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Festival de Saint-Denis
/ Requiem de Mozart, bouquet final

Cette ultime pièce composée en 1791, mais inachevée par le mythique compositeur, nourrit de nombreuses légendes et interprétations. Elle sera retransmise sur écran géant jeudi 29 juin.
James Gaffigan dirigera l'Orchestre National de France pour le Requiem de Mozart.
James Gaffigan dirigera l'Orchestre National de France pour le Requiem de Mozart.

Le Festival de Saint-Denis invite les Dionysiens à célébrer sa soirée de clôture de la saison 2017. Pour achever cette édition, la basilique accueillera en son sein le mythique Requiem en ré mineur de Wolfgang Amadeus Mozart dirigé par James Gaffigan les jeudi 29 et vendredi 30 juin. La pièce composée en 1791 a traversé le temps, donnant naissance à une pléthore de légendes et d’interprétations autour de son écriture.

Tout commence en février 1791, près de Gloggnitz en Autriche quand le comte Franz von Walsegg perd sa jeune épouse. Alors que la douleur l’accable, il décide de rendre hommage à sa femme dont il était éperdument amoureux. Le noble avait pour habitude de faire jouer des œuvres qu’il avait commandées par un orchestre et un chœur privés dans le but d’épater son entourage. Il entre donc en contact avec Mozart qu’il sait installé à Vienne, via un intermédiaire mystérieux que l’on a longtemps cru, à tort, être Antonio Salieri, son « rival » et même son prétendu assassin.

Il y a quelques années, de nouveaux éléments ont mis à mal cette version popularisée par Pouchkine dans sa pièce de théâtre Mozart et Salieri et au cinéma dans Amadeus de Milos Forman. En réalité, ce messager n’était autre que celui du comte Franz von Walsegg. Criblé de dettes, Mozart accepte l’offre du seigneur qui lui promet 3 000 florins à la livraison de l’œuvre qui doit être jouée au château de Stuppach en février 1792, pour l’anniversaire de la mort de la femme du comte. Mais le destin prend de court Mozart qui rend son dernier souffle le 5 décembre 1791 à l’âge de 35 ans, et laisse derrière lui une œuvre inachevée.

Le compositeur, dont l’état s’aggravait, pressentait que cette messe illustrerait sa propre mort. Sa femme Constance a confié aux élèves de Mozart, à qui il aurait donné quelques indications au préalable, le soin de compléter cette messe en toute discrétion. Pour la veuve, l’urgence était d’éponger ses dettes et de rendre honneur à la dernière pièce de son défunt mari. Joseph Leopold Eybler se charge de l’orchestration, mais il abandonne très vite et c’est Franz Xaver Süssmayr, seulement quatrième choix de Constance et dont l’écriture manuscrite était très proche de Mozart, qui prend le relais. C’est à lui que l’on doit entre autres les ajouts sur les orchestrations de Sequentia, de l’Offertoire, la fin du Lacrimosa (dès la 9e mesure) et l’entièreté du Sanctus, du Benedictus et de l’Agnus Dei. Mais on ignore dans quelle mesure il a été influencé par les contributeurs précédents. En revanche, il n’en demeure pas moins vrai que la participation de Süssmayr à cette supercherie a permis de mettre au jour l’une des musiques sacrées les plus marquantes de l’histoire.

Une nouvelle version de cette messe complétée par le violoniste et compositeur Pierre-Henri Dutron, est parue en 2016. Le musicien, qui fustige la complétion de Süssmayr, n’est pas le seul à avoir retouché le Requiem. Avant lui, Franz Beyer dans les années 1970 et Robert Levin dans les années 1990 ont proposé de nouvelles orchestrations.

Distribution

Pour cette ultime messe de Mozart, le public du Festival de Saint-Denis accueillera le chœur de Radio France avec Sofi Jeannin et l’Orchestre national de France à la tête duquel on retrouvera James Gaffigan. L’actuel directeur musical de l’Orchestre symphonique de Lucerne a réalisé son baptême du feu dans la basilique il y a trois ans pour une mémorable Deuxième symphonie de Mahler. Après le déluge d’émotions que cette œuvre a procuré, le chef Gaffigan souhaitait revenir avec un concert intimiste en rendant hommage à son compositeur fétiche, Mozart. La soprano Marita Solberg, la mezzo-soprano Karine Deshayes, le ténor Joseph Kaiser et la basse Alexander Vinogradov se joindront pour magnifier cette musique sacrée dont la charge émotionnelle éblouira une dernière fois cette année la basilique de Saint-Denis. Ite missa est ! (1)

Maxime Longuet

(1) La messe est dite !

Le concert qui affiche complet sera retransmis en direct sur écran géant sur le parvis de la basilique le jeudi 29 juin à 20h30.

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