À la une Portrait

Antony Bocazou
/ Parlez-lui d’vous

À la bourse du travail, où il est gardien intendant, il croise des gens. Et leurs histoires. Ça tombe bien, elles sont le matériau de ses courts-métrages, qu’il réalise avec les Dionysiens.

« Comme je dis souvent : tu me racontes une histoire, ça tombe jamais dans l’oreille de Van Gogh. » Antony Bocazou a l’écoute gourmande et la parole volubile, accoucheuse de confidences. Ça tombe bien : à la bourse du travail de Saint-Denis, où il est gardien intendant, il s’en donne à cœur joie. Depuis 2011, il accueille, il oriente… « Ce qui est bien quand tu bosses dans le milieu associatif et syndical, c’est que tu rencontres énormément de gens », et autant d’histoires.

Des tranches de vie qui l’inspirent et nourrissent son imagination : « J’ai toujours aimé filmer. » Au point de monter une association en 2008, « Les Films du rez-de-chaussée » pour créer des courts-métrages « avec les Dionysiens ». S’il l’a laissée un peu « en stand-by » – les aléas de la vie – Toto – c’est son surnom – compte bien la « réactiver ». Il a déjà deux projets de films en tête. Il en fait le pitch. Il est bon conteur.

« Mon beau-père m’a donné l’envie de m’ouvrir aux gens »

« Je considère que chaque personne sur terre a une histoire à raconter. » La sienne a commencé le 22 septembre 1978 à Clichy-la-Garenne, où il est né. « Comme Ludo. » Oui, la « cerise sur le ghetto » slamée par Grand Corps Malade est son frangin. « Attachiant », dit Antony, en aîné qui aime autant qu’il châtie. La fratrie « très soudée » compte cinq garçons – Antony est le numéro 2 – et une fille. Son nom de famille est celui de sa mère, bretonne. Son beau-père, kabyle, l’a élevé « comme son vrai père » qu’il n’a pas connu. Aucune amertume, mais une reconnaissance immense pour ce papa de substitution aujourd’hui disparu. « Il m’a donné une éducation, l’envie de m’ouvrir aux gens, d’être sociable. »

Des valeurs qui n’avaient peut-être pas encore fait le tour de sa tête de gosse quand il débarque à Saint-Denis, rue Pinel, à 10 ans. « En 5e, je suis parti en cacahuète. » Collège Jean-Lurçat et Barbusse « d’où il se fait virer au bout de quinze jours ». « Moi, je voulais aller à Degeyter rejoindre mes potes de la Porte de Paris. » CFA du bâtiment où il apprend la serrurerie. À la fin de son apprentissage, à 19 ans, il postule à la Ville, sur les conseils d’un ami. Pour le mois d’août, au parc de la Légion d’honneur. Il y reste deux ans, enchaîne au gymnase Baquet, la Courtille, à la Cuisine centrale… Est titularisé dix plus tard, pile poil.

L’été, entre 2003 et 2007, quand l’activité est réduite à la bourse, il est animateur à l’antenne jeunesse de la Saussaie. « Je faisais des courts-métrages avec les mômes. » Déjà, quand il était apprenti, il suivait les mariages avec un pote. « C’est ce qui m’a formé. J’inventais des situations avec les gens. » En 2010, la Ville, qui a eu vent de ses activités, choisit l’un de ses films, L’envers du décor, réalisé en 2008 avec Driss Haddane, pour un concours « contre la pauvreté et les exclusions sociales » au Festival international des télévisions locales à Kosice, en Slovaquie. « Que de l’impro avec des gosses de tout Saint-Denis. » Le court remporte le Prix spécial. Mais c’est une association dionysienne qui va le recevoir sur place. Il se sent spolié. Plus pour les jeunes qui ont participé au projet que pour lui.

Antony a d’autres talents : l’imitation. Sarkozy, le grand-père Simpson, Donald, PPDA… pour la blague. Et l’écriture de paroles de chansons. Plus intime. Il a déjà la BO de l’un de ses films en projet. Il en fredonne un morceau. Les mots sont bien troussés, fluides. « Mais le problème quand je chante – il se marre – c’est que j’ai la voix de Renaud (jeune, ndlr). » Un autre conteur d’histoires…

Contact : lesfilmsdurezdechaussee@outlook.fr


L'envers du decor from Centre Media Local on Vimeo.


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Toto the best. Amigo para siempre :-)

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