À la une Portrait

Arilès de Tizi
/ Mater d’exil

Cet artiste sublime des femmes, des mères, des madones de cultures et origines diverses, en autant de figures admirables exposées telles des reines dans la crypte de la basilique.
Arilès de Tizi expose d’autres portraits sous forme de toiles dans la halle du marché.
Arilès de Tizi expose d’autres portraits sous forme de toiles dans la halle du marché.

Arilès de Tizi veut être un pont entre différents mondes : entre celui de la « grande Histoire de France » que représente la basilique, et celui des femmes de son exposition Mater, Reines de France, qui « écrivent la nouvelle Histoire de France ». L’idée lui est venue après les attentats du 13 novembre : alors que le maire de Saint-Denis commentait à la télé le retranchement des assaillants, avec la basilique en arrière-plan, Arilès eut l’impression qu’on « nous vendait une guerre de civilisation ».

Son ami Ahmed Bouzouaïd, directeur de MUSE D. Territoires, lui prédit « nous, Dionysiens, on va encore en prendre plein la gueule ». Arilès repense alors à la photo de sa grand-mère algérienne, sur son lit de mort : « Même mon pote vietnamien trouvait qu’elle ressemblait à sa grand-mère à lui, alors qu’elle a au moins 20 kg de plus ! » C’est l’image quasi universelle de la Madone qu’il a capturée.

Avec Ahmed, il développe le projet Mater : pendant des mois, il se rend sur le parvis de la basilique, à la Maison des femmes ou au marché de Saint-Denis, qu’ado il fréquentait ; il y cherche des femmes, des mères, des madones de cultures et origines diverses. Il leur propose d’aller avec lui dans la cathédrale. Il est étonné du nombre de ces femmes qui ne connaissent pas le monument, qu’elles appellent « l’église ». Certaines pensent même qu’elles n’ont pas le droit d’y entrer, n’étant pas chrétiennes ; et la plupart ne savent pas que des figures royales y sont ensevelies.

« Les montagnes ne sont faites que de cailloux »

Il parvient à en convaincre certaines d’être exposées dans la crypte, drapées de blanc comme les gisants des rois anciens, mais debout. « Je voulais que les gens regardent dans les yeux ces femmes qui ont baissé les leurs toute leur vie. » À l’image de Myriam, cette femme qui a refusé de porter le voile durant la décennie noire en Algérie, et a dû préparer « son évasion » vers la France, seule, pour ses convictions ; ces Stabat Mater Dolorosa sont des reines du quotidien, d’une noblesse dionysienne digne de cette basilique royale.

Cette histoire, Arilès de Tizi la connaît bien, ayant lui-même fui l’Algérie au début des années 90 avec sa famille. Il est alors arrivé dans la banlieue parisienne, et a grandi entre Belleville et Aubervilliers. Il a connu l’univers de la rue, a rappé… Il a travaillé dans la pub, puis a fait de l’art sa principale activité. « J’avais envie d’une certaine noblesse dans mes créations. » Ses deux volontés : créer des vocations et parler des petites gens. Revenant sur l’exposition Reines de France, il constate qu’on « parle souvent du migrant, mais jamais de la femme du migrant ».

De plus, ces femmes incarnent parfaitement sa vision du patriotisme, dont il regrette qu’on l’ait laissé au Front national : « Quand elles me disent qu’elles ne prendraient jamais le bus sans ticket, c’est du patriotisme : je ne comprends pas pourquoi on n’en parle plus. » Arilès de Tizi, c’est la quête de l’identité. De la spiritualité aussi. « Dieu est en toute chose », clame-t-il, lui qui est musulman mais ressent autant de spiritualité et de foi dans les édifices chrétiens que dans les paroles du prophète, qu’il cite : « Les montagnes ne sont faites que de cailloux ». Par son travail d’artiste, Arilès souhaite apporter son caillou au vivre ensemble.

Léo Da Veiga (étudiant stagiaire)


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