À la une Portrait

Jalila Messaoudi
/ Objectif langue

Parler, lire, écrire. Elle enseigne auprès d’adultes non-francophones et fait de l’alphabétisation dans trois Maisons de quartier. Un apprentissage du langage qu’elle a elle-même éprouvé enfant.

« Il n’y avait aucune obligation que je sois scolarisée. Comme je ne maîtrisais pas l’arabe, le directeur de l’école pensait que j’étais vouée à l’échec. » On est en 1982 en Tunisie. Jalila Messaoudi, 12 ans, est revenue vivre avec ses parents dans ce pays qu’elle a quitté bébé. C’est l’époque Giscard et son aide au retour volontaire des immigrés. « Mon père a pris sa décision de rentrer. Il était d’une famille d’agriculteurs, il avait des terres », se remémore Jalila quelque trente-cinq ans plus tard.

Elle se souvient surtout de Latifa, l’institutrice – « je n’oublierai jamais son prénom » – qui lui laisse sa chance : elle lui demande de savoir lire et écrire son nom en arabe pour le lendemain. La petite Jalila s’applique. Elle y passe la nuit. Le jour venu, elle réussit le test, son sésame pour intégrer cette école tunisienne.

Là-bas, celle qu’on appelle « la petite française » voit des jeunes filles déscolarisées, restant à la maison, cantonnées au ménage. « Ça me faisait peur. Je me disais que si je ne m’accrochais pas, il y avait une probabilité que je finisse comme elles. » Dont acte : la première année, elle figure parmi les meilleures de sa classe. « Après, j’ai toujours été excellente. » Au point d’intégrer l’École normale de Tunis et de devenir institutrice pendant une dizaine d’années. Entre-temps, elle participe à un programme auprès d’adultes analphabètes.

En 1998, elle revient en France avec son mari. « J’ai été l’une des premières habitantes du quartier Stade de France. » Reprend ses études à Paris 8 et valide une maîtrise en sciences de l’éducation. En 2000, à Saint-Denis, elle anime des clubs de lecture dans les écoles, est animatrice dans les centres de loisirs…

« La voir déchiffrer les panneaux sur la route de La Marsa a été quelque chose pour moi »

Depuis cinq ans, elle enseigne le français à des adultes non-francophones (FLE et alpha) dans trois Maisons de quartier, Romain-Rolland, Sémard et Plaine. « Je suis vacataire à la mairie. » Elle aimerait être enfin « cédéisée », un néologisme qui sécuriserait son quotidien de maman divorcée élevant seule quatre enfants. Une fille de 22 ans étudiante en physique et trois garçons, 17, 13 et 8 ans, pour qui cela marche aussi « très bien ». Une satisfaction pour elle, pour qui l’exemplarité est primordiale. « Notre façon d’être est un peu de l’éducation. »

Une exigence héritée de sa propre mère, « grande dame malgré sa petite taille ». Elle surveillait les devoirs, réagissait aux ratures, aux cahiers mal tenus… Jalila a 8 ans quand elle se rend compte que sa maman est illettrée, « mais d’une intelligence et d’une finesse ! » Elle finit par intégrer un cours d’alphabétisation. « La voir déchiffrer les panneaux sur la route de La Marsa a été quelque chose pour moi », confie Jalila.

Alors elle dit comprendre « à peu près » l’émotion de « ses apprenants » quand il découvre un mot. Est touchée quand, dans l’un de ses cours, une femme dit à sa fille de 7 ans « maman aussi va apprendre à lire et à écrire comme toi ». Ou quand l’une de ses élèves moldave en VAE d’infirmière lui confie son mémoire de stage : « J’aimerais que vous le lisiez avant les autres. » Est étonnée de cette confiance. « Les gens m’invitent tous les jours à rentrer dans leur intimité, alors que je suis très discrète. » En est reconnaissante.

« Ces personnes m’apportent toujours quelque chose. C’est un enseignement qui va dans les deux sens. Et un grand enseignement de courage » que ces mères et pères – elle est ravie du nombre grandissant d’hommes dans ses cours – qui franchissent le pas. Sa maman disait : « Si je savais lire, je pourrais atteindre la lune. » Modestement, Jalila s’emploie à guider ses apprenants vers l’autonomie.


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