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Katie Bournine : à la croisée des motsLes livres sont entrés dans sa vie très tard. Une rencontre qui l’a marquée et qu’elle a à cœur de partager par le biais de l’association Mots et Regards.


Son amour des mots vient d’abord de l’absence de ceux-ci. Petite, les livres n’entraient pas dans son cadre de vie. Katie Bournine est née dans le Nord, d’un père kabyle mineur et d’une mère belge trieuse. C’est quand les puits ont fermé que ses parents sont venus à Saint-Denis.


Mais l’absence de livres vient surtout d’une enfance malmenée : Katie souffre d’une malformation congénitale de la colonne vertébrale et fréquente bien plus les établissements hospitaliers et de soins que l’école. « J’ai été immobilisée de 9 mois à 6 ans » raconte-t-elle.


Ensuite, opération, corset, séjours dans des unités de soins, en Normandie notamment, rythmeront sa vie. À 14 ans, elle rejoint ses parents à Saint-Denis, cité des Cosmonautes, et entre au CET en sténodactylo.

« J’avais un tel appétit de vie, une telle révolte en moi ! Je me disais : c’est pas juste, pourquoi moi ? » Cette révolte l’amène vers le sport. Elle joue au basket à partir de 16 ans, au club du Sdus, dont elle deviendra plus tard dirigeante.


Après avoir loupé son CAP, elle se retrouve en usine rue du Corbillon, comme trieuse d’amandes. Toujours en révolte, elle s’enfuie de ces conditions de travail, vit de petits boulots, un temps femme de maison, un temps dans le secrétariat.

À 29 ans, elle reprend ses études, passe le bac puis une licence en science de l’éducation à Paris 8. « De là date ma rencontre avec les mots. J’ai découvert la littérature. Rimbaud m’a permis de m’évader, de rêver. Ce fut un vrai déclic. »


Depuis ce jour, elle rattrape le temps perdu, lit avec voracité, devient boulimique de livres. Elle fréquente des ateliers d’écriture, écrit dans quelques journaux (dont le JSD) puis monte un projet d’écrivain public avec Sylvie Labas, la libraire de Folies d’encre. « Je connaissais la violence qu’engendre la non maîtrise des mots », dit-elle.


Katie est d’abord une femme de partage : son amour des mots, elle ne veut pas le vivre seule. Alors elle se lance dans la lecture à voix haute, dans l’espace public. « Pour amener le livre là où il n’est pas, il faut ouvrir des portes, créer des ponts. Qu’y a-t-il entre les maisons et les lieux où sont les livres ? La rue. »


Katie n’est pas seule. Avec d’autres, elle monte en 2006 l’association Mots et Regards. « La lecture est souvent solitaire. Nous, nous la proposons collective et festive. Pour créer du lien. » Entre celui qui lit, les mots dits et celui qui écoute, un triangle magique se forme, nourri par l’oralité, l’attirance, le plaisir.


S’adressant aussi bien aux adultes qu’aux enfants, multipliant les initiatives dans des lieux divers et les formations à la lecture à voix haute, Mots et Regards a touché, en 2010, près de 5 000 personnes. « Ces échange et cette transmission sont pour nous une véritable éducation populaire. »


Plus que jamais, Katie Bournine s’investit et donne son temps, notamment avec le festival Mots à croquer. Mais elle veut aussi aller dans les hôpitaux, auprès des personnes isolées, lire ces mots, qui lui ont tant manqué, petite. Et qui la comblent aujourd’hui. Comme un juste retour des choses.


Benoît Lagarrigue


Publié le 30-Sep-2011 18:35 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |