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/ La Troupe Éphémère incarne la Révolution française

Le spectacle 1793, fondateur du Théâtre du Soleil, est l’œuvre que les vingt jeunes comédiens amateurs, âgés de 10 à 20 ans, de la troupe montée par Jean Bellorini joueront dans la grande salle Roger-Blin.
Les jeunes comédiens de la Troupe Ephémère joueront la pièce 1793 lors de 3 représentations au TGP.
Les jeunes comédiens de la Troupe Ephémère joueront la pièce 1793 lors de 3 représentations au TGP.

Œuvre fondatrice de la compagnie du Théâtre du Soleil et première création donnée à la Cartoucherie, 1793 résonnera sur les planches du Théâtre Gérard-Philipe du 20 au 22 avril. Pour sa troisième saison, la Troupe Éphémère montée par Jean Bellorini, directeur du TGP, s’est emparée d’une pièce en forme de fresque sur laquelle se confondent les histoires de la Révolution française comme plusieurs destinées humaines emplies d’espoir en des lendemains harmonieux.

Face à un pouvoir léonin, le peuple s’est soulevé non pas comme un seul homme, mais comme une somme d’« antihéros » du quotidien renversant un roi, une monarchie, un monde baptisé Ancien Régime. 21 septembre 1792, c’est l’abolition de la royauté et la proclamation de la 1re République. Un an durant, jusqu’à l’été 1793, le peuple des sans-culottes parisiens se réunit en sections de Bonne-Nouvelle, à Poissonnières en passant par le Faubourg du Nord… Ils sont artisans, lavandières, commerçants, s’exercent pour la première fois au pouvoir et convoquent leurs souvenirs dans la vérité la plus proche de ce qu’a été leur Révolution. Des discours de Robespierre à ceux de Marat, de la bataille de Valmy où l’armée révolutionnaire a repoussé les Prussiens au cri de « Vive la Nation ! », en passant par l’exécution du roi Louis XVI, ces épisodes de la Révolution tombés fatalement en désuétude, abordent pourtant des questions actuelles. Qu’est-ce que la liberté ? Qu’est-ce que la démocratie et comment l’exerce-t-on ? Et plus largement, qu’est-ce que la France ?

Tout ceci est porté sur scène par les vingt jeunes acteurs âgés de 10 à 20 ans de la Troupe Éphémère du TGP. « Il y a une forme d’exception avec eux. C’est un moment unique, concède Jean Bellorini. L’an passé on n’utilisait pas les mêmes codes. Le spectacle Antigone faisait appel à un chœur, alors qu’aujourd’hui ce sont des individualités qui convergent vers un point. » Entouré de Gaëlle Hermant, de Delphine Bradier et de Mathieu Coblentz, le directeur du TGP guide néanmoins ces jeunes comédiens amateurs (au sens noble du terme) de Saint-Denis et de ses alentours, dans ce dédale d’injonctions glorieuses. « Avec le texte de 1793, ils ont compris que les choses ne se sont pas faites en un coup, témoigne Jean Bellorini. Il y a eu des avancées et des reculs. Ils ont pris conscience de cette complexité malgré leur âge. » La Troupe Éphémère « autorise » ses comédiens à jouer deux ans avant de laisser la place à d’autres acteurs en herbe. Il reste quatre comédiens du cru 2016. « Ils grandissent sous nos yeux en l’espace de quelques mois. On sent également une confiance réciproque et une grande générosité de leur part », observe Gaëlle Hermant.

Une mise en scène non conventionnelle

Le public est invité à contempler les assemblées populaires mises en scène ici et dont l’histoire méconnue interroge sur notre rapport à son écriture. Ou plutôt, à sa réécriture. « C’est une révolution dans la Révolution », souligne Mathieu Coblentz. La mise en espace, elle, est la définition même de révolution. Les gradins prennent place du côté de la scène de l’immense salle Roger-Blin et la scène se téléporte sur les tribunes habituellement réservées au public.

L’échéance présidentielle, stade ultime de la démocratie actuelle, héritière d’une histoire bigarrée, prend ici une résonance tout à fait particulière. « Est-ce un hasard que la représentation tombe la veille de la présidentielle ? On ne sait pas. C’est là où réside la force du théâtre », affirme Jean Bellorini. La réécriture de la Révolution et de ses principales figures ravive, aujourd’hui encore, des plaies dans les débats politiques. Celles des fantasmes jamais tus et des contextes jamais éclairés. Et, soudain devant nous, Shaur, Fatimata, Victor, Matisse et les autres, coiffés d’un bonnet phrygien idéologique, nous embarquent dans une aventure loin d’être éphémère. l

Maxime Longuet

1793 au TGP (59 bd Jules-Guesde, salle Roger-Blin) jeudi 20 (complet), vendredi 21 et samedi 22 avril à 20 h. Durée estimée 2 h. De 5 à 7 €. Nombre de places très limité. Réservations obligatoires : 01 48 13 70 00 ou reservation@theatregerardphilipe.com

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