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Aline Pierre
/ Regardons-nous !

Elle a la foi. En Dieu et en l’humanité. Et s’est investie dans l’exposition « Regarde-moi », ces portraits de seniors affichés sur les murs de la ville.
Aline Pierre
Aline Pierre

Elle a quitté son île de Haïti vers la quarantaine pour celle de L’Île-Saint-Denis. Et a trouvé son port d’attache à Saint-Denis, aux Petits frères des pauvres. Aline Pierre, 59 ans aujourd’hui, s’est investie dans le projet photographique monté par l’association et la Maison des seniors, avec la bienveillance et l’empathie qui l’animent. « On l’a embrassé à bras-le-corps, jusqu’à ce que ça devienne une réussite. »

D’immenses portraits en noir et blanc de personnes âgées affichés dans la ville. Regarde-moi, le titre de l’exposition, c’est elle qui l’a trouvé. Aline l’avoue « en toute modestie. Ce sont deux mots remplis de sens. Tout commence par un regard. Les plus belles amitiés, les plus beaux couples. On vit dans une société où l’on ne prend plus le temps de voir l’autre. S’il est heureux, s’il souffre. Il faut aussi ne pas avoir peur d’aller vers ceux que l’on ne connaît pas. » Avec ce projet, elle a rencontré les modèles d’un jour « à l’hôpital Casanova, au foyer Adoma, au marché… Ça m’a beaucoup apporté ». Elle dit de cette expérience qu’un « feu d’amour s’est allumé ». Très croyante, sa plus grande peur serait de perdre cette foi – quand une injustice fait vaciller vos plus intimes convictions – en un dieu qu’elle pense le même pour tous, quelle que soit son obédience.

Pour Aline, c’est « une maladie orpheline » qui a fait tanguer sa base. À l’époque, elle travaille en restauration collective dans une école privée. Pendant un an, elle maigrit, fatigue vite. Elle n’a que peu de famille en France, sinon son cousin Fritz et sa femme Magui, qui la soutiennent. Le 21 août 2014 le diagnostic est posé. Il s’agit d’un mal qui attaque le système nerveux, la thyroïde, la rate, le foie… Après plusieurs hospitalisations, le professeur qui la suit à Saint-Louis tente une autogreffe. On est le 24 décembre. Le 19 janvier 2015, elle sort de l’hôpital. L’opération a réussi. Elle a des séquelles, comme des problèmes d’équilibre et de mobilité, « mais la plupart des patients restent en fauteuil », relativise-t-elle. Elle est debout. Mais le sort la fait chanceler de nouveau. Le 27 juin, l’une de ses deux sœurs, Marie, meurt subitement. Sa souffrance est telle qu’une assistante sociale l’oriente vers Les Petites frères des pauvres à Saint-Denis. « Pour y trouver un soutien psychologique et moral. Avec les activités, j’ai commencé à reprendre goût à la vie. Et j’ai eu envie de m’occuper des autres. »

« La tristesse, ça ne sert à rien »

L’investissement associatif, elle connaît. Les femmes de l’Île, de l’alphabétisation pour hommes, le Théâtre de rue de Victor… Elle trouve encore le temps de suivre des cours d’anglais et d’informatique. À son arrivée en France, elle suit même en parallèle de son travail des études en Administration économique et sociale à Paris 8 « dans le but de m’instruire et d’aérer mon cerveau ». Elle tait les motifs qui lui ont fait quitter sa terre natale, « pour des raisons indépendantes de ma volonté », dit-elle pudiquement. On les imagine terribles. Femme douce et posée, Aline laisse poindre la colère quand elle évoque son pays. La corruption qui l’entrave, le peuple à l’abandon. Là-bas, elle a laissé sa mère, 88 ans, qu’elle aimerait tant revoir. « Une femme courageuse, veuve à 37 ans. Mon papa tenait une boutique de Mahogany. Je ne sais pas si ça se dit en français. Ce sont des sculptures d’objets en bois. Avant la dictature, il y avait beaucoup de touristes en Haïti. Et ils payaient en dollars. »

Ses états d’âme, Aline n’aime pas les montrer. Trop pudique. « Et puis la tristesse, ça ne sert à rien. » Il y a un mois, sa belle-sœur adorée Agela est morte elle aussi subitement. « La vie est tellement fragile. Je n’ai pas l’intention de faire la morale aux gens. C’est juste un conseil : il faut prendre le temps d’aimer ceux qui nous entourent. C’est l’autre sens de Regarde-moi. »


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