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Colloque à la MSH
/ Une vie d’animal

La cause animale était au cœur du colloque organisé samedi 26 mai par l’IUT de Saint-Denis à la Maison des sciences de l’homme.
Comment intégrer la non-violence à notre relation aux animaux? Tel était le thème de la première table-ronde (ci-dessus).
Comment intégrer la non-violence à notre relation aux animaux? Tel était le thème de la première table-ronde (ci-dessus).

Si, en guise de murs, « il y avait du verre autour des abattoirs, personne ne mangerait plus de viande », veut croire Astrid Guillaume. Invitée du colloque sur « une moralisation de la vie animale », organisée le samedi 26 mai par l’IUT de Saint-Denis à la Maison des sciences de l’homme Paris Nord à la Plaine, cette sémioticienne (1) connaît en tout cas le pouvoir des mots pour occulter la réalité, et pour dénier aux animaux toute capacité à raisonner, à s’exprimer, à s’émouvoir… C’est l’idiotie de la dinde ou de l’âne, la férocité du loup. Ou bien « c’est un chien » et « un porc », selon les termes de l’acteur De Niro pour dire sa détestation du président Trump.

À l’association L.214, dont les images d’abattoirs circulent depuis dix ans sur les réseaux sociaux, Dominic Hofbauer, autre intervenant du colloque, dénonce quant à lui une « vision formatée par l’industrie », pour occulter l’horreur à échelle industrielle des conditions d’élevage et d’abattage. « Trois millions d’animaux sont tués chaque jour dans les abattoirs en France. » Ainsi « le porc qui peut vivre 15 ans est abattu à 6 mois, parce qu’une fois sa croissance finie, ça ne rapporte rien de le garder. Et 95% des porcs sont élevés en confinement. » C’est-à-dire encagés, sur un sol de béton.

Etourdissement, "un bien joli mot"

La notion de bien-être animal n’en a pas moins cours, notamment en abattoir avec l’obligation avant la mise à mort de l’étourdissement. « Un bien joli mot », ironise Hélène Thouy, avocate, co-fondatrice du Parti Animaliste, pour désigner l’usage « pour les bovins, d’un pistolet à tige qui perfore le crâne ». Ou la fosse à dioxyde de carbone « où le cochon est pris de suffocation avec brûlures des voies respiratoires. Telle est la protection imposée par notre droit ». Quant aux poussins, exclus de ces attentions, « ils sont broyés ».

Pour l’agro-industrie, remarque Catherine Helayel, avocate, présidente d’Animal, Justice et Droit, « la poule n’est qu’une machine à œuf, le mouton une machine à laine et la vache une machine à lait. Quand ils ne sont plus rentables, on les envoie à l’abattoir ». Pour autant, depuis la loi Grammont qui réprimait en 1850 les actes de cruauté dans l’espace public, l’arsenal juridique s’est peu à peu étoffé. Jusqu’en 2015, où les animaux sont reconnus comme des « êtres vivants doués de sensibilité », bien que restant « soumis au régime des biens ». Pour l’avocate Catherine Helayel, cette disposition du Code civil, comme le Code Pénal qui réprime sévices et cruauté, maintient le droit de l’animal dans une perspective « anthropocentrée ». S’il protège le lapin de compagnie, le droit autorise encore tout acte de cruauté envers le lapin sauvage, explique-t-elle.

Le premier DU en droit animalier

Autre exemple, ce malheureux hérisson que « des jeunes avaient utilisé comme un ballon de foot après l’avoir enflammé. Ils ont été poursuivis parce qu’il s’agissait d’une espèce sauvage protégée ». Et non en tant qu’animal sensible. Ou sentient, pour reprendre le terme d’origine anglo-saxonne aujourd’hui adopté par les défenseurs de la cause animale pour résumer les capacités d’émotion, de désir, de volonté, de raisonnements, etc., observées par les éthologues depuis plus de cinquante ans. Responsable à Limoges du premier diplôme universitaire instauré en France en droit animalier, Lucille Boisseau-Sowinski n’en considère pas moins que cet article 515-14 de la loi de février 2015 résulte d’un compromis. Et qu’il vient en appui au durcissement des peines envers les tortionnaires.

Comme en atteste encore le DU relations homme/animal, unique en France, instauré par l’université Paris 13, la cause progresse à petits pas. Grâce à la pression de l’opinion publique. Et malgré les freins opposés par les pouvoirs publics, avec « la carence des services vétérinaires », vis-à-vis des élevages ou des cirques exploitant des animaux sauvages. Pour l’avocate Hélène Thouy, « il faut surtout une volonté politique pour appliquer les textes », dont les directives européennes, sur les espèces protégées ou l’expérimentation animale. Il y a selon elle « un déni de démocratie ». Les députés l’ont hélas confirmé ces derniers jours en repoussant des amendements pour interdire des pratiques qui ont révulsé l’opinion. Telle la castration à vif des porcelets dans les abattoirs. 

A noter que l'IUT comptait aussi parmi ses invitées, Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, Jacqueline Peker, vétérinaire homéopathe, présidente de la Société française d'homéopathie, et David Milcent, vétérinaire spécialisé en médecine interne et imagerie. 

(1) Astrid Guillaume est co-présidente de la Société française de Zoosémiotique et membre du comité scientifique de la Fondation Droit animal, Ethique et Sciences. 

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