« Feu rouge piéton. » Échappée des feux tricolores, la voix féminine est en partie couverte par le bruit des véhicules. Nous sommes le mercredi 19 octobre dans la rue Ambroise-Croizat. Les trois piétons à canne blanche qui tendent l’oreille avant de traverser sont venus tester, non pas les feux parleurs, mais le revêtement du passage. Des lignes de gravillons pour marquer en relief les bandes blanches, à l’intention des aveugles et malvoyants.
C’est, au bas de la passerelle du canal à l’arrière du square Degeyter, l’un des aménagements que les services techniques de Plaine commune envisagent de multiplier pour « l’accessibilité » des handicapés et personnes à mobilité réduite.
Mais les cannes blanches buttent sur les lignes de gravillons. « Ça ralentit la traversée, et ça nous dévie », analysent les testeurs, qui renouvelleront l’expérience quelques mètres plus loin. Là, le gravillon n’est plus parallèle aux bandes blanches, mais perpendiculaires. « C’est beaucoup mieux. » Mais en voulant actionner le bouton d’appel du feu, nos testeurs plongent quasiment la main dans un sac-poubelle accroché là.
16 400 points potentiellement gênants
Rien à redire sur le plan de la réglementation, mais « ça fait partie des détails dont on découvre, grâce à la participation des usagers, qu’ils sont à revoir », souligne Benoît Le Foll, chef du service conception des espaces publics et coordination générale de voirie.
À ce titre, c’est lui qui est en charge de la « mise en accessibilité » de l’espace public, d’ici 2015, date butoir inscrite dans la loi handicap de février 2005. Depuis 2009, son service a inventorié et cartographié sur le territoire de la communauté d’agglomération 16 400 points de voirie, trous et fentes, potelets et barrières, etc., susceptibles de gêner les déplacements des handicapés et personnes à mobilité réduite.
« Il s’agit de traiter des itinéraires cohérents, notamment à partir de résidences de personnes âgées ou de centres spécialisés sur le handicap », explique M. Le Foll.
Espaces verts et arrêts de bus figurent aussi dans ce diagnostic qui est soumis à la commission intercommunale pour l’accessibilité créée en 2008 avec les associations de handicapés, la RATP et le STIF, pour « faire remonter les besoins » et évaluer les priorités.
Un coût élevé
Car le coût de ces aménagements est énorme, « plus de 70 millions d’euros à l’échelle de Plaine commune, alors que l’État n’a débloqué aucun fonds. Un carrefour équipé de répétiteurs de feux piétons, par exemple, c’est 15 000 euros ; chaque traversée traitée coûte près de 1 000 euros ». Autant ne pas se tromper.
« Beaucoup a déjà été fait. On a pensé à abaisser les trottoirs pour traverser. C’est bien pour les fauteuils roulants, mais nous on ne sait plus si on est sur le trottoir ou sur la chaussée », observe Yannick Lauhon, instructrice en technique palliative braille au centre Simone Delthil, qui participait au test du 19 octobre.
« Avec les travaux, je ne vais plus au centre de Saint-Denis, ajoute-t-elle toujours placide. On dit de nous que nous sommes très polis : c’est vrai. Si je heurte quelqu’un avec ma canne, je dis excusez-moi, alors que ça peut être un poteau ou une poubelle. »
Marylène Lenfant