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Lycée de la Plaine
/ Tout nouveau tout vide

L’établissement, inauguré le 4 septembre, ne possède ni Internet ni ordinateurs. Entre autres dysfonctionnements. Mardi 26 septembre, les personnels organisaient, une inauguration en forme de pied de nez du « premier lycée virtuel de France »…
Grève au lycée de la Plaine Saint-Denis
Grève au lycée de la Plaine Saint-Denis

Les personnels l’appellent « lycée de la Plaine Saint-Denis ». Le nom définitif viendra plus tard, à une date indéterminée. Pas de nom, pas de label « éducation prioritaire » non plus ; et pas beaucoup plus de matériel, constatent les personnels depuis la rentrée. Deux semaines après avoir interpellé en vain la présidente de la Région à ce sujet, le jour de l’inauguration, la grève a été déclarée mardi 19 septembre, assortie d’une liste de dysfonctionnements : un lycée « encore en plein chantier » ; « pas de téléphone, pas d’Internet, pas de réseau » ; des salles de classe « qui ne permettent pas d’enseigner faute d’ordinateurs, de vidéoprojecteurs, d’enceintes, de matériel de travaux pratiques ; aucune infrastructure disponible pour les cours d’EPS » ; « un CDI vide, pas d’équipements informatiques pour les élèves et les enseignants »

Contactée vendredi 22 septembre par téléphone, Agnès Evren, la vice-présidente de la Région Île-de-France en charge de l’éducation, a reconnu des dysfonctionnements liés à une inévitable « phase d’ajustements », et annoncé des mesures : « On vient de livrer 30 PC supplémentaires, ce qui place ce lycée à un niveau d’équipement supérieur aux autres. La téléphonie et Internet sont désormais opérationnels. En ce qui concerne le CDI, on est en train de mettre en place des fonds pour ce lycée. »

Pourtant, vendredi soir, du côté de l’équipe pédagogique, on attendait toujours les améliorations promises : « Il n’y a que le téléphone qui vient d’arriver », constate un prof. « À ce jour, il n’y a absolument pas de réseau ni d’ordinateurs et pour le CDI pas de nouvelle officielle du fonds. » Pas de matériel mais de l’humour chez les personnels, qui ont décidé d’organiser, mardi 26, à 17h30, leur propre « inauguration du premier lycée virtuel de France ». Au programme, « une chasse aux trésors pour trouver des livres, des ordinateurs, des vidéoprojecteurs… », « un concert gratuit de ventilation », et un « spectacle de magie : une salle de permanence se transformera sous vos yeux en salle de sport ! ».

 

 

Derrière le ton moqueur, un vrai ras-le-bol qui n’est pas confiné à cet établissement. De nombreux lycées du département, comme Mozart au Blanc-Mesnil, Marcelin-Berthelot à Pantin ou Gustave-Eiffel à Gagny, dénoncent des problèmes d’équipement, de locaux, ou de sureffectif. Les personnels du lycée de la Plaine ont invité et vont « continuer d'inviter les lycées en lutte à [leur] inauguration de mardi soir », promettaient-ils.

Interrogée par nos soins sur la multiplication des lycées qui interpellent la Région, la vice-présidente en charge de l’éducation, Agnès Evren a mis en avant un nouveau Plan Public d’Investissement (PPI) de cinq milliards, « à la hauteur des enjeux démographique et patrimonial ». Et d’ajouter : « A notre arrivée [à la tête de la Région, début 2016], on a fait un diagnostic : un lycée sur trois est vétuste, et trois chantiers sur quatre ont pris du retard… On ne peut pas nous demander de faire en 18 mois ce que la précédente majorité n’a pas fait en 17 ans. »

Henriette Zoughebi, vice-présidente en charge des lycées de 1998 à 2015, à qui l’on a rapporté les propos de sa successeuse, a refusé d’entrer dans ce jeu. « L’éducation mérite mieux que de basses polémiques », nous a dit l’ancienne élue PCF au conseil régional. « Si c’est une manière de dire qu’il reste beaucoup à faire, alors je suis d’accord. Il y a 469 lycées en Ile-de-France, il faut des sommes considérables pour rénover et absorber la tension démographique. Beaucoup de choses ont été lancées. Un lycée, ce n’est pas un champignon, c’est long à faire sortir. Il y a 469 lycées en Ile-de-France, il faut des sommes considérables pour rénover et absorber la tension démographique. »Et d’ajouter : « Ce que nous avions choisi de faire pendant la précédente mandature, c’est de donner la priorité aux lycées des villes populaires. »


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