Portrait

Moustache
/ Restaurateur au poil

Le Terminus. Il s’est posé il y a vingt ans dans son bar-restaurant du 2, rue Gaston-Philippe. Mais il n’a pas toujours été l’homme que l’on connaît, zen derrière son comptoir, ses bacchantes et son cigarillo…

Des yeux fendus, très noirs, enchâssés dans un visage taillé au couteau de cuisine. Et des bacchantes, imposantes. Moustache a des faux airs de Lee Van Cleef, le Sergent Sentenza du western spaghetti Le Bon, la Brute et le Truand. La même nonchalance, un cigarillo coincé entre des lèvres fines. Il tire longuement dessus, tranquille, dans son bar-restaurant Le Terminus, près du TGP. C’est un de ces derniers gadgets électroniques car il a arrêté le vrai tabac. « Depuis hier soir. » L’œil se plisse un peu plus, la bouche s’étire derrière le U sombre de poils. Lhacene Haddadi, de son vrai patronyme, aime plaisanter. Son nom de baptême lui vient de Kabylie, où il est né il y a 58 ans. « Mais j’ai été déclaré en 1964. » Comme un léger différé. Il arrive en France à 8 ans. « Toute ma vie est là. Pour moi, je suis français. » Paris 20e, Noisy-le-Sec, l’Essonne, Blanc-Mesnil, Drancy… « J’ai fait un peu le tour. »

Un tour pas des plus lisses. Plus film d’aventure que comédie romantique. Petit, il lui arrive de sécher l’école. Son père, « qui ne sait ni lire ni écrire », comme sa mère, n’apprécie pas : « Parfois, je me ramassais des raclettes ! » À 15 ans – il ne porte pas encore sa fameuse moustache qu’il adopte à 18 ans – il arrête son CAP menuiserie-ébénisterie pour aller bosser. Fait la plonge chez Bébert, resto parisien de couscous réputé et, par la suite, « un peu de tout : nettoyage, commis, serveur, barman… ». Il a 20 ans quand il intègre une pizzeria Porte de La Chapelle. Il apprend le métier de pizzaïolo. Mais c’est son activité de livreur qui l’emmènera bien plus tard sur les chemins des plateaux télé, avenue Wilson. Il y rencontre « Johnny, Nagui, Dechavanne… Et même ZZ Top ».

« Je suis devenu sérieux »

Les premiers épisodes de son biopic sont franchement rock’n’roll. « J’étais un blouson noir. » Comprendre que le jeune Moustache traînait dans une bande. « Fallait être bagarreur ! Mais pas comme maintenant, à dix contre un… Nous, on était deux au milieu du cercle et on se battait comme des coqs. » Il garde de cette époque un « Elvis » tatoué sur son bras droit. « J’ai bien essayé de l’enlever avec le dos d’une cuillère passée au feu… » Technique infructueuse. Jeune homme impulsif, il sent que son histoire va tourner à la série noire. « Alors j’ai fait la Légion. » Trois ans. « C’est là que je suis devenu sérieux. Puis j’ai rencontré ma femme. Elle m’a mis dans le bon chemin. » Il l'épouse en 1989. Ils ont quatre enfants. Une fille diététicienne, une autre infirmière. « Les deux petits derniers ont encore le temps, mais il ne faut pas qu’ils fassent la même chose que moi. »

Tenir son bar-restaurant l’occupe six jours sur sept. Il ne s’en plaint pas : il a choisi le scénario. Flash-back : « Je venais avec mon père au Terminus les jours de marché. J’avais 11 ans… » Adulte, il repasse devant par hasard. S’y arrête. Discute avec la gérante. Lui dit qu’elle a une belle affaire. « Si vous êtes intéressé, c’est à vendre », lui rétorque-t-elle. En 1998 (pour la Coupe du monde de foot souligne ce passionné du ballon), il devient le patron de ce café qui existe « depuis au moins 1889 ». Il montre la photo d’époque accrochée au mur de son désormais resto. « Ma première affaire. »

Avec sa convivialité – « Madame dit que je suis pipelette » – son sens du contact – « il faut être psychologue. Les gens parlent, on les écoute » – et son épouse aux fourneaux depuis 2000 (cuisine traditionnelle la semaine, excellent couscous vendredi et samedi), l’établissement tourne. Notamment avec les personnels du Centre cardiologique du Nord, « et les clients qu’ils m’envoient », dit-il reconnaissant. L’équipe du TGP, aussi. « Je suis le seul commerçant qui va au théâtre. » Même s’il avoue « s’esquiver » le plus souvent avant la fin du spectacle. « Maintenant, à mon âge, je ne bouge plus, dit Moustache, serein. Je finirai ma vie à Saint-Denis. » Terminus…

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