Moïse Bachtarzi / Le transport aimableAu volant de son taxi Skoda, dans la région et dans la capitale, il n’a de cesse de promouvoir sa ville d’adoption auprès de sa clientèle, des anonymes et des stars.
Michel Robin lui a en quelque sorte soufflé l’idée. Le comédien joue actuellement Cassé au TGP et, depuis le début des répétitions, emprunte le taxi de Moïse Bachtarzi pour faire la navette entre son domicile et le théâtre. « Moïse, je veux retarder mon rendez-vous aujourd’hui. Je me fais interviewer par le JSD », annonce il y a quelques semaines l’acteur. « Tiens, moi aussi je devrais contacter le journal. Je lis des articles sur des artistes, des commerçants… Pourquoi pas les taxis ? », répond en plaisantant l’artisan. Et l’idée fait son chemin. S’il a contacté l’hebdomadaire local, ce n’est pas pour parler de lui, mais pour donner un coup de projecteur sur sa profession. Et ses collègues de la borne de l’Église Neuve, une bande de potes. « Il y a Lounès, Michel, Areski, Mohand, Mika… On s’entend bien. Ici, chacun a sa part de la galette. » Une confraternité qui sied à ce Kabyle aux origines « turques et italiennes », au sourire chaleureux et à l’enthousiasme sans faille. À l’opposé de l’image souvent véhiculée par les taxis parisiens – dont il fait partie – grincheux et mal lunés. Le « vous m’avez sauvé la vie » que lui a lancé une Dionysienne reconnaissante, chargée de commissions, qu’il avait reconduite au pied de chez elle alors qu’elle désespérait de prendre son bus coincé par les travaux, résonne encore à ses oreilles. Des anecdotes, Moïse en a plein son coffre, comme cette femme enceinte que ses collègues de Paris refusaient de déposer boulevard Marcel-Sembat, « parce que Saint-Denis a mauvaise réputation », se désole cet infatigable défenseur de la ville. Ainsi, quand Gad Elmaleh, monté dans sa Skoda, s’est écrié « Waou, c’est chaud ! » en apprenant que Moïse habite la cité des rois, il lui propose de le conduire à la basilique pour lui faire changer d’avis. « Je vous offre l’aller, vous payez le retour ! » « J’attends toujours son appel », espère-t-il en regardant son téléphone. Et de montrer les photos qu’il y stocke, prises devant son taxi en compagnie de Michou, Thierry Ardisson, Lagaffe… « Je les mets à l’aise, on discute », dit simplement Moïse, d’humeur égale – et joyeuse – avec les personnalités comme les anonymes, dont les patients du CCN, une partie de sa clientèle. Moïse est arrivé à Saint-Denis il y a quinze ans avec son épouse, d’abord rue Dézobry, puis cité Allende. « Nos deux enfants, Hocine et Mayssa, 10 et 13 ans, sont nés à Delafontaine », annonce-t-il fièrement. Lui a vu le jour à Beni-Douala en Grande Kabylie il y a 45 ans. En 1978, il rejoint à Nîmes son père, employé à la source Perrier dans le Gard. Le manque de travail oblige Moïse à monter à la capitale. Il crée son entreprise dans le bâtiment. Et se coince le dos. C’est un cousin qui lui suggérera de faire taxi, comme lui. « Au début, j’ai cravaché jusqu’à onze heures quotidiennes. » Aujourd’hui, bien installé dans son métier, Moïse, en service de jour, arrive à s’octroyer le mercredi pour être près de ses gosses. Seule ombre à son bonheur : les particuliers stationnant sur les places réservées aux taxis… Qu’il balaye dans un éclat de rire. « Dans ce cas, j’appelle la police municipale. » Patricia Da Silva Castro
Publié le 06-Jan-2012 16:41 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |
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