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Enseignement public et privé
/ Stratégie d’évitement à l’œuvre

Des parents font le choix et parfois le sacrifice de mettre leur enfant dans le privé et contournent ainsi la carte scolaire. Une stratégie d’évitement qui se fonde sur la réputation de certains établissements et donc sur leur niveau présumé et leur attractivité. Est-ce aussi simple ?

Les stratégies d’évitement pour contourner la carte scolaire, en particulier dans le secondaire, sont nombreuses et bien connues (options spécifiques, 2e adresse de domicile). Il en est une plus radicale, mais coûteuse, qui consiste à mettre son enfant dans le privé pour qu’il ne fréquente pas une « mauvaise » école. Ce couple de parents parisiens issu d’un quartier populaire de la capitale s’est installé il y a peu à Saint-Denis, armé de ses convictions laïques et partisan de l’école publique et républicaine. Chez eux, pas le moindre dilemme opposant le bon parent qui privilégie la réussite individuelle de son enfant en le plaçant dans le meilleur établissement possible au bon citoyen qui le met dans l’école du quartier quitte à sacrifier sa scolarité. Pourtant, au moment d’inscrire leurs enfants à l’école en vue de la rentrée prochaine, ils ont vite déchanté et revu à la baisse leurs principes. Une des causes ? L’impossibilité au moment des inscriptions des plus jeunes en primaire d’avoir un entretien individuel avec le directeur. C’est tous les parents qui sont reçus ensemble. Les deux plus petits iront donc à Jean-Baptiste de la Salle (JBS). Dans la foulée, la sœur aînée au lieu d’intégrer Degeyter ira également dans le privé. Fermez le ban.

Fuir les mauvaises fréquentations

Autre histoire, autre motivation. « Quand Yanis (1) était en primaire, raconte sa maman, j’étais effarée de voir certains enfants avec qui il allait se retrouver au collège. Je me suis dit que c’était fichu pour lui. Mais si j’avais eu deux enfants, jamais je n’aurais eu les moyens de les mettre dans une école privée. » Scolarisé depuis sa 6e au collège Sainte-Marie à Stains, Yanis (15 ans) y poursuivra sa scolarité en septembre. Face au succès, l’établissement ouvre en effet deux classes de 2nde générale. Pour Marc Nomérange, coordonnateur REP+ au collège Iqbal-Masih, la raison avancée par les parents pour éviter le public est la réputation du collège. « Ils se basent sur des événements qui se sont déroulés il y a 10 ou 15 ans, voire plus, pour ne pas mettre leur enfant dans le collège de secteur. »

Bruno Vidard, chef d’établissement à JBS, avance, quant à lui, plusieurs motivations : « Elles peuvent être de nature religieuse, quelle que soit la religion d’ailleurs… La recherche d’une qualité d’enseignement, sachant que je considère que les établissements publics fournissent également un excellent travail, et enfin des familles nous rejoignent pour le contexte éducatif que nous proposons. »

Un sacrifice financier

Ce qui est certain c’est que l’enseignement public en Seine-Saint-Denis doit faire face à des problèmes de sécurité et à des manques criants de moyens humains et matériels. Un exemple parmi d’autres, en 2015, seuls 17 postes de médecins scolaires étaient pourvus pour s’occuper de 320 000 élèves. Comment dans ces conditions détecter des pathologies dès le plus jeune âge pouvant avoir des conséquences sur les apprentissages ? Ce sont ces carences qui ont conduit Émilie (1) à mettre son petit Noah (1) à Saint-Vincent de Paul. « Il est en dernière année de maternelle et j’ai pu l’inscrire pour la rentrée prochaine. Pour moi, le plus important c’est d’acquérir de bonnes bases en CP. Je constate dans le public des budgets en baisse, des enseignants non remplacés… Pour moi qui élève seule mon enfant, ça représente un sacrifice financier. Au total, entre l’inscription et les heures d’études pour les devoirs, ça me coûtera à l’année 1 200 € sans la cantine. »

Pour ce chef d’établissement d’un collège public de Saint-Denis qui a désiré garder l’anonymat, il n’existe cependant pas d’étanchéité entre les deux systèmes. « Nous recevons des élèves qui viennent du privé et nous avons des élèves qui vont vers le privé. Sur 520 élèves, en cours d’année scolaire, on peut estimer ces mouvements entre public et privé à une dizaine. Avec un établissement privé voisin, nous entretenons de très bonnes relations. Notre objectif est de donner un cadre à nos élèves. Finalement, on retrouve des démarches similaires des deux côtés. » Au-delà des constats et des choix opérés par les uns et les autres, les études le montrent et le démontrent : le système éducatif est bien plus performant si on mélange les élèves. Après, ce sont les parents qui décident en fonction de leurs convictions et… de leurs moyens.

Claude Bardavid

 

(1) Les prénoms ont été modifiés.

Chiffres

8 447 enfants scolarisés en primaire en 2018 dans les écoles publiques à Saint-Denis.

368 enfants scolarisés en primaire à Jean-Baptiste de la Salle.

222 enfants scolarisés en primaire à Saint-Vincent de Paul.

6,5 % des élèves de primaire de Saint-Denis sont scolarisé dans le privé sous contrat. En France le ratio pour le primaire est de l’ordre de 13,5%.

Réactions

Dans les statistiques, il manque les enfants habitants Saint Denis et qui ne vont pas à Saint Denis pour leur école primaire (privé/public des villes voisines ou de Paris) Et dans ce cas, la "fuite" est sans doute plus importante que 6,5 % D'autre part, dire : "les études le montrent et le démontrent : le système éducatif est bien plus performant si on mélange les élèves." Cela mérite un peu plus de finesse dans l'analyse et j'aimerais bien avoir quelques sources. Car si l'on se penche sur la question, voici ce qu'on constate. Mélanger des élèves faibles et des élèves forts a de l'intérêt pour... les élèves faibles. Dans ces classes "mélangées", les élèves forts progressent inévitablement. Mais moins que s'ils n'étaient qu'avec d'autres élèves forts. Moralité : si votre enfant est fort - dans son intérêt, mettez-le avec des élèves forts ; - dans l'intérêt du "système éducatif", mettez-le avec des élèves faibles. Après, il existe toujours des écoles et des maîtres d'exception. Mais il ne suffit pas de faire "mariner" forts et faibles ensemble pour obtenir une réussite certaine. Enfin autre remarque : « Ils se basent sur des événements qui se sont déroulés il y a 10 ou 15 ans, voire plus, pour ne pas mettre leur enfant dans le collège de secteur. » selon un coordonnateur REP+ Cette personne prêche pour sa paroisse. C'est bien normal. Je pense que les parents se basent d'abord sur ce qui peut s'observer très facilement chaque jour à la sortie des collèges. Et le comportement des élèves a de quoi faire peur.
Simple curiosité Mr Bardavid : votre article c'est une pige occasionnelle (rémunérée ou pas) ou avez-vous été recruté par le JSD ? Sinon dans votre article, vous occultez (volontairement ?) l'entrisme surtout dans le secondaire de profs d'ultra gauche privilégiant leur idéologie plutôt que transmettre le savoir ... et çà je peux vous l'assurer explique hélas les mouvements du public vers le privé.
Bonjour Je reprends votre dernière phrase. "6,5 % des élèves de primaire de Saint-Denis sont scolarisé dans le privé sous contrat. En France le ratio pour le primaire est de l’ordre de 13,5%." Le taux d'enfants dans le privé est plus faible à Saint Denis pour une raison très simple, les parents dont on sait que le revenu est l'un des plus faible de France ne peuvent tous simplement pas payés les frais. S'ils avaient le choix, ils le feraient vu la situation de certaines écoles dans la ville. Il faut corréler les chiffres aux revenus des parents. Je vous rappelle la situation de l'ancien DG de la ville qui avait refusé d'habiter la ville gratuitement (donc payé par les habitants) pour ne pas à avoir mettre ses enfants dans les écoles de la ville. Donc, il y a un réel problème sociale en Seine Saint Denis et en particulier à Saint Denis. Les événements ne datent pas de 15 ans... Juste le collège Barbusse qui tombent en ruine (oui je sais c'est le département) et qui est gangrené par des rivalités de quartier, les événements datent de cette années. Les élus devront faire sans un énième plan banlieue. Peut être vont ils commencé à prendre la mesure de leurs échecs??? 2020 arrive vite, je sens une monté du nettoyage de rues et de descente de police dans les quartiers... Pile pour les élections.
Mr Bardavi, vous prenez vraiment les dionysiens, lecteurs du Jsd, pour des "ravis de la crèche"? Avez-vous des enfants dans les écoles primaires, collèges, lycées publics de Saint-Denis ? Certainement pas... sinon, quel mépris pour vos lecteurs ! Comment oser une argumentation sur la désaffection de l'école publique à Saint-Denis en usant de pareils exemples : "des parents ne peuvent avoir de R.V individuel avec le directeur de l'école primaire publique lors de l'inscription..." donc, ils s'adressent au privé ! C'est évidemment rédhibitoire.... ; Ce n'est pas que les écoles sont des ghettos, qu'il manque d'enseignants à chaque rentrée, qu'ils ne sont pas remplacés quand ils sont absents, que les locaux sont quelquefois vétustes, qu'il y a de la violence, du racisme..., qu'il n'y a pas d'enseignement particulier pour les enfants non francophones nombreux dans nos écoles de Saint-Denis... etc . Quant au coordonnateur Rep+, vous lui faites dire que ces abrutis de parents se basent sur des événements qui se sont produits il y a 10 ou 15 ans, voire plus pour ne pas inscrire leurs enfants dans un collège (oui bien sûr, surtout que les évènements d'aujourd'hui sont bien plus graves et la situation des collèges, bien plus dégradée). Quand, dans des classes de 4è, beaucoup d'enfants ne savent ni lire ni écrire correctement (la majorité n'est pas francophone et n'a pas bénéficié d'un enseignement adapté), la communication entre collégiens relève du coup de poing et que seules les insultes constituent leur langage parlé - filles et garçons- y compris en classe, envers leurs professeurs, les CPE... Quand les CPE ou autre référent-enseignant de l'académie vous répondent, en réunion (alors que l'élève convoqué les insulte devant tout le monde et qu'ils ne réagissent pas), que depuis qu'ils travaillent à Saint-Denis, ils ont rabattu leur prétention quant au langage, respect, comportements, niveaux d'apprentissage des élèves.... !!!! C'est à désespérer de l'école publique, d'habiter Saint-Denis... Mr Bardavi, au minimum, vs auriez dû vs renseigner, faire quelques entrées ou sorties de collèges ou de primaires, parler avec des enfants, recenser les actions des associations de parents, ou moins formel, des regroupements "de mamans" tels que les nomment le JSD ou le député S.Peu qui les soutient la plupart du temps dans leurs actions et vs trouverez les raisons de la désaffection du public au profit du privé : manque de moyens, de profs, d'encadrements, d'AVS, de dispositifs sportifs... le ras le bol des agressions, de la violence sous toutes ses formes.... à l'école publique. Alors, oui Monsieur, votre article nous insulte aussi gravement.
Beaucoup de ces penseurs de gauche même de la ville cherchent à éviter les établissements scolaires de la ville, alors il est facile de blâmer les parents qui veulent à tort ou à raison donner les meilleures conditions à leurs enfants, car oui certaines personnes qui se disent de gauche n'hésitent pas allègrement à éviter la ville, triste bilan,
parcours scolaires : maternelle et primaire à Pierrefitte, collège Lucie Aubrac et Gustave Courbet, Lycée Feyder à Epinay. L"ainée est devenue infirmière spécialisée (BAC + 3) la seconde étudiante en DUT... Si c'était à refaire je choisirais encore le Public sans hésitation....
J'avais assisté à une manif de la FCPE sur la venue de MACRON à la maison de la légion d'honneur pour un concert, courant AVRIL18. Là parmi les manifestants, j'ai reconnu une dizaine d'individus de France insoumise, des alternatif libertaires et de la CNT qui ont mis leurs enfants dans le privé à ST DENIS (LA SALLE, Saint Vincent de Paul) ou dans des grandes écoles publics de PARIS (via le piston) parce que le niveau scolaire dans les écoles publiques à ST DENIS était trop bas. On n'est pas à une contradiction prêt idéologiquement dans ce milieu d'intellos. Il est vrai qu'ils font partis du monde des bobos de ST DENIS. Définition politique d'un bobo: quelqu'un ayant une certaine sécurité financière qui baigne intellectuellement dans le quart mondialisme intellect et le tiers mondialisme intellect mais qu'ils ne vivent pas ni dans le quart monde, ni dans le tiers monde. Il y avais aussi un élu municipal du groupe REVE, présent à cette manif qui habite dans un village bucolique du 95. Question subsidiaire: Parmi les élus politiques de ST DENIS, combien ont mit leurs enfants de façon continue à l'école publique de ST DENIS?
@domsd - Je ne pense pas que ce soit de la délégation de dire que la fille d'un ancien maire fréquentait SVP tellement cette dernière était omni présente sur les réseaux sociaux. On a même pu voir un jour dans une émission TV un Adjoint au maire (toujours en poste) allait chercher en toute décontraction (et il a raison) ses gamins à la sortie de SVP ...
Bonjour. @Domsd C'est un peu comme le mouvement Podemos en Espagne, un de leurs leaders un fois au pouvoir s'est empressé d'acheter une villa à 600 000€. Je m'occupe des pauvres mais je vis pas avec.... C'est exactement ce qui se passe à Saint Denis avec certains élus qui ne vivent pas dans la ville (suivez mon regard). La mixité ne les concernent pas. La caricature de l'article sied à pas mal de monde à Saint Denis y compris les élus. PS : ils sont contre la venue de Macron à Saint Denis mais ils sont pour qu'un grand MACRONISTE siège au conseil municipal afin d'être président de Plaine Commune. On n'est plus à une contradiction prêt effectivement.
bonjour MOURAD et AZZEDINE merci pour vos informations et au plaisir de vous lire
complétement d'accord avec Jean Peuplu, prendre le pb du rdv individuel avec le directeur comme motif, c'est une blague ! Il aurait également pu interroger des parents qui sont allés en primaire publique par conviction républicaine et qui ont finalement baissé les bras devant le problème des absences répétées, du très faible niveau des classes concentrées sur l'apprentissage du français et des maths au détriment des autres enseignements (histoire géo, sciences, ...). Des enfants malheureux à l'école, pas mal de violence dès le primaire. Dans l'intérêt de leur enfant, ils se retrouvent à se battre pour entrer en privé à défaut d'avoir un bon plan sur Paris surtout quand le collège approche et que la situation y est encore pire. Bref, un article à creuser.
Complément d'infos: je connais aussi 2 instits, une prof de collège et une directrice de collège, tous des dionysiens et enseignant tous à l'école publique à ST DENIS, qui mettent leurs enfants également dans le privé. Apparemment d'après eux, dans le 93, un nombre visible d'enseignants du public habitant la ville où ils enseignent ont fait le choix du privé pour l'éducation de leurs enfants. Première amélioration à apporter dans les écoles publiques c'est de virer le 1% d'élèves qui empoisonnent la vie des 99% restants souhaitant apprendre et là vous verrez une nette amélioration de l'enseignement. Il faudrait mettre ce 1% d'ailleurs dans des écoles spécifiques.
J'ai une crêperie glacier collé à Jean baptiste de la salle.. Et le nombre de gauchistes impliqués dans la ville et le monde politique et associatif local, et défendant l'école publique, entre autre, qui mettent leurs enfants à JBS. c'est d'une hypocrisie totale

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