À la une En ville

Les conférences du campus Condorcet
/ Vers la fin du capitalisme ?

L’économiste Thomas Piketty était invité à Saint-Denis le 11 juin pour disserter sur l’après-capitalisme, la propriété privée et… la suppression de l’ISF.
Thomas Piketty et Jean-Claude Schmitt, lundi 11 juin dans l'amphithéâtre de la MSH
Thomas Piketty et Jean-Claude Schmitt, lundi 11 juin dans l'amphithéâtre de la MSH

À un an de la livraison des principaux bâtiments de la future « Cité des humanités et des sciences sociales », le cycle 2017-2018 des conférences du campus Condorcet (1) s’est conclu à la Maison des sciences de l’homme avec un invité de marque : Thomas Piketty. Le célèbre économiste a connu un succès considérable en 2013 avec la parution de Le capital au XXIe siècle, rappelait en guise d’introduction Jean-Claude Schmitt, directeur d’études à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales). Et de louer la théorie du livre sur « le creusement des inégalités et l’écart croissant entre les revenus du travail et du capital », mais aussi ses propositions pour « enrayer cette logique infernale via une politique fiscale en taxant plus le capital ». Cinq ans plus tard, l’économiste se demande si la croissance des inégalités, la financiarisation de l’économie et le réchauffement climatique finiront par sonner le glas du capitalisme ? Sa réponse : « Ces crises ne pèseront pas le poids face à la plasticité du capitalisme et sa capacité à inventer des fausses solutions. Il ne faut pas s’en remettre à la puissance des crises et du chaos. Le véritable défi pour dépasser ce système économique est d’ordre intellectuel. » Et d’ajouter que le « pire allié du capitalisme » est le « postcommunisme », soit « l’échec des formes soviétique et chinoise du communisme qui ont conduit à une espèce de fatalisme » ayant réduit à néant tout projet de réduction des inégalités.

Piketty propose trois niveaux de dépassement de la propriété privée et du capitalisme

Pour remédier à ce fatalisme, Thomas Piketty propose « trois niveaux de dépassement de la propriété privée et du capitalisme ». Premièrement, repenser  la propriété publique sans pour autant revenir à la « propriété étatique hégémonique ». En l’espace d’une trentaine d’années, la plupart des pays riches ont assisté à l’effondrement de leur patrimoine public (au profit du privé) qui a même fini par devenir négatif pour certains (Italie, Royaume-Uni, États-Unis…), si bien que « la vente de tous les actifs publics de ces puissances ne suffirait pas à rembourser la dette publique ». Cela signifie que les propriétaires privés détiennent la totalité des actifs publics, mais aussi que ces titres de propriété donnent « un droit de tirage sur les recettes fiscales futures ». Pendant ce temps-là, le « gouvernement français baisse les impôts pour les revenus les plus importants en supprimant l’ISF ». Un manque à gagner de 5 milliards d’euros…Autre solution envisagée pour dépasser le modèle du capitalisme : « repenser le partage du pouvoir dans les entreprises privées », c’est-à-dire donner un rôle accru aux représentants des salariés. À l’image de ce qui se passe en Suède et en Allemagne, où les voix des salariés jouent un rôle actif (respectivement entre un tiers et la moitié) dans les conseils d’administration. Enfin, Thomas Piketty propose de redonner ses lettres de noblesse à l’impôt progressif sur le capital pour « limiter la perpétuation des droits de propriété ». L’occasion d’en remettre une couche sur la suppression de l’ISF justifiée par une soi-disant fuite des capitaux. Or, « ce sont des faux arguments car il n’y a pas d’hémorragie fiscale dans les faits ». Ce qui est certain, par contre, conclut Thomas Piketty, « c’est que les 5 milliards de la suppression de l’ISF auraient pu être investis dans le budget total de l’enseignement supérieur qui représente aujourd’hui 12 milliards d’euros ». Tout est, paraît-il, une affaire de priorité.

Julien Moschetti

(1) Dont le projet et les équipes ont été présentés aux habitants en préambule de la conférence. 

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur