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/ Rester musicien dans l’exil

C’est un orchestre entièrement formé de musiciens réfugiés qui s’apprête à sillonner l’Europe. En parallèle, ils sont chargés d’une mission : transmettre leur savoir.
Les musiciens d'orpheus interviennent au conservatoire de Saint-Denis
Les musiciens d'orpheus interviennent au conservatoire de Saint-Denis

« A gauche vous chanterez en bangladais, vous en turc et vous à droite, en arabe ! », lance Neset au petit groupe qui se dresse devant lui. Un saz (genre de bouzouki turc à trois cordes) et une derboukah accompagnent ce chœur composé d’une dizaine d’enfants. Bachir le percussionniste corrige les problèmes de rythmes. Quelques onomatopées et gestes suffisent parfois pour communiquer entre les adultes quasi non-francophones et les enfants. Sans jamais élever la voix, Neset rappelle les bases rythmiques et dirige ce petit ensemble voix-percussions avec une certaine pédagogie. C’est la règle d’or de cet ancien professeur de musique qui exerçait en Turquie. Avec Azmarie, une chanteuse bangladaise activiste réfugiée défenseuse des droits de la minorité musulmane des Rohyngas, et Bachir, un syrien joueur de derboukah, il fait partie des vingt musiciens retenus par l’équipe de Jordi Savall pour intégrer l’orchestre Orpheus XXI. Dans ce cadre, ils accomplissent 20 heures d’enseignement musical hebdomadaires. Depuis le mois d’avril, treize jeunes apprentis, très assidus, suivent leurs cours au Conservatoire.

Le projet « Orpheus XXI – Musique pour la vie et la dignité » a été initié en 2016 par Jordi Savall, musicien chercheur catalan nommé ambassadeur de l’Union Européenne pour le dialogue interculturel en 2008. Le Conservatoire de Saint-Denis a le privilège d’accueillir cette initiative grâce à l’étroite collaboration née il y a 6 ans entre le Festival de Saint-Denis et le comité local des Restos du Cœur. Le festival dionysien s’est chargé de mettre en liaison ces structures et les organismes qui chapeautent le projet : le Centre International de Musique Ancienne (Cima, fondation cofondée par Jordi Savall pour la préservation du patrimoine musical universel), la Saline royale d’Arc-et-Senans, la Coop’Agir et le réseau d’entraide International Cities of Refuge Network (ICORN).

La fondation Cima est déjà à l’origine de l’ensemble instrumental Hespérion XX (1974), le chœur La Capella Reial de Catalunya (1987) et l’orchestre baroque le Concert des Nations (1989). Ces initiatives ont très vite placé le Cima comme un acteur majeur de la revalorisation des musiques anciennes. Cette démarche se veut toujours fidèle aux contextes historiques dans lesquels elle s’inscrit. Sur ces thématiques, Jordi Savall entretient un lien solide avec le festival de Saint-Denis. En 2015, Savall traitait de l’exploitation coloniale avec Les routes de l’esclavage, restitué lors d’un concert dans la basilique à l’occasion du Festival de Saint-Denis.

L’objectif d’Orpheus XXI est de permettre l’intégration de musiciens professionnels réfugiés ou migrants. A travers un programme élaboré lors de workshops, ils transmettent leur héritage musical aux plus jeunes lors d’ateliers musicaux donnés à travers l’Europe dans des établissements scolaires, des structures associatives et des conservatoires. La chanteuse et oudiste syrienne Waed Bouhassoun, marraine du festival Métis la saison dernière, fait office de coordinatrice du projet en France.

« On espère pouvoir organiser une restitution en juin. Le but serait de pouvoir réunir les familles au complet autour de ce projet, commente Angadrême Grangia du Festival de Saint-Denis. On aimerait faire ce concert le 20 juin pour la Journée Mondiale des réfugiés ». Tout un symbole. « Deux de mes enfants qui participent veulent se mettre à la musique maintenant. Les enfants s’épanouissent, c’est un petit plus qu’on leur donne quand on n’a pas les moyens de les emmener au cinéma », se réjouit Nassima qui bénéficie d’un accompagnement aux Restos du Cœur. Même son de cloche pour Sanda, mère quadragénaire d’origine roumaine. « La musique c’est vital, estime cette ancienne joueuse de mandoline. Mes deux enfants étudient le violoncelle et le violon au Conservatoire mais ils ont découvert maintenant le chant et la derboukah et nous en font profiter à la maison ». A n’en pas douter, ces enfants, très volontaires, sont tombés dans les bras… d’Orpheus.

Les photos de cet atelier sont à découvrir  > ici <

MLo

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