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Lucette Dubois, sacrément résistanteSon engagement dans la Résistance pendant la seconde guerre mondiale lui a valu la prison. Aujourd’hui, à 91 ans, elle s’investit dans l’amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, en mémoire des fusillés d’octobre 1941.


Née en 1920 à Châtellerault, elle a traversé près d’un siècle d’histoire en en étant actrice. Issue d’une famille ouvrière, à 6 ans elle suit sa mère à Paris. C’est dans le 18e arrondissement populaire que Lucette Dubois grandit, au pied de Montmartre. « C’était formidable, s’écrie-t-elle, on se connaissait tous, on jouait dans la rue, le soir on allait écouter les chanteurs sur les marches du Sacré-Cœur. »


Très tôt impliquée dans la politique, Lucette adhère aux Jeunes filles de France (un mouvement lié au parti communiste) en 1936. Elle est secrétaire des Hirondelles de Montmartre, qui regroupe alors cent adhérentes, avec qui elle organise des collectes de lait pour les enfants victimes de la Guerre d’Espagne. En 1937, Danielle Casanova l’embauche comme sténodactylo à la Centrale sanitaire internationale pour l’Espagne. « Nous fournissions des médicaments et du personnel médical pour les Républicains », précise-t-elle.


Puis vient la guerre. Après une perquisition de la police qu’elle affronte seule, elle retourne début 1940 à Châtellerault sur les conseils de son futur mari, Pierre Maucherat. C’est là qu’elle verra pour la première fois deux motards de l’armée allemande. « C’était dramatique. Nous étions en colère, inquiets… » Lucette revient à Paris en août et entre aussitôt dans la résistance.


« On s’occupait des journaux des intellectuels clandestins, comme Université libreou Les Lettres françaises. » Sous un faux nom, elle emménage dans le 3e  arrondissement avec son mari, tape tracts et journaux. Pierre est arrêté le 20 mars 1943, Lucette le 21.

À la Brigade spéciale de la préfecture de police, elle est interrogée, battue, Pierre est torturé. « Ils connaissaient tout mon passé, me menaçaient, ça a duré quinze jours... » Ensuite elle est envoyée au dépôt de la Conciergerie (« on chantait La Marseillaisedans l’autobus ! ») puis à la prison pour femmes de la Roquette.


Privations, punaises, poux, rats, nourriture indigne est son lot quotidien. « Mais il y avait entre nous une grande solidarité. Quand l’une recevait un colis, on partageait tout. » Pour résister, elles chantent, écrivent, s’entraident. Lucette passe en procès le 8 juin 1944. Elle est acquittée mais transférée aux Tourelles pour être déportée. « C’est l’insurrection de Paris qui nous a sauvées. »


Le 17 août, les portes s’ouvrent. Elle retrouve son mari, lui aussi libéré. Après la guerre, la vie reprend ses droits mais Pierre meurt en 1947, renversé par une voiture. Lucette reprend son travail puis arrive à Saint-Denis en 1954, cité Langevin.


En 1969, elle fonde la librairie Paul-Éluard, rue Gabriel-Péri, avec Jean Marcenac. L’autre grande aventure de sa vie. « C’était un lieu de convivialité. » Elle y restera dix ans, jusqu’à sa retraite.


Elle part alors vivre dans les Landes avec son second mari, Louis Dubois, puis revient à Saint-Denis en 1996, à la mort de celui-ci. Depuis, elle s’investit activement au sein de l’amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, en mémoire des fusillés d’octobre 1941.


« Il faut toujours garder l’espoir, ne pas rester isolé et réagir aux attaques ! » Opiniâtre toujours, Lucette Dubois a gardé intactes ses capacités d’indignation et d’enthousiasme. « C’est ça qui m’a aidée, malgré les coups durs. »


Benoît Lagarrigue



Publié le 14-Oct-2011 15:09 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |