En ville

Réduire les risques
/ Une aide médico-sociale aux usagers de drogue

Deux centres dionysiens oeuvrent auprès des usagers de drogue. Le Caarud, en centre-ville, est une structure médico-sociale qui accueille – discrètement – de jour les toxicomanes de manière « inconditionnelle, anonyme et gratuite ».
En 2016, le Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) de Saint-Denis a distribué plus de 8000 kits de consommation. (©) Yann Mambert
En 2016, le Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) de Saint-Denis a distribué plus de 8000 kits de consommation. (©) Yann Mambert

« La société voit le toxicomane, mais elle ne voit pas l’être humain », pose d’emblée Sarah Vinet. Elle est la coordinatrice du Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud). Cette petite structure médico-sociale se trouve dans le centre-ville, boulevard Carnot. De l’extérieur, elle ressemble à une boutique abandonnée. Cette discrétion est nécessaire pour recevoir un public stigmatisé. « Dès que l’on dit le mot drogue, cela cristallise de la peur, des préconçus. Les gens ont l’image du drogué sale, voleur, menteur, regrette-t-elle. Toxicomanie et précarité sont liées. Mais on a aussi des usagers qui ont un travail, une famille. » Ouvert depuis 2010, le Caarud de Saint-Denis, géré par l’association Proses, accueille de jour les usagers de drogue de manière « inconditionnelle, anonyme et gratuite ». Seuls interdits : « pas de consommation, pas de deal ».

Réduire les risques, c’est la mission de santé publique première du centre. Il donne des kits de consommation (seringues, pipes à crack, préservatifs, etc.) et oriente les toxicomanes vers des tests de dépistage de maladies infectieuses comme le VIH/sida, l’hépatite B et C. En 2016, plus de 8 000 kits ont été distribués. Mais ce n’est qu’une partie du travail. Les usagers peuvent venir manger, boire un café, prendre une douche, laver leurs vêtements ou dormir sur l’un des canapés. Le lieu fonctionne comme un refuge. « Ils sont dans un lieu en sécurité, calme et apaisé. On les écoute. On ne les juge pas. Ils peuvent compter sur nous », souligne la coordinatrice de la structure, en charge de cinq professionnels, dont plusieurs éducateurs et une psychologue. Cette équipe fait de l’accompagnement social, envers un public très précarisé, sans logements, sans couverture sociale et parfois sans papiers.

Ouvrir une « salle de shoot »

En 2016, le Caarud a reçu 672 personnes, dont 74 % d’hommes et 26 % de femmes. Le centre mène plusieurs actions spécifiques auprès de ces dernières, qui pour certaines sont des travailleuses du sexe. En moyenne, une trentaine de toxicomanes sont reçus par jour. À titre de comparaison, « le Caarud de la Porte de la Chapelle en reçoit plus de 120 par jour », précise Sarah Vinet. Le Caarud intervient en amont du processus de soins. Quand un toxicomane veut arrêter de se droguer, il est alors dirigé vers des structures médicales, comme le Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) de l’hôpital Casanova à la Porte de Paris. « On est complémentaire, explique le psychiatre Jacques Bensimon, responsable du Csapa depuis 2001. Les Caarud nous adressent un public que l’on touche difficilement. »

Créé en 1982 pour venir en aide aux usagers d’héroïne, ce centre médical, l’un des plus grands de la région parisienne, traite aujourd’hui toutes les addictions (jeu, sexe, cannabis, alcool, etc.). En 2016, « environ 80 % des 1 500 patients ont consulté pour une toxicomanie lourde », détaille Dr Bensimon. Environ 400 patients suivent un traitement de substitution à l’héroïne. Il n’existe pas de produits de remplacement pour la cocaïne et son dérivé le crack. Il est très difficile de sortir de cette dernière drogue, très addictive. Les « crackers » sont souvent les toxicomanes les plus précaires (lire l'article ci-contre l'article « Un toxico dans la copro »). « On les retrouve majoritairement dans le centre-ville », indique la coordinatrice du Caarud. Les autres types de consommateurs sont davantage en périphérie.

Les professionnels préconisent l’ouverture d’une salle de réduction des risques comme à Paris, dont la mise en place depuis 2016 est plutôt positive, mais insuffisante selon Dr Bensimon. « Il en faudrait dans les quartiers où il y a des problèmes afin de les pacifier », défend le psychiatre. Il regrette qu’en France ce soit encore de l’ordre de l’expérimentation, alors que d’autres pays, comme la Suisse ou le Canada, l’ont généralisée. « Cela ne peut être que bénéfique. Cela réduit les risques sanitaires, sociaux, psychologiques pour les usagers et les nuisances en général », juge Sarah Vinet. Cette « politique de l’autruche » est un « fléau » : les consommateurs et les habitants en subissent les conséquences.

Aziz Oguz
 

Pour en savoir plus: 

Réactions

Aux élus hors sol. Une salle de shoot.... "Cette « politique de l’autruche » est un « fléau » : les consommateurs et les habitants en subissent les conséquences". Ce qui est désespérant de leur part, c'est l'absence totale de considération pour les habitants... Eux ne subissent jamais leurs politique. Ils fixent leurs cadres de vie, leurs indemnités, leurs postes, leur avantages et aucune sanction contre les élus incompétents. Quand D. PAILLARD, se représente en disant que son bilan fait sens et qu'il y fait bon vivre, il garde sous le coude (je connaissais ce projet depuis des années) cette salle de shoot. Et il souhaite toujours l'installé en centre ville. C'est cela les grands projet Didier???? C'était dans les objectifs municipaux?? Parce qu'une salle de shoot, c'est pas gratuit. Qui paiera cet équipement? Il y a des drogués à Saint Denis parce qu'on y vend de la drogue. Et le docteur Bensimon est vraiment perché. Il en faudrait dans les quartiers où il y a des problèmes afin de les pacifier.... On demande des policier contre les trafiquants et l'argent sale et ce type préconise le circuit court. Du vendeur au consommateur. Le dealer ne demande que cela.... De continuer à vendre. Vu l'article... Ce projet est bien avancé et nos élus vont nous pondre une salle de shoot bien comme il faut. Des projets comme ils savent le faire. Lancé en grande pompe et aucun suivi derrière. DESESPERANT..... Saint Denis est la ville de toute les expérimentation les plus nulles. Rien de bien pour les habitants. Entre les expérimentation de cuisines de rues, de travail contributifs et autres salles de shoot. Vous ne pouvez pas laisser les habitants tranquille.
Azzedine, votre contribution et celle d'un réactionnaire attardé. Le front national, a exactement les mêmes positions que vous sur le sujet. La lutte contre les toxicomanies ne peut se satisfaire de la seule répression. Après 5 décennies de mesures exclusivement répressives, presque tous les pays mettent en œuvre des politiques préventives (salle de shoot, distribution de kits etc... Vous avez 50 années de retard.
Bonsoir Quand on est contre, on est reac. Argumentaire facile. La lutte contre la toxicomnie ok. Vous me prenez pour qui? Mon propos est de condamner une politique municipale qui vise à accumuler toutes difficultés que la terre peut porter. Mon propos aussi est aussi de ne pas rapprocher dealers et consommateurs. La toxicomanie, pour la vaincre, il faut sortir les malades d'un univers dangereux. Et je ne suis pas certain que Saint Denis soit l'endroit le plus zen pour guérir les toxicomanes. Les rapprocher de l'origine de leur mal, soit une bonne solution. Je sais que Didier Paillard avait ce projet depuis un moment. À part faire des expérimentations dans tous les sens... et sans réel suivi. Il ne sais rien faire. Ah si, des tirades dans le monde... Agir auprès des toxicomanes c'est bien, en terminer avec les dealers c'est nettement mieux. Mais nos élus ne sont pas eu niveau. La liste des échecs est une longue comme un jour sans pain....
Azzedine je vous prends pour un obtus réactionnaire, vous vouliez savoir ,vous savez maintenant. Il y a des dealers parce qu'il y a des consommateurs et non l'inverse contrairement à ce que vous affirmez. Ici comme ailleurs, oui, il faut réprimer le trafic et ses bénéficiaires ,mais c'est sans issue sans une réelle et sérieuse prise en charge des causes et des conséquences sanitaires. Votre haine de cette ville , de ses habitants de ses élus vous ôte toute capacité d'analyse et de discernement.
Bonjour. @Progres2 Juste les élus. A part pourrir le quotidien des habitants... que savent ils faire? A Saint Denis, il y a une population qui a beaucoup de difficulté. Qu'est ce que les élus font? Ils en rajoute une nouvelle. Sans financement, sans suivi. Juste pour se donner bonne conscience. Mais eux ni vivent avec les dealers et les toxicomanes en bas de quartiers les plus pauvres de la ville. Ils regardent cela de loin. Aucune vraie politique de prévention avec les services de l'état, hôpitaux, associations, psychologues. Le grand méchant état. Les élus veulent être "meilleurs" que les autres. Vous pensez sérieusement capable de gérer des personnes qui sont dans l'auto destruction... Vu l'état de nos services municipaux, j'en doute très fort. Je reproche aux élus de céder à la facilité, à la communication, à traiter les sujets à surface sans mettre les mains. Surtout quand certains n'y habite même pas.... D'ailleurs Aziz Oguz ne se trompe pas... La salle de Shoot n'est pas un réel succès. Il écrit "plutôt positive..." En résumé, c'est très très moyen. Il ne dit pas non plus que la salle de shoot a eu pour conséquence d'augmenter la consommation... il ne faut surtout pas le dire... Pour conclure, les drogues, même les plus dures, ont toujours existé au sein de la ville. Le souci c'est qu'elle attire tous les toxicomanes. Et la ville n'a pas vocation à gérer les problèmes que les villes voisines ne veulent pas gérer. Saint Denis, c'est plus de HLM, plus de violence, plus de chômage, de décrochages scolaires, de pauvreté, et après on a un type qui s'appelle D. PAILLARD et qui nous dit qu'il y fait bon vivre et que son bilan fait sens. Il n'y a pas Si vous voulez fermez les yeux. Je garde les miens bien ouverts. Traiter moi par le mépris tant qu'il vous plaira. J'ai un bulletin de vote.... Il pèse autant que le votre.
M. Azzedine, De mon article, vous faîtes l'hypothèse que la Ville projette d'ouvrir une « salle de shoot ». Or, selon des informations que je dispose, il n'en est rien. Pour faire l'historique de mon travail, je suis parti d'un problème particulier, celui d'un toxicomane dans une copropriété. J'ai élargi en faisant un article sur la réduction des risques. Il existe deux structures qui oeuvrent auprès des toxicomanes à Saint-Denis. Elles sont indépendantes de la municipalité. Cordialement, Aziz Oguz
Bonjour @Aziz Oguz. Les projets d'ouvrir une "salle de shoot" sécurisée datent de 2014 et cela venait de D. PAILLARD. L'idée était de mettre cette salle entre centre ville derrière la mairie d'après mes sources. Quand à élargir le sujet, autant le faire sur les quartiers Gare, Péri et Dourdan. Et la souffrance des habitants. Notamment Péri ou c'est des sans papiers tunisiens qui vendent des drogues dures. Les autres quartiers sont touchés mais c'est moins visibles.

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