Portrait

Abdel Mechdal
/ Un combat tout en fitness

Le poids du passé aurait pu l’écraser. Abdel Mechdal a su trouver la force pour s’en extraire.

Abdel Mechdal a cette façon à nulle autre pareille de dire « bonjour, comment ça va ? ». Comme si ce n’était pas qu’une banale formule de politesse, mais l’expression d’un véritable intérêt et une manière hyper sincère d’engager la conversation. « J’aime les gens, tout simplement. » Sans effort, en faisant abstraction de tout ce qui vient habituellement polluer les rapports humains. « L’origine, la croyance, le sexe, le statut, le compte en banque… Pour moi, tout ça, c’est artificiel. » Ce qui compte, c’est « ce que les gens dégagent comme énergie dans le regard ». Il suffit de le voir accueillir le public en grande précarité au service domiciliation, d’entendre ceux qui l’ont eu gamin comme animateur ou qui l’ont croisé quand il bossait à la Maison de quartier Semard, pour savoir que l’altruisme, chez lui, ça n’est pas une posture. Abdel a l’écoute bienveillante comme d’autres ont l’oreille absolue, alors forcément ça fait causer. « Autant dans ma vie privée que professionnelle, je reçois beaucoup de confidences. »

Souvent, on fait appel à lui pour« des avis ou des conseils ». Même s’il trouve le terme un peu galvaudé, ça lui plaît ce côté « coach ». C’est l’occasion de pouvoir transmettre un peu de sa résilience, et quelque part de donner du sens à un vécu somme toute plus lourd à porter que les kilos d'haltères qu’il s’emploie chaque jour à soulever.« Mes parents sont arrivés d’Algérie dans les années 1970. Ils ont eu un appartement à la création de la cité Franc-Moisin et moi je suis né un an après, le 7 octobre 1976. » D’avoir pu grandir au bâtiment 13, au milieu de familles caribéennes, juives séfarades, italiennes, portugaises, ça reste le trésor d’une enfance dont il sait qu’il a été privé. « Je n’avais pas le droit d’aller jouer dehors. J’ai grandi derrière ma fenêtre, en regardant les autres s’amuser. » Il s’évade par la littérature, découvre Paris par procuration, en compagnie de Balzac, Zola ou Hugo, et nourrit sa passion – qui est aussi un don – pour les langues étrangères. « Ça doit venir de mon appétit à communiquer avec les gens. »

Le bac en poche, il se tourne vers l’animation. Commence à sortir le soir, affirme sa différence. Mais son père supporte mal son émancipation et l’oblige à faire ses valises. « Mais à 20 ans, je n’étais encore qu’un gamin. » Abdel se cherche entre Saint-Denis et Paris, dans des mondes que tout oppose.« Et finalement je me perds. Je tombe dans la drogue et les addictions lourdes. » Le marasme devient abîme le jour où son frère commet l’irréparable. Un meurtre, en 2006 à Franc-Moisin. « Je ne le supporte pas. J’abandonne tout. » Il atterrit à New York à des milliers de kilomètres de chez lui, dehors et sans argent. Fait l’expérience de la précarité et plus encore de la solidarité. « Toutes ces années noires, elles m’ont été utiles. Elles m’ont permis de devenir celui que je suis aujourd’hui. »

Il rentre en France en 2009, un an avant que son frère incarcéré succombe d’un cancer. « Je pense qu’il s’est autodétruit. » Mais pas Abdel qui a depuis longtemps fait le choix de la renaissance. Le fitness, qu’il a toujours pratiqué, a pris au fil du temps une dimension thérapeutique.« La salle de sport. C’est là que je me répare. » Il y trouve une nouvelle famille. Et elle réserve une place de choix à cet enfant prodige qui se fait connaître dans ce milieu sous le nom d’Abdel Stanford. Plus qu’une mascotte, il y devient une icône. Se fait un nom au salon du body fitness et devient le présentateur parisien vedette de la compétition américaine Road to musclemania. Il n’y a qu’à voir son compte instagram. Abdel, c’est vraiment du costaud.


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