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Tranquillité et santé publiques
/ Un toxico dans la copro

Rue de la République. Le bel immeuble de caractère donne sur la place des Tilleuls. Résidence sans histoire. Jusqu’à ce qu’en mars le fils accro au crack d’une propriétaire, et ses fréquentations, n’y élisent domicile…
En 2016, environ 80% des patients ont consulté pour une toxicomanie lourde au Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie de l'hôpital Casanova. (©) Yann Mambert
En 2016, environ 80% des patients ont consulté pour une toxicomanie lourde au Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie de l'hôpital Casanova. (©) Yann Mambert

Yannick Caillet se souvient encore de son arrivée en 2007. Il a eu un coup de cœur pour cet « immeuble de caractère » avec une belle cour intérieure, situé au bout de la rue de la République, place des Tilleuls. « Quand on a vu l’appartement, on a tout de suite voulu l’acheter », raconte le président du conseil syndical. Le quinqua a vu la situation se dégrader autour de chez lui, à cause de trafics en tout genre, du deal, de la prostitution. Mais son « bâtiment était préservé de l’extérieur ». Cette tranquillité a brusquement basculé. « C’est comme si le loup était entré dans la bergerie. » 

« Suite à l’emménagement du fils d’une propriétaire en mars en 2017, des faits graves se déroulent désormais tous les jours et toutes les nuits », écrit-il dans une lettre, datée du 4 octobre, adressée au nom des habitants aux pouvoirs publics. Depuis l’arrivée de cet homme, « toxicomane notoire », l’appartement est devenu un squat où d’autres usagers viennent pour consommer. « Le plus éprouvant se déroule chaque nuit : des cris, des bagarres violentes ont lieu chez [lui] et à proximité. Dans le bâtiment concerné, des toxicomanes se droguent au vu et au su de tous les habitants et laissent traîner leurs seringues. Ils peuvent aussi s’installer dans les autres escaliers, y dormir. »

La soixantaine de caves cambriolée

En août, durant la nuit, soixante caves de l’immeuble ont été complètement vidées. « Certains ont perdu plus de 10 000 € d’objets », s’indigne le propriétaire. Durant l’été, la porte d’entrée de l’immeuble, refaite à neuf en 2016, est cassée une première fois. Le 29 septembre, un maître-chien est même embauché le temps de faire les réparations. Trois jours plus tard, l’accès est de nouveau défoncé. Il suffit de pousser la porte pour entrer dans l’édifice, en attendant des travaux avec une structure renforcée. « Ce n’est pas normal, ça suffit ! Il faut que la Ville et la police se bougent », dit Yannick Caillet, excédé. Une dizaine d’habitants ont porté plainte. Mi-octobre, une pétition a été envoyée aux élus. La situation perdure. « On est dans l’expectative. La police nous a dit que ça allait prendre du temps. » Un rendez-vous avec le maire et le commissaire est néanmoins prévu le 15 novembre.

Le toxicomane habite avec sa mère à qui appartient l’appartement. Âgée et fragile, elle est hospitalisée depuis septembre. Le fils, la trentaine, consomme du crack. Il a en plus des troubles schizophréniques. Vulnérable, il est aussi sous l’influence d’un autre occupant qui fait office de gourou. Apparu dans les années 2000 (1), le crack, dérivé de la cocaïne, est un produit dévastateur. Réputé pour être la drogue du pauvre, il est en fait très onéreux en raison de sa très forte addiction. Ses effets sont très limités dans le temps et le toxicomane est ainsi poussé à répéter plusieurs fois sa consommation. 

« On veut le protéger, parce qu’il est en souffrance. On l’a déjà vu amoché, en sang. Il se fait cogner par d’autres. Mais on doit aussi agir contre lui, parce qu’il est responsable des faits », se justifie le président du conseil syndical. Le toxicomane a connu la même situation dans un autre immeuble de Saint-Denis. Le logement a été complètement saccagé. D’où le déménagement chez sa mère, rue de la République. Yannick Caillet veut, lui, trouver une solution, conscient que les habitants sont victimes, comme le toxicomane. « C’est peut-être banal à dire, mais je considère qu’une société va bien quand elle s’occupe bien de ses fous et de ses malades. »

Aziz Oguz 

(1) La consommation de crack s’est progressivement diffusée du nord parisien vers sa banlieue. À Saint-Denis, elle a atteint son paroxysme lors des étés 2008 et 2009 quand la gare centrale s’est transformée en une « scène ouverte » de deal et de consommation. Suite à l’intervention des pouvoirs publics et des associations, le phénomène a reflué. « Il n’a pas disparu. Les usagers se sont dispersés ailleurs dans la commune et dans les autres villes », décrit le Dr Bensimon, chef du Csapa (lire ci-contre). Des usagers se droguent par exemple dans les parkings du centre-ville (Basilique et Chaumettes).
 

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