À la une Sports

Art martial
/ Prises de karaté pour reprise de confiance

Elles sont victimes de violences et, chaque jeudi après-midi à la Maison des femmes, elles bénéficient d’une initiation au karaté qui leur permet d’extérioriser leurs émotions. Leur prof, Laurence Fisher, et initiatrice de l’association Fight for Dignity, est triple championne du monde
Laurence Fisher, intervient une fois par semaine à la Maison des femmes
Laurence Fisher, intervient une fois par semaine à la Maison des femmes

Au premier étage de la Maison des Femmes, Laurence Fisher s’active pour installer les tatamis. Depuis le 8 mars, la triple championne du monde de karaté assure un cours d’une heure une fois par semaine aux femmes touchées par le viol, l’excision, ou encore les violences domestiques. « Comme ce n’est pas sur inscription et que chacune est libre de venir ou non, je ne sais pas si on va avoir beaucoup de monde… » Et pourtant, l’activité rencontre déjà son petit succès. Sur la pointe des pieds, c’est une dizaine de femmes, de tout âge et de toute origine, qui entre timidement dans la salle dédiée à la séance. D’emblée, Laurence Fisher les met à l’aise, connaissant le sujet sur le bout des doigts. « Je travaille depuis quatre ans en République Démocratique du Congo avec le docteur Denis Mukwege sur cette même activité, explique l’humanitaire. Là-bas, le viol apparaît comme une arme de guerre. » En mars 2017, après la campagne « sexisme pas notre genre » dont elle fut l’ambassadrice, Laurence Fisher décide de lancer l’association Fight for Dignity. C’est alors qu’elle est mise en relation avec le docteur Ghada Hatem, responsable de la Maison des femmes de Saint-Denis. « Je me suis aperçue que cette structure était dans la même configuration que mon travail en Afrique. Évidemment, les modes de vie au Congo et en France sont totalement différents. En revanche, le traumatisme lié aux violences faites aux femmes est lui universel. » 

Durant cette heure, l’objectif principal pour ces femmes est de se « réapproprier leur corps ». « On démarre surtout avec de la relaxation afin de mettre le corps en mouvement. Puis on arrive tout doucement à mettre des coups de poing dans le vide, à apprendre des techniques de self-defense. » Ce n’est qu’à la fin de la séance et lors du goûter que les femmes peuvent prendre un moment pour discuter entre elles. « Je sens au quotidien que j’ai besoin de me défouler, souffle Johanna (1), victime de violences de la part de son ex-compagnon. Non pas pour oublier, car cela est impossible, mais pour m’aider à vivre avec et me protéger si la situation venait à se répéter un jour. » À terme, Laurence Fisher souhaite pérenniser ce cours et invite toutes les personnes à se joindre à son projet. « J’ai déjà le soutien de la Fédération française de karaté et d’autres sportifs. Si cela marche, le but est de mettre en place un module de formation afin que d’autres, comme moi, puissent mener cette activité dans des villes où les femmes sont également victimes de violences graves. » 

Alexandre Rabia

Maison des femmes : 1, chemin du Moulin-Basset. Tél. : 01 42 35 61 28.

(1) Le prénom a été modifié.

 

Une recherche pour mesurer l’impact

Pour mener à bien le projet et le pousser à une réussite maximale, Laurence Fisher a fait appel à deux spécialistes. « On se donne le temps de clarifier les questions de recherche avec une envie de faire une évaluation du dispositif, décrit Iris Chabrier-Trinkler, enseignante-chercheuse en neuropsychologie à Strasbourg. La question scientifique est : est-ce que ce cours change quelque chose pour ces femmes ? » Pour cela, l’immersion en observation participative est privilégiée. « Il y a une base exploratoire pour voir comment elles se comportent au fil des séances, explique Agnès Couffinhal, psychologue clinicienne pour l’association Fight for Dignity. Ensuite, il y aura une phase de rencontres où elles nous détailleront les changements observés dans leur quotidien. » Un premier bilan du projet sera fait cet été.

AR

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur