En ville

Collège Barbusse
/ Le SOS des profs d’EPS

Des épisodes de violence à l’extérieur du collège Barbusse perturbent l’activité des professeurs de sport depuis la rentrée. Les cours d’EPS sont réduits au minimum en attendant une solution.
Le collège Barbusse, à Saint-Denis
Le collège Barbusse, à Saint-Denis

Lundi 9 octobre, les enseignants d’EPS du collège Barbusse se sont résolus à alerter leur inspecteur pédagogique régional : « Les cours d’EPS du collège Henri-Barbusse sont sacrifiés afin de masquer les violences rencontrées par notre établissement, et nous avons le sentiment que l’on nous demande de faire avec depuis plusieurs années, sans réellement chercher à mettre un terme à ces violences. » Quelques jours plus tôt, deux incidents graves sur le chemin du parc des sports de Marville ont conduit la direction du collège et les profs d’EPS à suspendre les déplacements là-bas jusqu’aux vacances de la Toussaint.

« Nous ne pouvons assurer l’intégrité physique et morale de vos enfants », expliquent les enseignants dans une lettre envoyée aux parents d’élèves. Le premier incident a eu lieu mercredi 27 septembre. « On était à Marville pour l’association sportive du collège, raconte un prof d’EPS qui accompagnait ce jour-là 50 élèves avec un autre adulte. Une dizaine de jeunes, entre 13 et 16 ans, sont arrivés en courant avec des barres de fer, des cutters, des bâtons… Il y a eu un mouvement de panique parmi nos élèves. J’ai réussi à discuter avec ces jeunes et à les faire partir, mais ils ont dit que des grands allaient venir. »

En effet, un peu plus tard, c’est une bande de garçons plus âgés qui arrive avec les mêmes intentions menaçantes. Même négociation. « C’était un règlement de compte, explique l’enseignant, qui fait suite à des tensions entre des cités, Saussaie-Floréal-Courtille et Allende pour ne pas les nommer. Ça se répercute dans les établissements où sont scolarisés les gamins. » Les soucis de violence autour du collège Barbusse ne sont pas récents et l’équipe pédagogique a fait remonter le problème aux institutions. Une rencontre a eu lieu avec des élus de la ville (Zora Henni, B.Bagayoko, J. Colas), l'association Canal, le service jeunesse et des représentants de l'académie et des collèges du secteur). Une nouvelle réunion avec tous les autres parteniares a été programmée en novembre.

 

« On doit assurer l’intégrité physique des élèves »

 

Entre-temps, un deuxième incident a eu lieu, vendredi 6 octobre, pendant un cours de sport. « Quatre jeunes sont venus, ont piqué une veste à un élève, se souvient l’enseignant. Je les ai rattrapés. Ils m’ont dit qu’ils allaient nous retrouver plus tard. » Comme promis, sur le chemin du retour, avenue Romain-Rolland, une bande fait barrage aux élèves. « Ils étaient très intimidants, faisaient traîner les barres de fer sur le sol. On avait des élèves de 6e, qui criaient “Au secours !”. Je suis allé au-devant des jeunes pour négocier. Ils voulaient en découdre avec un élève en particulier, qu’ils ont menacé de mort. » Une fois de plus, l’enseignant parvient à désamorcer le conflit. « Ce n’est pourtant pas mon boulot de gérer ça, soupire le prof, mais on doit assurer l’intégrité physique des élèves. »

Ces incidents ont eu des conséquences : deux élèves ont déjà changé d’établissement, des parents ont demandé le remboursement de la cotisation à l’association sportive, et les séances d’EPS à Marville ont donc été suspendues jusqu’à nouvel ordre. Mais comme le collège ne dispose pas d’équipements sportifs – une vieille revendication, pourtant –, les profs en sont réduits à passer des films aux élèves au lieu de faire cours. Des courriers ont été envoyés à la sous-préfecture, à l’inspection, à la mairie. Les enseignants demandent à avancer la réunion prévue le 17 novembre. D’ici là un rendez-vous est prévu avec la police nationale, vendredi 20 octobre. « On est un peu abasourdis, déconcertés. On en revient à lutter même pas pour améliorer nos conditions de travail, mais simplement pour pouvoir travailler. »


Pour en savoir plus: