À la une Portrait

Karima Amir
/ Un bon bol d’humanité

Solidarité migrants Wilson. Tous les matins, depuis un an que des réfugiés ont planté leurs tentes près de chez elle, avenue Wilson, cette maman de trois enfants leur prépare des petits-déjeuners avec d’autres bénévoles.

D’en parler, c’est plus fort qu’elle, elle a envie d’y aller. L’interview a été fixée à 9h30 et d’habitude, à cette heure, Karima Amir est en train de préparer le petit-déjeuner. « Je commence à 8h50, après avoir déposé les enfants à l’école. Le week-end, j’essaie d’être au local vers 8h-8h30. Il faut s’occuper du pain, réapprovisionner les confitures, faire chauffer l’eau... » C’est très rare qu’elle déroge à ce rendez-vous. Alors même à distance, elle ne peut s’empêcher de suivre mentalement le déroulement des préparatifs.

« Là, ils vont bientôt aller sur le terrain. La distrib’ commence à 10h30. Certains doivent déjà faire la queue », observe-t-elle en regardant l’heure machinalement. Par déformation professionnelle. Ou plutôt bénévole. Car cela fait déjà un an que « les migrants » sont entrés dans la vie de cette mère de famille de 36 ans et que leur détresse a bouleversé son quotidien. « Ça a commencé en novembre l’année dernière. Ils dormaient sous des tentes, avenue Wilson. Je passais devant avec mes trois enfants de 5, 8 et 9 ans. Ils étaient choqués, ils me posaient plein de questions… » Si elle est loin d’avoir toutes les réponses, Karima ressent le besoin de faire quelque chose. Avec d’autres parents qui partagent son malaise et son envie d’agir, « on s’est dit qu’après avoir passé la nuit dans le froid, un petit-déjeuner pourrait leur apporter un peu de réconfort. »

Avec ses complices du Collectif Solidarité Migrants Wilson, ils remettent ça tous les jours pendant un mois jusqu’au démantèlement du campement. Quand les réfugiés se réinstallent Porte de la Chapelle, logistiquement, ça devient plus compliqué. Mais Karima ne conçoit pas « de les laisser mourir de faim ». Ses enfants vont à la cantine sans rechigner pour, comme ils disent, « laisser maman s’occuper des migrants ». « Ils savent ce que je fais, ils m’ont accompagnée plusieurs fois. Mon mari aussi, mais lui il travaille. » Si elle ne compte pas ses heures, son engagement relève à l’évidence d’un boulot à temps plein, la paye et les jours de repos en moins. « Je ne m’en plains pas. Ça a du sens. Humainement c’est très riche. Ils ont une façon bouleversante de dire merci, alors qu’ils ne devraient même pas. Après ce qu’ils ont vécu, les épreuves traversées, la moindre des choses serait de les accueillir dignement. »

Son action a beau être hors du commun, elle n’y voit rien d’exceptionnel. « C’est pour la bonne cause ! Comme je dis à mes enfants, on n’a pas besoin d’argent pour se sentir riche. Tant qu’on a un toit, un lit et de quoi manger, on l’a, la richesse. » Une philosophie de vie qu’elle s’est forgée dès l’enfance, passée en Picardie. « Mon père était ouvrier. Il est mort quand j’avais 6 mois. Ma mère avait 24 ans et trois enfants à charge. On a grandi sans père, mais on n’a manqué de rien. J’ai eu mon bac et un BTS assistante de gestion. J’ai travaillé un peu en intérim et puis je me suis mariée et j’ai eu mes enfants. » À l’entendre résumer ainsi son parcours, on réalise à quel point elle se croit banale et comme tout le monde, alors qu’elle a tout d’une super-héroïne, toujours discrète, souriante et capable de déployer tellement d’énergie… Depuis quelques jours, en plus de sauver le monde tous les matins, elle a entrepris avec une voisine, « quand les enfants sont couchés », de préparer à manger quatre soirs par semaine aux réfugiés revenus s’installer à la Plaine. « Ce n’est pas grand-chose, mais ça leur fait au moins un repas chaud avant de passer la nuit dans le froid. »


Pour agir avec Karima : page Facebook Solidarité migrants Wilson. Une cagnotte est aussi ouverte sur www.lepotcommun.fr/pot/tusyjrwc

Réactions

Très fière de toi et de toutes les personnes qui contribuent à donner un peu de chaleur un peu d amour et un sourire a ces personnes a la rue.
Un grand merci pour cet article qui fait un vrai et beau portrait de Karima , tellement activement solidaire , une grande force pleine d'humilité .

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