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Occupation d’un bâtiment de l’université
/ Les exilés trouvent refuge à Paris 8

Depuis le 30 janvier, des étudiants aidés de groupes militants soutiennent l’installation de migrants dans les murs de la fac en réaction aux politiques migratoires.
Après une semaine d'occupation, les exilé-e-s et leur soutien doivent se réunir ce mardi soir en AG pour envisager les suites du mouvement.
Après une semaine d'occupation, les exilé-e-s et leur soutien doivent se réunir ce mardi soir en AG pour envisager les suites du mouvement.

 


« Bâtiment occupé. Solidarité avec les exilé-e-s », « Un toit et des papiers pour tou-te-s », peut-on lire sur de grandes banderoles qui ont fleuri depuis quelques jours sur une façade de l’université Paris 8. Depuis le 30 janvier, plusieurs salles de cours ont été réquisitionnées par un collectif associant au départ des étudiants et des groupes militants de la région parisienne pour sortir de la rue des migrants qui, faute d’être pris en charge par les pouvoirs publics, errent aux abords de la Porte de La Chapelle dans le dénuement le plus total.

« On s’est dit qu’on pouvait faire quelque chose pour tous ces gens à la rue, qui sont confrontés à la folie des politiques migratoires », indique un soutien qui comme toutes les personnes croisées tient à rester anonyme. L’expression se veut collective comme l’est ce mouvement de résistance et de solidarité qui dépasse le cadre de l’université. « Quand on a officialisé l’occupation, on a vu des soutiens arriver de partout, aussi bien des étudiants et des profs, que de simples citoyens, des avocats, des médecins... On s’est tous retrouvés avec la même envie d’agir et voilà, ça a donné ça. » Un genre de centre d’hébergement d’urgence à l’organisation bien huilée, avec ses dortoirs, sa salle à manger, ses réserves de provisions, son vestiaire, sa cuisine, ses salles de réunion et puis, accrochés au mur, ses plannings de ménage, de vaisselles et d’activités.

« On est très bien accueilli », indique un Erythréen de 25 ans, encore fatigué des nombreuses nuits passées dehors. Ils sont Guinéens, Somaliens, Éthiopiens ou Soudanais et ont trouvé ici un accueil et des perspectives qu’ils n’ont pu obtenir ailleurs. « Je suis venu en Italie par bateau. Là-bas, c’est l’enfer. Le pays croule sous les arrivées, il ne fait rien pour nous. Il n’y a pas de nourriture, rien pour dormir, rien pour survivre. Je veux demander l’asile en France, mais comme la police italienne a pris mes empreintes, les autorités veulent me renvoyer là-bas. » Et c’est aussi pour sortir de l’impasse ceux qu’on appelle les « Dublinés », et pour porter avec eux des revendications politiques contre « l’hérésie administrative que constituent les accords de Dublin » que s’est structurée cette occupation. En réaction aussi au projet de loi asile et immigration, les exilés et leurs soutiens ont uni leurs voix pour réclamer entre autres « la liberté de circulation et d’installation pour tous » et « la fin de la distinction entre migrants économiques et réfugiés politique ».

Mais pour continuer à se faire entendre dans le paysage médiatique et politique, et donner l’envie à d’autres écoles et universités de leur emboîter le pas, tous le savent, « il faut tenir le lieu ». Si les forces humaines ne manquent pas, au premier comme au septième jour d’occupation, la même question continue d’être posée : « Est-ce qu’on va être expulsé ? »

C’est qu’après plusieurs rencontres, les négociations engagées avec la présidence de Paris 8 patinent. Arguant de « problèmes de sécurité », la fac leur demande de libérer le bâtiment A et de transférer leur lutte dans un amphithéâtre, que les intéressés jugent inadapté à leur action. Regrettant « de perdre autant de temps et d’énergie autour de ces questions bassement matérielles qui risquent de signer la fin du mouvement », c’est avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme que les occupants ont accueilli la tribune publiée le 5 février sur le site du journal Libération.

Signée par plusieurs chercheurs et artistes, dont Patrick Chamoiseau, Virginie Despentes, Annie Ernaux ou encore Éric Fassin, ils y disent « leur plein soutien » à l'occupation comme aux revendications qu'elle porte, et demandent « solennellement à la présidente de Paris 8, malgré les difficultés pratiques que pose forcément une telle occupation, de ne pas perdre de vue l’essentiel [...] Cette université peut s’enorgueillir d’avoir été choisie pour protéger ces exilé.e.s en faisant à Saint-Denis, 50 ans après sa création à Vincennes, un sanctuaire actif du Tout-monde. »


Réactions

Cela ne change pas grand chose : le bâtiment est à longueur d'année "occupé" par l'ultra gauche. Le cause serait noble s'il ne s'agissait pas une nouvelle fois de la pure exploitation politique de la misère humaine ...
Bonjour. @La rédaction du JSD. C'est peut être mon œil un peu dur envers la municipalité qui veut cela mais vous ne trouvez pas que vous en faites trop pour une bande ultra minoritaire à Paris 8, qui instrumentalise les migrants pour des raisons politiques. Cela a déjà été le cas avec les chouettes brochettes (un vrai flop....). Les bons sentiments, le soutien des plus faibles pour se donner bonne conscience mais ces actions ne sont pas durables dans le temps. Et je suis désolé de le dire à ces étudiants (militants??).... Le grand soir n'arrivera pas. Warren Buffet a déclaré vainqueur la guerre des classes entre riches et pauvres. Les riches ont gagné. Il faut juste apprendre à vivre avec. Pour que les mentalités changent, il lui des exemples ou les modèles de sociétés ont fonctionné. Et n'en déplaise aux élus, en particulier à L. RUSSIER, le modèle de société à Saint Denis est un échec. Les JO n'y feront rien encore moins la coupe du monde de rugby.
@Bonjour Azzedine - Pour info "le grand soir" a été rebaptisé "convergence des luttes", une auberge espagnole où se retrouvent l'ultra gauche, les islamistes politiques, les partisans de la non mixité, les partisans de la ségrégation blancs/non blancs etc. Comme toujours, la cause des migrants, la cause palestinienne, la cause des marchands de brochettes par exemple ne sont que des outils, des prétextes pour promouvoir leur "grande cause". A titre personnel, concernant Paris VIII, je regrette grandement l'ancienne Présidente.

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