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/ Veut-on la peau des lycées pros ?

Le ministère de l’Éducation entend réformer la voie professionnelle, c’est-à-dire favoriser l’apprentissage en entreprise aux dépens de la formation sous statut scolaire. Aux lycées pros Bartholdi et l’Enna, le projet inquiète.
La question de l'enseignement professionnel pourrait bientôt faire des étincelles
La question de l'enseignement professionnel pourrait bientôt faire des étincelles

Le 3 octobre 2017, à l’Assemblée nationale, devant la Commission de l’éducation, Jean-Marie Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé une « réforme très importante de la voie professionnelle. » Les détails de cette réforme n’ont pas encore été rendus publics, mais la logique qui y préside est établie : favoriser l’apprentissage en entreprise aux dépens de la formation professionnelle sous statut scolaire. « Ça fait 20 ans qu’ils cherchent à réformer dans le sens de l’apprentissage. Le patronat veut remettre la main sur la formation professionnelle et les diplômes », rappelle Caesar, enseignant au lycée de l’Enna, à Saint-Denis. « Un élément qui inquiète beaucoup, ajoute Charlotte Vanbesien, secrétaire académique de la CGT Éduc’action et enseignante au lycée Bartholdi,c’est l’annonce de campagne de Macron de réévaluer l’attribution de la taxe d’apprentissage aux lycées pros, ce qui représente une bonne part de leur financement. »

L’argument en faveur de l’apprentissage ? L’enseignement professionnel coûterait cher. Mais l’apprentissage aussi coûte cher à l’État, rappellent les enseignants. Une étude de l’Institut Montaigne a établi que la France consacre plus de dépenses publiques par apprenti que l’Allemagne, notamment parce les entreprises françaises bénéficient d’exonération de cotisations sociales. Un autre argument avancé par les promoteurs du « tout-apprentissage », c’est que les lycées pros seraient éloignés du monde de l’entreprise. «C’est faux, parce que les élèves de bac pro, dans leur cursus de trois ans, doivent effectuer 22 semaines de stage en milieu professionnel. Ils sont confrontés au monde du travail », dit le prof de l’Enna.Dans les ateliers, les enseignants sont souvent d’anciens professionnels, l’élite des ouvriers. Et on visite nous-mêmes les élèves en stage, on a un réseau dans les entreprises. »

Le statut des élèves serait remis en cause

Les enseignants craignent que leur statut ne soit bouleversé s’ils doivent s’aligner sur l’emploi du temps des apprentis. C’est aussi le statut des élèves qui serait remis en cause. Les apprentis sont sous le régime du salariat. Les élèves en lycée pro sont sous statut scolaire. « Que les jeunes entrent dans le monde du travail dès 16 ans ou même avant, c’est une question qui va au-delà de la question des lycées pros, analyse Charlotte Vanbesien. C’est un projet de société qui est proposé par un gouvernement d’idéologues qui se font passer pour des pragmatiques. Cette réforme est la suite logique des ordonnances sur le code du travail. »

La mobilisation aura-t-elle lieu ? La profession est déjà fragilisée. La CGT Éduc’action vient de publier une étude auprès de 1 700 profs de lycée pro : « 91% considèrent que la voie pro sous statut scolaire est menacée. 89% considèrent que la voie professionnelle du lycée n’est pas traitée à égalité avec les autres voies (générale et technologique). En conséquence, 55% des collègues ont déjà envisagé de quitter l’enseignement professionnel. » Jean-Marie Blanquer a promis de rendre « attractive » la voie professionnelle. Pour Caesar, il faudrait déjà que les lycées pros soient valorisés : « On prépare à trois diplômes : BP, CAP, bac pro. On y dispense un enseignement de qualité, en enseignement général comme dans les ateliers, avec des profs très qualifiés, plaide-t-il. Quand il y a les résultats du bac, on entend parler de l’épreuve de philo, mais on ne parle jamais du bac pro. C’est pourtant un tiers des lycéens et lycéennes qui sont dans cette voie. »

Sébastien Banse 

Réactions

Depuis des décennies, nous avons une double problématique : le financement de l’enseignement supérieur et professionnel et l’échec à l’université (1 étudiant sur 2 à 2 étudiants sur 3 dans certaines universités, sortent du circuit sans diplôme). Sur le financement c’est simple : on ne veut pas augmenter les frais d’inscription ; l’Etat ne veut pas rajouter au pot pour limiter les déficits … reste les entreprises ! Si les syndicats ont d’autres idées de financement … A titre personnel, je suis pour un financement à 100 % étatique mais des personnalités sérieuses prétendent que ce n’est plus possible …

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