Cultures

6B
/ Quatorze artistes résidents partagent l’altérité

Jusqu’au 30 avril, l’exposition Alter qui résonne avec le Mois de la photo du Grand Paris voyage dans des réalités du monde, entre réfugiés politiques et dégâts du capitalisme.
Les "Altériens" de CEB
Les "Altériens" de CEB

Le visiteur pénètre dans l’exposition par une entrée pensée comme une chambre noire. Dans l’obscurité, quelques lampions rouges - les fameuses ampoules inactiniques des laboratoires photographiques – nous guident jusqu’à la première étape : une pièce où sont exposés des portraits de réfugiés politiques et demandeurs d’asiles érythréens, afghans, somaliens… Les cadres, qui forment un abri de fortune, sont ornés de bandes découpées dans des couvertures de survie. Des miroitements ondulent sur les visages de Solomon, Hamed, Jemal et leurs compères. Cette série de clichés baptisée Shelter  est signée Phillipe Monges. Avec 13 autres artistes photographes et plasticiens résidents du 6B, ils ont élaboré Alter, exposition collective qui fait échos au Mois de la photo du Grand Paris et qui durera jusqu’au 30 avril. Le processus créatif nous interroge sur la notion d’altérité, ce qui fait l’autre, sa singularité.

Au bout du tunnel aux parois drapées de noir, la visite s’ouvre sur l’œuvre d’Ana Tamayo, artiste colombienne qui dénonce la bestialité du capitalisme. Sur deux supports en bois est imprimé le cliché d’un arbre à l’allure aérienne, El Almanegra de Ventanas, une espèce en voie de disparition. Et l’effet est saisissant. L’image, presque fantomatique, semble nous glisser entre les doigts, insaisissable telles des volutes de fumée opaques et bleutées. « Ces arbres sont menacés par des groupes industriels qui rachètent des terres pour y installer des vaches laitières. Il ne reste que douze spécimens, explique Ana. Le capitalisme occupe de l’espace avec du vide, à la manière d’un matelas pneumatique, poursuit-elle en nous accompagnant dans un semblant de chambre noire où une photo digitale dévoile la Terre entourée de la constellation Antlia formée de plus d’une soixante d’objets. Ceux-ci ont été dégotés dans les rues de Paris, photographiés pour être incorporés à cet animé et recréer des miettes d’une société consumériste. « Le capitalisme n’est que la continuité du colonialisme », conclut Ana Tamayo. Non loin de là, les « Altériens » de CEB, 14 tirages numériques (re)composés à partir des faciès des artistes, nous accueillent de leurs regards de mutants. Près du triptyque constitué de tirages en plexiglas de Miki Nitadori, les Sœurs Chevalme ont accroché leurs cyanotypes. Une technique qu’Elodie et Delphine ont apprivoisée spécialement pour « Alter ». Grâce à un mélange de composants chimiques photosensibles, les clichés ont pu être imprimés sur les toits d’immeubles à la lumière du soleil leurs donnant un aspect violacé. Les grands ensembles urbains sont ici le théâtre d’un débarquement de « visiteurs » aux allures de spationautes. Ces personnages perçus comme des envahisseurs, racontent une histoire de déracinement, de peuples colonisés devenus « envahisseurs », incarnant le mythe de l’« alien » s’installant dans les tours de béton qui ont germé de Saint-Denis à Nanterre. Ville où nous emmène justement Laure Crubilé. Son projet « Bêtes humaines » replace la nature dans un contexte d’urbanisation frénétique. La série photographique de la transhumance des moutons achève le parcours de l’exposition. Une promenade inattendue qui traverse le quartier de la Défense, s’arrête aux pieds de la tour « Defense2000 » et de ses autres sœurs de verres, et poursuit son chemin jusqu’aux tours Aillaud, les fameuses tours Nuages de Nanterre. Ici, Laure Crubilé accuse le retard de la France dans l’aménagement d’espaces verts au sein de la mégapole au profit d’une hyper-urbanisation compulsive.

Grâce à sa grande diversité de techniques qui pousse à l’introspection, l’exposition « Alter » met nos sens en éveil afin de mieux saisir la complexité qui nous entoure, et faire de notre altérité, une identité.

Maxime Longuet

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