L’âge avait fini par tordre sa silhouette que l’on ne croisait plus depuis quelque temps. Des sans-papiers, il y en avait toujours. Des sans-logis aussi. L’injustice n’avait pas disparu, loin s’en faut. Mais lui, si. Claude Goislot absent des manifs, des rassemblements, des réunions où il prenait régulièrement la parole…
Il fallait qu’il soit très souffrant pour renoncer à tous les combats qu’il menait sans relâche auprès « des gens laissés de côté », comme l’écrivait dans ces colonnes en janvier 2007 Marylène Lenfant, à l’occasion du portrait que nous lui avions tiré. De fait, « Papa Claude », comme l’appelaient ses amis de la Coordination 93 des sans-papiers dont il fut l’un des fondateurs en 1996, était gravement malade.
Au point d’être transféré au service de soins palliatifs où il a rendu son dernier souffle le 21 mars, jour du printemps. Claude avait 83 ans, l’âge d’une longue vie qu’il s’était employé à bien remplir.
« Contre les attaques du pouvoir de l’argent »
Cet ancien ouvrier typographe restera dans les mémoires comme un inlassable combattant pour la justice. Les poncifs sur l’âge qui réduit l’ardeur de la révolte ne lui étaient pas applicables : plus le temps passait, plus l’injustice du monde le prenait aux tripes.
Ce chrétien avait la compassion active. Dès la moitié du siècle dernier, il s’implique dans l’aide aux prostituées, avec l’association du Nid fondé par le prêtre André Talvas. C’est là qu’il rencontre Micheline, une éducatrice qui deviendra sa femme. La souffrance des ouvriers nord-africains dans les foyers Sonacotra, les conditions déplorables de transports, l’alliance politique du rouge et du vert, le mouvement de la paix, la lutte antiraciste avec le MRAP…
À Saint-Denis où il arrive en 1976, comme à Clichy-la-Garenne auparavant, Claude fut un multicartes des causes nobles. Avec sa femme, il disait s’être attaqué à quatre défis planétaires que sont l’eau, l’air, la terre et l’humain. Et il ajoutait : « contre les attaques du pouvoir de l’argent ». Ancien de la Jeunesse ouvrière chrétienne, Claude croyait au ciel. La vie de juste qui fut la sienne devrait sans souci le conduire au paradis.
Dominique Sanchez
Les obsèques ont lieu mercredi 28 mars, à 15h, en l’église Saint-Denis de l’Estrée (église Neuve), boulevard Jules-Guesde à Saint-Denis.