il. « Et le fait de jouer sur d’anciens instruments apporte une couleur particulière à l’œuvre, en modifiant l’équilibre avec les voix. Cela donne un lien plus étroit entre le chœur et l’orchestre », ajoute-t-il. Julien Chauvin a également formé en 2007 le Quatuor Cambini, avec la violoniste Karine Crocquenoy, l’altiste Pierre-Éric Nimylowycz et le violoncelliste Atsushi Sakaï, tous membres du Cercle de l’Harmonie. Tous quatre ont donné, mardi 22 et jeudi 24 mai, quatre concerts pour un public scolaire au pavillon de musique de la Légion d’honneur devant au total 1 600 élèves des écoles de Plaine commune, dont 600 Dionysiens ! Au programme, le quatuor La Chasse, « l’un des plus grands de Mozart », affirme Julien Chauvin en se réjouissant de la qualité d’écoute de ce public (un peu) particulier. « On voit que les enfants ont été préparés. C’est la volonté du Festival, que nous partageons, de jouer devant ce jeune public qui sera celui de demain. Le public de la musique classique est vieillissant. Notre rôle est de trouver des clés pour partager notre passion et initier ces jeunes à cette musique. D’ailleurs, nous reviendrons dans ce cadre à Saint-Denis en 2013 pour développer ce travail. » B.L. Requiem de Mozart, jeudi 31 mai à 20h30 et samedi 2 juin à 20h30 en basilique. Messe du Couronnementde Mozart, jeudi 7 juin à 20h30 en basilique. Toutes les infos sur http://www.festival-saint-denis.com Nathalie Rappaport, directrice du Festival : « Des dialogues entre les styles et les générations »Le Cercle de l’Harmonie chez les jeunes
« D’abord, les trois grands chefs-d’œuvre interprétés par les ensembles de Radio France : la Messe du Couronnement de Mozart avec Colin Davis en ouverture, celle de Schubert avec Daniel Harding à la direction le 19 juin et le Requiem de Berlioz les 28 et 29 juin en apothéose, dirigé par John Eliot Gardiner ! »
À quelques jours du début du Festival de Saint-Denis, sa directrice, Nathalie Rappaport, dégage avec enthousiasme quelques-uns des grands moments qui vont jalonner cette édition 2012. Mais aussitôt elle insiste sur ce qui fait aussi l’essence de ce festival : les rencontres entre les cultures à travers les créations, les dialogues entre les styles et les générations.
« Par exemple, nous offrons trois visions de Mozart par trois chefs de générations différentes : Colin Davis, Louis Langrée, trop peu connu (Davidde Penitente, avec Sandrine Piau, lundi 25 juin) et Jérémie Rhorer ».
Puis elle évoque les découvertes de jeunes musiciens, notamment à la Légion d’honneur, les redécouvertes d’autres, mieux connus mais sous un autre angle (Renaud Capuçon le 26 juin, par exemple), ainsi que le partenariat chaque année plus fécond entre le Festival et Radio France. « Avec son orchestre, qui nous permet d’accueillir des chefs de renommée internationale, mais aussi avec les antennes France Inter et France Musique qui enregistrent et diffusent, parfois en direct, de nombreux concerts. »
B.L.
Publié le 30-May-2012 22:15 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |
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