Portrait

Jean Rondeau
/ Musicien dépoussiérant

Ce claveciniste de 27 ans, qui sera à l’affiche du Festival de Saint-Denis le 17 juin, veut décloisonner la musique classique.

C’est un grand atelier d’artiste à Saint-Denis. Au mur, des affiches, pour le film Brazil de Terry Gilliam, le service de minitel rose 3615 ULLA, ou un concert de Nirvana. Dans un coin de la salle, une batterie, des amplis de guitare. C’est dans cette atmosphère, plus proche d’une salle de répétition de groupe de rock que d’une classe du Conservatoire, que cinq musiciens – deux violonistes, un violoncelliste, une joueuse de basson et un claveciniste – effectuent les derniers ajustements avant leur concert le lendemain en Allemagne. Derrière ses touches noires et blanches, Jean Rondeau, prodige de 27 ans, dirige la séance de manière décontractée. Sa barbe épaisse lui mange le visage et le cou. Ses cheveux châtains et longs sont rassemblés derrière la tête en une sorte de chignon négligé. On est loin de l’image guindée de la musique classique.

Loin du « du concert bourgeois où il faut être en costard »

Un décalage qui n’échappe évidemment pas au musicien. « J’ai bien conscience que la musique classique a une très mauvaise image : celle du concert bourgeois du XIXe siècle, où il faut être en costard. Beaucoup de gens la jugent élitiste. » Parfois à raison ? « À Vienne, tu n’as pas le droit d’aller voir un concert à l’opéra si tu n’es pas bien sapé. Je trouve ça dommage. Mon objectif n’est pas de jouer que pour les vieux riches ! Attention, je n’ai rien ni contre les personnes âgées, ni contre les personnes fortunées, mais mon envie est de partager la musique le plus largement possible. »

Son amour pour la musique naît à l’âge de 6 ans, quand il entend à la radio un son qui le fascine et qui va changer sa vie. Ce son, c’est celui du clavecin, dont il va apprendre toutes les subtilités sous les enseignements de Blandine Verlet, une claveciniste de renommée internationale et sa professeure pendant douze ans. Seul musicien de la famille, « même si mes trois frères sont mélomanes », Jean Rondeau est un gros bosseur. À 18 ans, direction le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris dont il ressortira avec un prix de clavecin et de basse continue obtenu à l’unanimité avec mention très bien et félicitations du jury en 2013.

50 dates dans 15 pays en 2017

S’il enchaîne alors les concours, et les prix, avec boulimie – Premier Prix du Concours international de clavecin de Bruges et Prix de EUBO Development Trust, attribué au plus jeune et prometteur musicien de l’Union européenne en 2012 à 21 ans ; Prix du Jeune soliste 2014 des Radios francophones publiques – il dit désormais n’être « plus intéressé par la compétition. La musique, ce n’est pas du sport ! D’ailleurs quand on me demande d’être juge dans un concours, je refuse ».

Par contre, il tourne. Énormément. Avant de déménager dans son atelier d’artiste dionysien qui lui sert de salle de répétition et où il vit avec trois autres musiciens, Jean Rondeau n’a pas eu d’appartement à lui pendant près de trois ans. Avec plus de 100 concerts annuels, il passait une bonne partie de l’année sur la route, ses cartons éparpillés à droite à gauche, et dormait chez des copains entre deux tournées. Il est d’ailleurs le 4e musicien français à avoir le plus tourné à l’étranger en 2017 : 50 dates dans 15 pays. Il y interprète surtout de la musique baroque, des concertos pour clavecin de Bach, Couperin, Rameau ou Scarlatti. Début 2018, il a effectué près de deux mois de tournées, en Europe, en Russie et pour la première fois en Amérique du Nord. À tel point qu’il fait désormais attention à ne pas saturer : « J’essaye de concentrer mes concerts afin d’avoir du temps pour travailler évidemment, mais aussi parce que la musique a besoin de silence, d’air et de fraîcheur. Je ne veux pas épuiser la musique. »

Arnaud Aubry

Jean Rondeau sera en concert au Festival de Saint-Denis dimanche 17 juin 2018 à 18 h 30, à la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, avec Lea Desandre, Thomas Dunford et l’ensemble Jupiter.

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