Cultures

TGP
/ Tout passe… Sauf l’humanisme

Au lendemain de la mort de Staline, Ivan Grigorievitch est libéré du camp où il a passé trente ans. Victimes, complices, délateurs, bourreaux du régime croisent alors sont chemin. Un texte écrit en 1964 par Vassili Grossman, adapté et monté par Patrick Haggiag.
La pièce de Patrick Haggiag "Tout passe" est l'adaptation du texte éponyme écrit par Vassili Grossman en 1964. Jusqu'au 18 mars.
La pièce de Patrick Haggiag "Tout passe" est l'adaptation du texte éponyme écrit par Vassili Grossman en 1964. Jusqu'au 18 mars.

« Soudain, le 5 mars 1953, Staline mourut. » Cette simple phrase se situe dans les premières pages du texte de Vassili Grossman, Tout passe, écrit à la veille de sa mort, en 1964. Il raconte l'histoire d'Ivan Grigorievitch, libéré au lendemain de la mort de Staline du camp où il a passé ses trente dernières années. Un retour à la vie âpre, ô combien rêvé mais qui se révèle terrible car le temps de l'enfermement n'est pas celui de la vie qui continue, dehors, et que le choc entre les deux est devenu impossible. Ivan revient chez son cousin, à Moscou, mais le contact avec ceux qui, au mieux, se sont arrangés du régime, au pire, ont dénoncé par intérêt, est impossible ; Ivan part à Leningrad mais son amour de jeunesse a fait sa vie avec un autre ; il erre de gare en gare, de lieu en lieu, jusqu'au retour sur la terre de son enfance. Il aura croisé victimes, complices, délateurs, bourreaux pour qui... tout passe.

C'est ce texte magnifique qu'a choisi d'adapter et de monter sur scène Patrick Haggiag et qu'il présentera au TGP (salle Jean-Marie Serreau) du 4 au 19 mars, interprété par Jean Varela. « Ce qui m'a le plus ébranlé dans ce texte, ce sont les petites choses, les anecdotes. Au-delà du récit, il y a ces phrases, ces situations à faire entendre », confie Patrick Haggiag qui ajoute : « Les questions que pose Grossman rejoignent les miennes aujourd'hui : où suis-je entre le bien et le mal ? Quelle est la dualité de chacun ? Nous avons grand besoin d'humanisme et Ivan, malgré ce qu'il a vécu, conserve un égard incroyable envers son prochain, quel qu'il soit et quoi qu'il ait fait. » C'est cette pensée, toujours en alerte, stimulante, qui trouve aux yeux de Patrick Haggiag un écho aujourd'hui, tant l'œuvre est forte. Avec Grossman, point d'anathème. Il y a de la subtilité dans sa condamnation, des nuances, de la délicatesse. « Qui est coupable ? Qui répondra ? Il faut réfléchir, il ne faut pas se hâter de répondre », écrit-il avant de passer en revue une série de « Judas », depuis celui qui a dénoncé jusqu'à celui qui n'a pas vu, en passant par celui qui a vu mais n'a rien dit, et même par celui qui fut aussi victime... « Une autre question soulevée par le texte est celle de la malléabilité de l'homme. Nous sommes une vraie pâte à modeler », lance Patrick Haggiag. Tout passe tient aussi bien du récit que de l'essai, du commentaire, voire du mémorial en ce qu'il nous parle et nous prévient.

C'est d'abord une lecture à voix haute qui a convaincu le metteur en scène de la possibilité de le porter en scène. « Il a une telle force que j'étais curieux de voir ce que cela allait donner. C'est comme cela que nous avons travaillé, à partir de l'oralité du texte. Puis nous avons eu l'idée, avec Anaïs Pélaquier, d'un voyage avec des stations où Ivan se pose, au cours duquel il remonte sa vie. » Créé en 2015 à Béziers, où la compagnie In Situ, fondée par Jean Varela, est basée, Tout passe est repris cette année pour une tournée dont l'une des stations se situe à Saint-Denis.

Benoît Lagarrigue

Tout passe, du 4 au 19 mars au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Jean-Marie Serreau), du lundi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 16 h 30. Relâche le mardi. Durée : 1 h 35. Tarifs : 6 € à 23 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Cette question nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.