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David Chhean
/ Relais pour la relève

Fort de sa réussite scolaire et professionnelle, mais conscient des écueils à affronter quand on vient de banlieue, cet ancien de Suger a fondé avec un ami une association pour guider les jeunes dans le dédale des études supérieures et les aider à l’insertion dans la vie active.
David Chhean devant la basilique de Saint-Denis
David Chhean devant la basilique de Saint-Denis

C’est un caméléon. « Je m’adapte », répète souvent David Chhean. Le jeune Dionysien est autant à l’aise en costume-cravate qu’en jeans-T-shirt. Il sait autant parler à des hommes ou femmes d’affaires qu’à des lycéens, tout en restant au fond le même banlieusard. « Il est hors de question de me dénaturer ! » S’il refuse l’étiquette de modèle, l’étudiant se sert de son expérience pour aider les autres. À l’été 2015, il a cofondé avec son ami, Ali Aliche, l’association des Anciens du lycée Suger. Cinq ans plus tôt, ils avaient obtenu leur baccalauréat ES dans cet établissement. Ils sont partis d’un constat : seulement la moitié de leur promo a obtenu le diplôme et peu d’entre eux sont allés jusqu’au niveau master.

« J’ai eu la chance de réussir mes études supérieures. Je veux redonner cette chance aux autres. » Âgé de 25 ans, le jeune Dionysien a intégré la prestigieuse école de commerce de Grenoble. Il termine son alternance dans la multinationale américaine EY, plus connue sous le nom d’Ernst & Young, où il travaille dans la relation client et la communication. La dizaine de membres actifs du réseau d’anciens ont aussi des parcours exemplaires : Sciences Po, École nationale de la statistique et de l’administration économique, École normale supérieure de Cachan, etc. L’association a déjà organisé de nombreux ateliers auprès de ses benjamins pour écrire un CV, une lettre de motivation ou encore s’orienter sur APB (Admission-postbac).

Persévérance et soutien

David Chhean veut que le réseau soit utile à « [sa] petite échelle » pour guider les jeunes dans le dédale des études supérieures et les aider à l’insertion professionnelle. « On en a par exemple aidé une vingtaine à trouver un stage. Cela paraît modeste, mais c’est une victoire pour moi. » D’autant que lui-même a eu parcours sinueux. Le banlieusard échoue à intégrer Sciences Po dans le cadre de la convention mise en place avec son établissement. Il redouble deux fois : en 1re au lycée et en deuxième année de licence d’économie-gestion à l’université Paris I. « L’entourage, de la famille aux amis, est essentiel, souligne-t-il. Je n’aurais jamais réussi sans mes parents. Ce sont des piliers qui m’ont toujours soutenu même pendant mes périodes de doute. »

D’origine cambodgienne, il se dit « admiratif » de sa mère, ancienne couturière, qui s’est reformée, à 50 ans, pour devenir assistante maternelle. Et son « premier » soutien pour l’association. Son père, lui, a travaillé comme manutentionnaire. Ils habitent la cité Saint-Rémy, près de l’hôpital Delafontaine, où David a grandi avec son frère cadet. Le long de son parcours, le Dionysien a pris conscience des inégalités sociales. « Quand je vais à La Défense en prenant les lignes 13 et 1, on voit les contrastes. C’est violent. » Il a été marqué par le livre Les transclasses ou la non-reproduction de Chantal Jaquet, qui traite du parcours de personnes qui échappent à leur milieu social d’origine. À la fin de son alternance, David veut totalement se consacrer à l’association pour la « pérenniser ». « Je trouve du sens à aider les autres. Je n’ai pas l’impression de travailler. J’aime ça en fait. »

Aziz Oguz

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