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Poésie
/ Place du Caquet Saint-Denis (93200)

Nom ou initiales: 
JB

1

Je suis ici où plus rien n'a de sens
Ce lieu de perdition et d'échouage
Aiguillage assemblée de pylônes
Catafalque de ciment grand comme une gare
Avec un couvercle de ciel gris tout aussi lourd

Dans cette vaste nef des Pas Perdus sans horloge
Où se croisent des milliers de vies chaque jour
Pour n'aboutir aux dernières heures de la nuit
Qu'à la solitude et au silence enfin
Tourné vers la croisée du transept de la rue Jean Jaurès
Seul en cet instant unique à tout jamais
Je respire le vent pur de l'Impermanence.

2

Ici, place du Caquet, en lieu et place de l'océan, j'ai le bruyant ressac des rames de métro
Dans cet étrange ensemble architectural que nous devons à un certain et douteux Guy Naizot, urbaniste
J'ai connu à Saint-Denis un philosophe tondeur de chiens, mais seulement de renom celui-ci, ennemi déclaré du genre humain
Comment pourrait-on ne pas l'être lorsque l'on considère comme lui que la première basilique gothique de France est un "monument de l'obscurité" !
Confondant manifestement église et religion, dogme et spiritualité, ou prison et cellule, ce qui devrait ne pas laisser d'étonner un communiste !
(Alors que Dieu, comme le savait très bien le peuple bâtisseur des cathédrales, est Lumière, et l'art gothique l'adoration de Celle-ci !)
Comme il l'a voulu, monument de clarté sans doute, il y a ici des appartements où l'on peut apercevoir jusqu'aux caries dentaires du voisin assis sur la lunette de ses chiottes
Et, réciproquement, celui-ci peut regarder les vôtres - vos chiottes, vos caries - dans le blanc des yeux !
Avec l'esprit communautaire qui règne ici par les sortilèges sociologiques de l'ostracisme et de la non-intégration, je vous laisse imaginer ce que cela peut donner
Certes, pas autant qu'on pourrait le craindre, grâce en soit rendue à Dieu qui a fait l'homme bon en abandonnant à la société le soin de faire mauvais l'architecte
Je ne fais pas d'ironie, je le crois vraiment, et cela a été démontré quoique certains en doutent
Les garçons qui jouent tous les soirs au poker jusqu'à deux heures du matin autour d'une table qu'ils ont apportée sous la fenêtre de ma chambre
En haut de l'escalier près de la passerelle sous l'éclairage municipal et qui hurlent régulièrement comme des loups pour agrémenter le jeu ne sont pas méchants
D'ailleurs, parfois nous nous parlons et ils me donnent du monsieur
Ils sont simplement fous et c'est compréhensible
Il suffit d'habiter ici pour le devenir plus ou moins rapidement, plus ou moins douloureusement
Ou bien il faut être un saint
Un qui marche en portant sa tête coupée dans ses bras comme saint Denis !

3

Quelle étonnante merveille que ce nuage
Majestueux
Qui dérive dans le bleu du ciel au-dessus de moi
(Moi si sûre moisissure)
Perpendiculairement à la place du Caquet
C'est une plume blanche tombée du grand oiseau-univers
Plume d'argent au duvet presque transparent frisonnée au fer
Tension nerveuse de la lumière
Quelque chose d'absolument « moderne » qui avance seule comme une armée en marche
Et dont la sublime musique insaisissable pour l'oreille humaine peut toutefois être regardée.

Poésie

Réactions

Poésie sans rimes ... c est de la prose non ?

Sinon, votre première strophe me fait penser à un slam de l'artiste local officiel ...

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