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Fiona Meadows : l’architecte des rencontres

Derrière ses lunettes toutes rondes et entre ses deux longues nattes, ses yeux vous fixent aussi intensément que son débit est vif. Fiona Meadows vit sa vie et sa passion à fond, fait mille choses, envisage mille projets du moment qu’ils permettent de faire se rencontrer les gens, de tous âges et de toutes origines. Cet ouverture à 360°, elle la doit peut-être à l’histoire de sa famille qui, par force, a sillonné les contrées.

Au XIIIe siècle, les Madanes sont, comme beaucoup de juifs, chassés d’Espagne. Ils se dispersent en Russie, Pologne, Biélorussie, Angleterre... Et c’est à Londres que Madanes sera anglicisé en Meadows, au moment de la Seconde Guerre mondiale. Le père de Fiona est un comédien anglais et sa mère est française. Elle vit à Londres jusqu’à 10 ans, puis rejoint Paris.

Adolescente, elle veut être médecin, puis scénographe. Elle sera finalement architecte. « En fait, je voulais faire des actions qui rendent le monde meilleur », dit-elle. Son diplôme d’architecture, qu’elle passe en 1989, portait sur une proposition de couverture de l’autoroute A1 à la Plaine par une cité de l’image, des années avant qu’elle soit d’actualité. C’est comme ça qu’elle a rencontré Saint-Denis, qu’elle l’a aimée, qu’elle y vit toujours et qu’elle y mène plusieurs de ses nombreuses activités.

Entretemps, elle passe deux ans au Japon pour parfaire ses études, travaille au sein de la mission architecture et patrimoine, crée plusieurs collectifs d’architectes, encadre des ateliers auprès des enfants, anime des master class pour des étudiants et est aujourd’hui professeur à la cité de l’architecture et du patrimoine, hier à La Villette, aujourd’hui au palais de Chaillot. Où elle vient de réunir treize architectes pour une exposition, Carton plein, sur le thème de la cabane.

Fiona est également investie au sein de plusieurs associations pour lesquelles elle va au Liban, au Cameroun où elle construit école, maison de la vie associative, salle des fêtes, dans la région sinistrée de Tchernobyl « pour tenter de transmettre un héritage devenu inaccessible », avec dans tous les cas une même exigence : mener des actions participatives qui mêlent artistes et habitants.

En 2005, elle fonde l’AOA (Organisation des architectes alternatifs), basée à Saint-Denis, dont le président est Patrick Bouchain, l’architecte qui a notamment construit l’académie Fratellini. Avec l’AOA et des étudiants, elle construit des toilettes sèches pour le camp de réfugiés Roms du Hanul, participe à la Nuit blanche, avec Ophélie Estève, monte des ateliers dans les hôpitaux auprès des enfants cancéreux, avec Loubaki, a conçu la scénographie de l’exposition des associations, en ce moment salle de la Légion d’honneur, bâtit des projets au Maroc pour construire des maisons de la création dans des écoles, en Afrique…

« Ce que j’aime, c’est croiser les gens, les faire se rencontrer, aussi bien les enfants que les ados, les adultes, les architectes… » Bref, tous ceux qui le veulent. Avec sa force de persuasion, ça devrait faire du monde.

Benoît Lagarrigue

08-Feb-2010 12:36 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami