Portrait

Sirine Chater
/ Un pain dans les préjugés

La jeune dionysienne, fille de boulanger, a fait un service civique de 8 mois avant d’être recrutée par Plaine Commune Habitat. Elle s’est donné pour mission de montrer que « Saint-Denis est une ville dynamique et porteuse d’avenir ».
Sirine Chater
Sirine Chater

« En fait, mon parcours est assez banal ! » Devant son assiette à moitié entamée, Sirine Chater, une jeune dionysienne de 25 ans qui parle avec douceur, fait la liste des réussites qui l’entourent : « Parmi mes connaissances, il y a des architectes, des médecins, des kinés, des chefs de projet dans le transport... » Pourtant la jeune femme aux beaux cheveux noirs ondulés, qui porte ce jour-là une veste stricte, cache son jeu. Après tout, lorsqu’elle était lycéenne, cette élève studieuse n’a pas hésité à escalader la barrière de l’établissement bloqué par des lycéens en grève pour assister à un cours de maths. Elle est comme ça, Sirine. Sous la douceur couve une vraie fougue. Pas étonnant qu’elle fasse six heures de « boxe cardio » par semaine – « quatre séances de 1h30 pour se défouler » – depuis neuf ans.

Une fougue qu’elle met aujourd’hui au profit du territoire dans lequel elle a grandi en tant que chef de projets pour le bailleur social Plaine Commune Habitat. Son souhait : que Saint-Denis ne soit pas associé qu’à Jawad Bendaoud, le « logeur de Daech », qui a été relaxé en février dernier. « Il y a d’autres choses qui font que c’est une belle ville dynamique, porteuse d’avenir. » Par exemple ? « Le concours Eloquentia, les associations Ghett’up ou Artis Multimédia. On n’est pas obligé de quitter le territoire pour découvrir quelque chose de merveilleux ! »

Pourtant, à 17 ans, elle aussi a eu « envie de changer un peu d’air, d’univers ». Elle se lance dans une licence en Sciences économiques et sociales à Paris Diderot, dans le 13e arrondissement. L’autre bout du monde pour celle qui passe ses week-ends et ses vacances dans la boulangerie familiale à Saint-Denis. D’ailleurs, à Paris, elle ne dit pas qu’elle est dionysienne. A-t-elle honte de là d’où elle vient ? « Tous mes camarades de classe venaient de Paris. En 1re année de master, j’étais même la seule banlieusarde ! J’avais peur des préjugés que les gens peuvent avoir sur Saint-Denis… Alors j’ai essayé de me fondre dans le moule. »

Chassez le naturel, il revient au galop. « En arrivant en master, finalement, j’ai eu envie de valoriser ma ville. Tous mes travaux, mes mémoires, même mes stages, je les ai faits à Saint-Denis ! » Une motivation qui va se transformer en engagement. Au sortir de ses études, elle décide en effet de se lancer dans un service civique à Plaine Commune Habitat. Un peu à l’encontre de ce que pense son entourage. « Mes parents, mes amis ne comprenaient pas ma volonté de faire un service civique payé 500 euros par mois alors que j’avais un master 2 », se remémore-t-elle.

Elle est chargée de s’occuper du Club des locataires, tout juste naissant, une association qui a pour objectif de « permettre aux locataires du logement social de regagner en pouvoir d’achat grâce à la négociation mutualisée ». Réunions publiques, sorties d’école, Sirine ne ménage pas sa peine pour faire connaître ce club. Et ça paye. « Ma connaissance du territoire, des habitants et de leurs problématiques, m’a permis de fédérer autour du Club des locataires. Aujourd’hui, il y a 900 membres », dit celle que ses amies surnomment parfois « la maire de Saint-Denis », car dès qu’elle sort dans la rue, elle croise toujours quelqu’un qu’elle connaît. « Entre les clients de la boulangerie, les gens que j’ai rencontrés en travaillant à Plaine Co Habitat ou lors de mon stage à Saint-Denis, je connais beaucoup de monde, c’est vrai. » D’ailleurs, quand elle y pense, « parmi toutes mes copines du lycée ou de la boxe, finalement il n’y a que moi qui travaille à Saint-Denis ». Un parcours pas si banal finalement.

Arnaud Aubry

Réactions

Merci Sirine pour cet hommage à ARTIS Multimedia, tu fais partie de nos fiertés dionysiennes et un exemple pour les jeunes.

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