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Musée d’art et d’histoire
/ La peau sous toutes les coutures

La Chapelle Vidéo accueille l’installation de Frédéric Nauczyciel : neuf écrans qui explorent la surface de corps filmés sur quatre ans, de Paris à Baltimore.
Extrait de l'expo vidéo "La Peau Vive"
Extrait de l'expo vidéo "La Peau Vive"

Entre 2012 et 2016, de Paris à Baltimore, Frédéric Nauczyciel a demandé à des personnes de se filmer, de très près, à fleur de peau. Disséminés dans la Chapelle Vidéo du musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, huit écrans donnent à voir aux spectateurs ces séries d’explorations de la surface des corps. Un neuvième écran central de six mètres de large compose un « ré-échantillonnage, possible parmi d’autres de l’ensemble », que Frédéric Nauczyciel a baptisé La Peau Vive.

Il y a des peaux de pêche, des peaux de velours moiré où glisse la lumière changeante ; des peaux tannées, épaisses et dures, des peaux de cuir craquelé à l’usage ; des peaux piquetées comme des pelures d’oranges ; des peaux plissées de rides au creux de la paume ou bourrelées de cicatrices, des peaux percées, tatouées, scarifiées. L’épiderme, cette enveloppe qui « nous protège et nous sépare », du monde et des autres, devient ici parchemin et paysage.

La peau comme livre d’histoire, d’abord. « Tous les tatouages sont des récits », dit un homme. « Les miens racontent mon bon et mon mauvais côté. Nous faisons tous des choses, à certains moments de cette vie, que nous ne comprenons pas. » Sur les corps apparaissent des noms tracés à l’encre, des vers, des bribes de sagesse dans toutes les langues, des dessins parfois en couleur, de visages, d’animaux réels ou imaginaires – souvenirs à rappeler, fantômes à conjurer, chroniques et stigmates du passé consignées côte à côte à même la peau.

La peau comme carte géographique ensuite, avec ses terrains mouvementés, ses reliefs et sa végétation. La caméra dévoile, sur son trajet flâneur, des gorges et des côtes, des plaines duveteuses et des massifs de muscles, des méandres de veines et des forêts de tresses.

La peau, enfin, comme expression d’une identité réinventée. La plasticité de la peau évoque une « fluidité urbaine » à Frédéric Nauczyciel. Son « sample »  d’images jamais figées entend « détourner sans complexe » références et influences dans un élan toujours renouvelé, ramener la périphérie au centre, et traduire les variations de corps « libres de toute assignation », notamment dans leur mouvement du masculin au féminin.

C’est que les modèles de l’artiste (ses « complices de longue date ») sont des performeurs (issus du slam, du krump, du waaking…) ou des individus transgenre, en France et aux États-Unis, les uns et les autres reliés par une appartenance revendiquée aux marges, « réelles ou symboliques ».

Certains d’entre eux appartiennent à la scène du Voguing – « danse performative » née dans la communauté transgenre africaine-américaine de New York dans les années 1960 (et qui  tire son nom du magazine Vogue). L‘installation dans la Chapelle Vidéo est prévue pour accueillir la présence de quelques-uns de ces performeurs qui viendront l’activer en dansant les films projetés (tous les dimanches à 16h).

D’autres protagonistes viendront également tourner en public et en direct des séances de filmage (samedis 20 et 27 mai). « Ainsi, annonce Frédéric Nauczyciel, l’écran central devient le réceptacle de nouvelles images, construites à vue. »



La Peau Vive, jusqu’au 29 mai au musée d’art et d’histoire (22 bis, rue Gabriel-Péri).

Lundi, mercredi, vendredi 10h/17h30, jeudi 10h/20h, samedi , dimanche 14h/18h30, fermé mardi et jours fériés.

Tél. : 01 42 43 37 57. Accès gratuit à la chapelle.