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Evelio Cabrejo Parra
/ Le langage avant tout

Psycholinguiste. Ce brillant spécialiste donne des conférences dans le monde entier pour transmettre son message : pour lutter contre les inégalités sociales, il faut parler, encore et toujours, aux bébés.
Evelio Cabrejo Parra
Evelio Cabrejo Parra

« La langue est l’unique compagnon que nous avons à vie. Autant en faire un compagnon solide. » C’est pourquoi, pour lutter contre les inégalités sociales, il faut parler, parler, et encore parler, aux bébés.

Le propos d’Evelio Cabrejo Parra est aussi simple que son analyse savante et son projet généreux. Et c’est avant tout pour transmettre cette bonne parole que ce brillant psycholinguiste de 74 ans est appelé à donner des conférences dans le monde entier. Mais plus qu’une théorie scientifique, c’est aussi, en toutes circonstances, son sujet de conversation préféré. « Voyez-vous, il y a la langue pour éduquer, pour obéir, mais il y a aussi la langue pour écouter. » Celle qui raconte des histoires, chante des berceuses, lit des textes poétiques et même de la grande littérature. « Les parents peuvent se dire “À quoi bon lui lire du Baudelaire ? Il est trop petit, il ne peut pas comprendre”. Mais, en réalité, lui donner dès le plus jeune âge un accès à la langue dans sa complexité, c’est une manière de nourrir son activité cérébrale et de favoriser sa construction psychique, culturelle et sociale. »

Linguiste passionné, Evelio Cabrejo Parra a passé toute sa vie « à comprendre ce qu’est une langue ». Des recherches qui l’ont amené à toucher du doigt l’un de ses plus grands mystères. « Ce que la science essaie de comprendre depuis des siècles sans pouvoir l’expliquer, n’importe quel bébé l’apprend, sans enseignement. Pour lui, rien n’est difficile, il suffit juste de lui parler et il fait lui-même son travail. » Bien que d’un naturel déroutant, sa transmission n’en demeure pas moins une préoccupation d’importance, puisque la langue n’est rien de moins que la matrice de la pensée. « Tout notre destin y est consacré. On passe notre vie à parler, écouter, comprendre, expliquer, faire des bilans, fantasmer... » Et si Evelio Cabrejo Parra quitte souvent son appartement de Saint-Denis pour prêcher à travers le monde, c’est moins pour fabriquer des intellectuels que des gens épanouis et heureux. Notamment en Amérique latine et plus particulièrement en Colombie, son pays d’origine, qui l’a récemment gratifié d’une médaille pour son action en faveur des enfants.

Issu d’un milieu modeste, c’est à Moniquira, un petit village de campagne de Boyaca qu’il a passé les six premières années de sa vie. « Mes parents aimaient beaucoup les enfants, ils en avaient douze. » Ou plutôt seize, en comptant ceux qu’ils avaient aussi pris sous leur aile. « Mon père a souhaité que l’on déménage en ville pour nous donner la chance d’avoir l’éducation que lui-même n’avait pas reçue. » Quelle a dû être sa fierté de voir son fils intégrer l’université internationale de Bogota pour y suivre des études de linguistique ! Ses examens finis, il se lance dans l’enseignement. « La direction me fait convoquer, je crains le pire. » C’est en fait pour lui annoncer que ses résultats le placent comme meilleur élève de l’université et qu’à ce titre lui sont offertes deux années d’étude à l’étranger, tous frais payés.

Direction l’Europe, un peu en Angleterre et surtout en France, où il décide de préparer un doctorat. Nommé Maître de conférences à Paris 7, ses recherches en faveur de l’éveil linguistique des tout-petits l’amènent à rejoindre il y a une vingtaine d’années l’association ACCES, pour Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations, où on n’a pas fini de boire ses paroles.


Evelio Cabrejo Parra a collaboré, entre autres publications, à l’ouvrage Langage et activités psychiques de l’enfant avec René Diatkine (2004, éd. Papyrus), et publié « le bébé est un linguiste qui s’ignore » in Premiers récits Premières conquêtes (2008, éd. ACCES).

 

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