En ville Portrait

Christine Boulanger
/ Voyage en visages

Dessinatrice. Avec la volonté farouche de combattre certains préjugés qui entourent les quartiers « populaires », elle croque le portrait de modèles qui vivent à Saint-Denis ou chez elle, dans le XIXe parisien.
Autoportrait de Christine Boulanger, dans le style des « Visages d'en faces »
Autoportrait de Christine Boulanger, dans le style des « Visages d'en faces »

Christine Boulanger voulait qu’on se retrouve à l’Émaillerie, à la Plaine, mais c’est fermé, il est trop tôt, alors on se rabat sur le Café de France, un peu plus bas sur l’avenue Wilson, en face du Pont de Soissons. L’Émaillerie, c’est le restaurant qui a remplacé l’ancienne usine d’émaux dans laquelle travaillait le père d’Iklef. Iklef lui en a parlé pendant que Christine dessinait son portrait. On peut le voir, celui-ci et vingt-six autres (série en cours) sur le blog qu’elle a créé, Visages d’en faces. Un projet dicté par la volonté de combattre certains préjugés qui entourent les quartiers « populaires » où habitent ses modèles, à Saint-Denis ou chez elle, dans le XIXe, quartier Pont-de-Flandre. « Après les attentats de 2015, j’ai trouvé ça de plus en plus difficile de ne rien faire face à ceux qui veulent que tout le monde ait peur de tout le monde. »

À cette prise de conscience est venu s’ajouter l’appel de la planche à dessin (ou plutôt, dans son cas, de la tablette numérique) qu’elle avait laissé tomber trop longtemps. « Mes amis me demandaient : pourquoi tu ne dessines plus ? Mais pour dessiner, il faut avoir envie. » Elle se rappelle le mot de Louis Bercut, un de ses professeurs à l’École nationale des arts appliqués Olivier-de-Serres : « Vous allez rentrer en dessin comme on rentre en religion. » Vingt ans plus tard, la vocation a rattrapée Christine mine de rien. « Je suis à fond sur les “Visages d’en faces” ! C’est comme si j’étais retombée amoureuse. »

Elle commence par croquer ses voisins du XIXe. « L’idée c’était de faire un peu comme un carnet de voyage. » Aller à la rencontre des gens avec ce regard particulier qu’on adopte en villégiature, curieux, dépaysé, débarrassé des idées préconçues. « Pas besoin pour ça d’aller au bout du monde, on habite dans des villes où il y a de quoi voyager sur place. »

Une première série de portraits est projetée dans la gare Rosa-Parks pendant la Nuit Blanche 2016, avec la complicité de l'association Esapce 19 ; des amis musiciens passent mettre du rythme, le street artist Jordane Saget fait dessiner aux enfants une immense fresque à la craie sur le sol, l’asso « Une Chorba pour tous » distribue à manger… « Le blog, ce n’est pas une fin en soi. Ces portraits, il faut que ça devienne une occasion de se rencontrer, de se poser des questions. »

Peu de temps après la Nuit Blanche, le bailleur ICF Habitat La Sablière contacte Christine pour lui demander de faire des portraits d’habitants d’une de leurs résidences, 91 rue du Landy. À la Plaine, un quartier qu’elle avait découvert longtemps auparavant en bossant comme peintre en décors dans les studios de télévision. « J’ai gardé des amis à Saint-Denis, j’ai suivi l’évolution », la même que dans le nord de Paris ou que dans l’East End, à Londres, où elle a vécu quelques années.

Rue du Landy, elle tire le portrait de cinq personnes, dessin et texte : Akim, 10 ans, passionné d’informatique ; Marie-Claire, qui écume les brocantes ; Iklef, incollable sur  l’histoire du quartier ; Ryad, qui fabrique des drones ;  Sikou, le Mauritanien exilé.

« Il y a plein de gens à découvrir », dit-elle en appuyant sur le « plein » avec une vraie gourmandise. À 5 ans déjà, Christine Boulanger s’était plainte à sa mère que la vie passe trop vite : « 24 heures, c’est trop court ! » Elle n’a jamais changé d’avis depuis.


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