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Mobilisation
/ Veolia, ils n’en veulent plus

Parce que le Sedif a toujours confié la gestion de l’eau à Veolia, ex-Générale des eaux, le Collectif Eau publique Saint-Denis s’est mobilisé depuis juin pour obtenir de la Ville qu’elle n’adhère plus à ce Syndicat des eaux.
Depuis 1923, c'est la même société, Véolia, ex Générale des Eaux, qui gère la ressource pour le compte du Sedif.
Depuis 1923, c'est la même société, Véolia, ex Générale des Eaux, qui gère la ressource pour le compte du Sedif.

Le Sedif, Syndicat des eaux d’Île-de-France, est le plus gros organisme de gestion de l’eau potable en France, voire en Europe. Il regroupe 150 communes, dont Saint-Denis, pour la production et la distribution de 240 millions de m3 chaque année. L’autre singularité du Sedif, c’est que depuis sa création en 1923, il confie ce marché en délégation de service public à la seule multinationale Veolia, ex-Générale des eaux. En juin dernier, le contrat qui lie ces indéfectibles partenaires a été une nouvelle fois épluché par la Chambre régionale des comptes, qui veille à la bonne utilisation des deniers publics. « Les coûts liés à la délégation ont eu tendance à déraper », note-t-elle en relevant la hausse de la « rémunération principale ». De 7 millions d’euros en 2011 à plus de 20 millions en 2014. La même juridiction pointait d’autres irrégularités, dont « une comptabilité tronquée » dans un précédent rapport. C’était en 2010, année où le contrat de délégation de Veolia allait être renouvelé une fois encore. Sans réelle mise en concurrence et pour une durée de douze ans.

Une occasion unique de sortir du Sedif

Le souvenir est amer pour ceux qui à Plaine Commune notamment bataillaient alors pour une régie publique de l’eau, comme la Ville de Paris venait d’en créer. Parmi eux, des élus de Saint-Denis ont lancé en mai dernier l’alerte dont se sont sitôt saisis une poignée de Dionysiens pour lancer le Collectif Eau publique Saint-Denis. Au titre de la loi NoTRe  (Nouvelle organisation territoriale de la République) sur la Métropole du Grand Paris, les communautés d’agglomération devenues établissements publics territoriaux allaient devoir se prononcer sur leur maintien ou non au sein du Sedif au 31 décembre 2017. Pour les militants du collectif comme pour les élus à leur côté, c’était là l’occasion unique pour sortir du syndicat et ainsi parvenir à cette gestion publique que d’autres envisagent malgré tout en son sein.

Aujourd’hui « tout le monde ou presque se dit favorable » à une régie publique, constate Claudie Gillot-Dumoutier, l’une des principales chevilles ouvrières du collectif, qui note cette ligne de partage entre les tenants d’un maintien au sein du Sedif et les autres, échaudés par l’épisode de 2010. La différence entre les uns et les autres « serait mineure si le Sedif était un syndicat géré démocratiquement. Mais il est doté de statuts qui verrouillent tout. En quatre-vingt-quinze ans, seules deux villes ont pu en sortir. Et c’était à la faveur d’une opportunité juridique, comme nous aujourd’hui », expliquait-elle le 14 octobre à la bourse du travail, où le collectif tenait sa plus grosse réunion publique.

« Il faut prendre le minimum de risques »

« L’eau est un bien commun de l’Humanité », y déclarait lui aussi le maire Laurent Russier, en observant « un consensus fort, voire total », pour une gestion publique dont la faisabilité lui pose néanmoins question. « Il faut prendre le minimum de risques. » Le maire se réfère au courrier adressé par André Santini, inamovible président du Sedif aux élus des trois EPT dont la réadhésion se fait attendre (lire ci-contre). Ainsi Plaine Commune auquel il promet une facture de 21 millions d’euros en reprise de quote-part de dettes et de plus de 80 millions en investissements. Plus quantité de contraintes techniques, économiques, contractuelles, etc. « Il y a plus de 150 villes en France qui sont sorties de la délégation de service publique pour la régie, sans avoir à supporter des surcoûts, au contraire », remarque Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination Eau Île-de-France, qui donne pour exemple la ville de Viry-Châtillon. « Quand elle est sortie du Sedif en 2010, Santini l’a menacée de millions d’euros de travaux et de dettes. En fait, elle n’a rien payé ! » Le Sedif est propriétaire de 8 600 km de canalisations, trois usines de production, 69 réservoirs… Un vaste patrimoine acquis et entretenu avec l’argent des usagers. Conséquence pour Jean-Claude Oliva, c’est au Sedif de restituer à Plaine Commune une quote-part qui équivaut à « 10 % du réseau ».

L'exemple parisien

S’il est un exemple pour affermir dans leur conviction les partisans d’une régie publique, c’est bien Paris. Avec la reprise de la gestion de l’eau à Suez et à Veolia en 2010, « il a fallu réapprendre des métiers, parce qu’on n’avait plus la technique, raconte Benjamin Gestin, directeur général d’Eau de Paris, autre participant à cette rencontre. Il a fallu inventer un modèle de gouvernance ouverte et transparente. En construisant une entreprise publique intégrée pour tout le cycle de l’eau, de la source au robinet, nous maîtrisons désormais la totalité de la chaîne ». De plus, Eau de Paris est partie prenante de toute une politique municipale sur « la propreté, l’assainissement, le rafraîchissement de l’espace public, la sensibilisation, etc. Ce qu’un délégataire (comme Veolia) n’a pas vocation à faire ».

Pour en savoir plus: 

Réactions

Bonjour @Marylène Lenfant Existe-t-il une documentation, étude, sur le site de plaine commune pour aider les habitants à faire leurs propres avis. Et pas seulement des déclarations à l'emporte pièces des uns et des autres.
Bonjour Azzedine, vous pouvez consulter le site du Sedif : www.sedif.com. Ou celui de la Coordination Eau Ile-de-France : https://eau-iledefrance.fr/. Vous y trouverez assurément beaucoup plus d'informations à ce sujet que sur le site de Plaine Commune.
Bonsoir @Azzedine - L'eau est un vrai sujet et pouvoir maitriser sa gestion est bien entendu un plus mais il faut faire très attention aux erreurs d'interprétation dans les économies hypothétiques à réaliser en quittant le SEDIF. Le SEDIF vend son m3 dans 150 villes d'IDF à 1,50 euros (en arrondissant). Le département, l'intercommunalité, la ville etc. ajoutent à ce prix de base des "redevances". Ainsi le m3 à St-Denis est à 4,16 euros et à Saint-Brice il est de 3,93 euros. Quand certains évoquent une économie de 30 % à faire en quittant le SEDIF, ce n'est pas sur les 4,16 euros qu'il faut calculer les 30 % ... mais sur les 1,50 euros ... ce qui fait une économie de 0,45 centimes !
Oui il y a beaucoup d'informations sur le site internet du Sedif. Sauf l'essentiel. Les réunions du Comité Syndical ne sont pas publiques. Il n'y a pas de compte-rendus de ces réunions du Comité Syndical sur le site du Sedif ni de retransmissions vidéo. Un moyen d'empêcher Véolia de corrompre les élus locaux serait de retransmettre sur internet les réunions du Comité Syndical. Le contrat Sedif est le plus gros contrat européen de Véolia. Il concerne l'eau potable de 4,7 millions de personnes. Un peu de transparence dans la gestion de contrat serait souhaitable dans une démocratie.
On voit bien qu'avec le réchauffement climatique, la fonte de la banquise entrainera la disparition des ours polaires. Ce qui montre bien que les économies d'énergie ou d'eau peuvent se faire au quotidien par chacun d'entre nous ! pour info 60 millions de consommateurs, teste des douchettes à économie d'eau et préconise la pose de matériel d'économie d'eau sur les robinets et WC. L'étude montre qu'une famille de 4 personnes peut réduire de 30% sa facture d'eau (de 150 m3 /an à 100 m3) soit 50 m3 d'économie d'eau par an, tout en gardant le même confort. Il est indiqué que ces matériels d'économie d'eau permettent au final une économie entre 217 et 267 € /an ce qui représente 45% de la facture d'eau (30% d'économie pour l'eau et 15% supplémentaire sur l'énergie). plus d'infos sur http://www.activeau.fr/test_60_millions_de_consommateurs.htm

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